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A-t-on besoin d'être convaincu pour apprendre une langue ?

Dans la communication sur l'apprentissage des langues, la séduction prend la place de l'argumentation.

Par Martine Dubreucq , le 19 décembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 01 février 2012

La dernière campagne de publicité d'un site de communauté d'apprentissage des langues, Busuu, s'appuie sur la mode virale pour « sauver » une langue parlée par 8 personnes dans le monde.

http://youtu.be/eRoBkw_sc-s

Sympa et « cool », le clip ne s'embarrasse pas de faits avérés ( la langue Busuu, camerounaise, fait partie de ce que les linguistes appellent une langue morte, c'est à dire n'ayant plus aucun locuteur vivant, depuis plus de 30 ans) et véhicule au passage un certain nombre de stéréotypes sur la culture africaine « joviale » qui n'ont pas l'air de gêner les gens qui font suivre le clip sur Facebook, pour que le chanteur "devienne une super star".

Qu'importe, le message est bien là : apprendre une langue par sympathie est au coeur des motivations parce que les hommes et les femmes qui portent une langue, qui l'incarnent, ont l'air tout simplement touchants, chaleureux, attirants. Parce que ce sont des êtres humains que l'on aimerait rencontrer, écouter, voire aider. C'est par l'émotion, la charge imaginaire attachées aux individus que certaines langues peuvent rencontrer plus de succès que d'autres. Les campagnes promotionnelles sur les langues tentent depuis des années de raccrocher des engouements populaires liés aux perfornances sportives par exemple pour « doper » le nombre de gens apprenants une langue, comme le francais avec la coupe du monde de rugby sur TV5, Oui, je parle rugby. Et ça marche ! Le succès d'Amélie Poulain, personnage autant que décor idéalisé d'un Paris des annés 50 a plus fait en son temps pour la promotion du français que tous les argumentaires qui peuplent les sites de langues.

 

Toutes les bonnes raisons du monde....

Dans le marché des langues sur internet, (où 90% de la population mondiale ne parle pas anglais, ne l'oublions pas !) il est bien difficile pour les langues de faire valoir leur place au côté de l'anglais, même pour les grands leaders que sont l'espagnol, le français, l'allemand, le chinois et le russe. La voie la plus largement empruntée est celle de l'argumentation, à tel point que nous pourrions en faire un corpus d'études comparatives : le genre des « 10 raisons d'apprendre tellle langue » se décline en effet pour toutes les langues ! Il y a d'abord les généralités comme ici et les variantes ici, ici ou pour le portugais ou encore pour le cantonnais.

Pour le russe par exemple, on a ici d'abord deux types de procédés : démasquer les idées fausses, (non, ce n'est pas si difficile qu'on le dit) et afficher la puissance de la langue en terme de nombre de locuteurs. Quant ces munitions sont épuisées, reste l'argument massif : la culture.

« Le russe est une grande langue de culture. En parlant russe, vous pourrez lire... »

Autour de cette matrice, la plupart des langues ont leurs cartes à jouer, même et surtout les langues mortes, par toutatis !

Raisons professionnelles

Il est un argument qui englobe la plupart des autres, c'est l'utilité pour le travail. L'anglais n'est pas suffisant pour communiquer dans des secteurs tels que le tourisme ou le commerce international, dit-on. Le blog Mosalingua fait l'inventaire des langues les plus utiles à partir de critères classiques qui sont sa diffusion dans le monde et son intérêt du point de vue économique et politique.

Raison et motivation

Et si on demande aux étudiants ?

Les raisons profondes pour l'apprentissage d'une langue ne sont souvent pas accessibles aux questionnaires et les réponses données dans les enquêtes auprès des étudiants dans le cadre des universités sont sans surprise et restent assez générales. Elles reproduisent les raisons trouvées dans les argumentaires. Elles sont le plus souvent déterminées par le contexte éducatif de chaque pays qui privilégiera certaines langues et pas d'autres.

Pour tous ceux qui aiment apprendre de façon générale, qui ont un profil plus autonome, l'apprentissage d'une langue rentre dans une stratégie de curiosité plus globale et le meilleur conseil semble être celui du blog Fluent in 3 months avec la langue tchèque.

Il faut « viser précisément quelques chose en plus de l’apprentissage global de la langue » et « avoir des projets à court terme qui impliquent la langue ».

Voilà qui ressemble fort à ce que les didacticiens appellent l'actionnel : se donner des micro-tâches, des défis englobant la langue.

C'est sans doute cette évolution que prend toute communication qui se veut efficace pour soutenir le désir d'apprendre des langues : aux raisons formulées et appuyées sur des réalités économiques ou historiques se substituent des sentiments, des émotions générées par des films, des chansons, des documentaires, des photographies qui font naître l'envie de rencontres avec des personnes vivantes, avec leur épaisseur d'existence, leurs liens intimes,  leurs histoires, bref avec leur langue.

 

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