Articles

Marché et pratiques photographiques : ceux qui rient et ceux qui pleurent

Le marché de la photo est florissant au niveau mondial. Si certaines catégories professionnelles souffrent, d'autre tirent leur épingle du jeu et partout, les amateurs se régalent.

Par Christine Vaufrey , le 19 décembre 2011

L'observatoire des professions de l'image a publié tout récemment "Les chiffres officiels 2010 du marché de la photo et de l'image en France et dans le monde". Ce document, accessible et téléchargeable en ligne, fournit de nombreuses informations fort intéressantes pour qui s'intéresse à la culture numérique.

La photo constitue un marché florissant. L'intérêt général pour cette pratique ne faiblit pas dans la population, bien au contraire, qu'il s'agisse de photo en ligne ou sur support papier.

 

Documenter sa vie, participer à l'événement

 

Dans la première catégorie, les réseaux sociaux jouent un rôle majeur : "les photographies produites au quotidien sont devenues les véhicules naturels des échanges permettant de nourrir les liens à distance". 33 % des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête ayant nourrie le document déclarent avoir déjà posté leurs photos sur des réseaux sociaux numériques, alors que 71 % disent regarder les photos que postent leurs contacts. Ces photos sont socialement valorisantes et participent à la construction de l'identité numérique. C'est le cas en particulier des photos prises pendant des événements publics, une pratique en forte croissance.

La photo sur support physique vit elle aussi une ère de renouveau. Si l'activité de tirage papier est en baisse, elle ne disparaît pourtant pas et constitue pour les opérateurs un produit d'appel pour des objets à plus forte valeur ajoutée, comme les albums et calendriers personnalisés : "la valeur du produit final est liée aux besoins de coproduction des consommateurs". 

Fort logiquement, le dynamisme des pratiques photographiques s'appuie sur un renouvellement fréquent des équipements. Les marchés les plus dynamiques sont ceux des bridges et des réflex, mais le marché des appareils compacts se maintient à un haut niveau. Dans tous les cas, les consommateurs recherchent la qualité, moins attirés désormais par le nombre de pixels que par l'accroissement de la sensibilité de l'optique, permettant de photographier et surtout de filmer en toutes circonstances. 

 

Une demande en baisse pour l'illustration, en hausse pour la photo d'art

 

Si les pratiques amateurs rendent optimistes les fabricants et les distributeurs de matériel, le son de cloche est bien différent chez les professionnels de la photo. Le secteur professionnel de la photo a perdu plus de la moitié de ses entreprises et de ses employés en sept ans (entre 2003 et 2009). Les catégories professionnelles les plus touchées sont les photojournalistes (il en reste 2000 en France) et les photographes d'illustration, ces derniers subissant la concurrence impitoyable des plateformes comme Fotolia, qui commercialisent des photos à bas prix et libres de droits. 

Néanmoins, un nombre croissant de photographes est parvenu à diversifier ses activités pour valoriser les productions : à côté de la publication dans la presse, on trouve aujourd'hui une activité d'édition, l'animation de formations et de conférences, une commercialisation des clichés sur le marché de l'art. 

Ce marché de l'art est particulièrement dynamique. Là encore, la recherche de qualité est le maître mot. Les amateurs de photo se précipitent de plus en plus nombreux dans les festivals, salons, expositions, et s'engagent également dans la constitution de collections, plus accessibles que la peinture ou les arts plastiques.

 

Une forte demande de formation chez les amateurs

 

Parmi les pratiques émergentes qui touchent à la photographie, le rapport cite le webdocumentaire et la création de POM (petites oeuvres multimédias) qui associent photo, vidéo et son. Il cite aussi les activités de formation, en réponse à une forte demande sociale : "Conséquence directe de la révolution des usages apportée par la capture numérique, les consommateurs sont en demande de savoir-faire : tant les  digital natives, auxquels les notions de base de la prise de vue ont échappé, qu’aux transfuges de l’argentique qui souhaitent progresser dans leurs pratiques. Un véritable marché de la formation et de la transmission s’est développé en 2010, permettant aux professionnels de créer de la valeur à partir de leur savoir-faire et aux enseignes de révolutionner la relation client autour d’ateliers conviviaux". 

On comprendra donc que le marché de la photo est en pleine forme, dynamisé par les amateurs qui se montrent de plus en plus exigeants et soucieux de qualité, et qui ont fait de la photo le produit de partage idéal. Du côté des professionnels, si certains métiers sont fortement malmenés (bien qu'ils sachent attirer l'attention des pouvoirs publics en France et influer sur les législateurs), d'autres savent s'adapter et développer de nouvelles activités. Clairement, la pratique photographique est multiforme et remplit cinq fonctions principales : information, conversation, divertissement, création et mémoire. La limite est ténue entre les différentes catégories et surtout, entre ceux qui les remplissent. 

Observatoire des professions de l'image 2011. Les chiffres officiels 2010 du marché de la photo et de l'image en France et dans le monde. Téléchargeable en .pdf.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur