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L'école éloignée en réseau, un modèle transférable

Toutes les écoles isolées, ne disposant pas d'un nombre suffisant d'élèves ou d'enseignants, pourraient tirer du dispositif mis en place au Québec.

Par Om El Khir Missaoui , le 20 décembre 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 19 mai 2016

Le projet École Éloignée en Réseau, mis en place en 2001, est aujourd’hui déployé dans 23 commissions scolaires au Canada. Mme Thérèse Laferrière, directrice du Centre de Recherche et d'intervention sur la Réussite Scolaire (CRIRES) à l'Université Laval de Québec et qui codirige le volet de recherche de cette initiative en tant que chercheure au centre francophone d'Informatisation des Organisations (CEFRIO) a bien voulu nous entretenir à propos des défis, des enjeux et des perspectives de l'ÉÉR.


ÉÉR, un modèle progressivement construit


Pour commencer, si vous nous parliez des conditions de naissance et de mise en oeuvre du projet "école éloignée en réseau" ?

Vu les conditions démographiques au Québec où nombre d'écoles de villages sont menacées de disparition car elles fonctionnent avec des populations scolaires restreintes et multiâges, nous avons pensé à exploiter les possibilités offertes par l’utilisation des TIC et des pratiques éducatives en réseau dans de de telles situations. Il s'agit d'améliorer la qualité et la richesse de l'apprentissage en lien avec les compétences requises au 21ème siècle telles que définies dans le Référentiel UNESCO de compétences TIC pour les enseignants. Il y va de la survie de ces écoles et de l'équité dans l'accès au savoir pour tous les élèves.

L’approche retenue est celle de l’expérimentation de devis, une méthodologie de recherche‐intervention qui débute par la conception (design) du meilleur modèle apparaissant réalisable. Les acteurs l’implantent en cherchant à l’améliorer, d’itération en itération, par une intervention éclairée par les résultats des cycles d’analyses précédents. Les praticiens, les accompagnateurs et les chercheurs impliqués dans cette expérience  exercent à tous les niveaux : établissements et commissions scolaires, le CEFRIO (centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations), l'ERI (équipe de recherche-intervention), des membres de l'équipe le TACT,  etc.  Le projet est actuellement en phase IV et a fait l'objet d'un rapport de synthèse paru en septembre 2011.

 

Quelle est la technologie déployée pour la mise en oeuvre du projet ?   

Le projet ÉÉR a privilégié une approche où deux outils étaient mis à la disposition des écoles et requis pour l’expérimentation : d’une part, un outil de vidéoconférence sur Internet en classe iVisitet par la suite VIA, permettant la communication audio et vidéo pour les enseignants et les élèves; d’autre part, un outil d’écriture, le Knowledge Forum (KF), visant la coélaboration de connaissances chez les élèves. La combinaison du forum électronique et de la vidéoconférence offre la possibilité de vivre des activités, en même temps ou en différé, et de communiquer à l’oral ou à l’écrit.

Le modèle est  frugal quant aux technologies déployées car le dispositif technique n'est pas sophistiqué et cela n'exige pas de forte bande passante, un aspect primordial pour le déploiement de l'expérimentation. Je pense par ailleurs que l'élève a droit à un environnement privé ou semi privé pour prendre le temps de résoudre des problèmes, de construire des connaissances. La visibilité de l'espace public peut intervenir à certains moments de l'apprentissage, pour publier par exemple des productions finies.

 

En quoi consistent les activités réalisées par les élèves et quels sont les avantages constatés?

Nous avons déployé un modèle d'innovation dans le sens où l'expérimentation se fait en cours d'implémentation avec des enseignants et des élèves travaillant en réseau en corrélation avec leur milieu de vie. Les apprenants sont appelés à s'interroger sur des problèmes réels et à développer une compréhension commune autour d'une question qui les préoccupe et qui est en rapport autant avec le programme de formation qu'avec leur environnement.  Ils se  familiarisent avec des processus de pointe en matière d’usage de nouvelles technologies, entre autres, la formulation d’idées permettant de comprendre un problème complexe, de l’explorer, de fournir des éléments en vue de mieux le saisir, l’analyser, voire de trouver des solutions. Ils ont  l’occasion d’exercer et d’améliorer leur compréhension de l’écrit, facteur déterminant en matière de réussites scolaire et éducative. Dans les domaines d’apprentissage de la science et de la technologie et de l’univers social, ils développent  leurs capacités à poser des questions et à expliquer. Leur vocabulaire s’est enrichi à l’écrit et ils ont acquis de la confiance à s’exprimer à l’oral en mode vidéoconférence.

 

ÉÉR, un modèle en transfert


Les résultats observés sont-ils à la mesure de l'envergure et des ambitions d'un tel projet ?

L'affiliation au projet permet de briser l'isolement, d'apprendre autrement en coélaborant les connaissances. Le concept lui-même est extensible car ce n'est pas seulement en milieu rural que l'apprentissage peut souffrir d'insuffisances. Toutes les écoles du monde ayant des limites à leur essor (nombre insuffisant d'enseignants, classes à plusieurs niveaux, etc.) ont à gagner à échanger et à travailler en communauté par  l’accès à l’information, l’accès à des personnes, l’accès à des ressources éducatives (activités d’apprentissage et de cours) et l’accès à des communautés d’apprentissage en réseau. Nous avons certainement évité la fermeture de plusieurs écoles (même si malheureusement ce phénomène sévit encore) et nous avons favorisé  l'interaction de l'école avec les communautés à l'échelle locale et davantage.

Justement quel est le rayonnement de  l'ÉÉR ? 

Environ 10% des écoles du réseau travaillent à l'international en collaborant avec de petites écoles dans les villes (Toronto, Singapour).  Comme je vous l'ai dit,  une école peut être éloignée d’un centre urbain sur une courte distance, mais se situer néanmoins hors des normes habituelles en ce qui concerne le nombre d’élèves qui la fréquentent et conséquemment le nombre limité d'enseignants et l’absence de certains choix concernant le contenu des apprentissages et les services offerts aux élèves.

Il y a également un projet avec le Burkina Faso : @ctif  (accès en classe aux technologies de l'information pour la formation), projet qui consiste en une vaste démarche de transfert qui s'appuie sur les résultats issus de notre projet et qui permettra de tirer profit des avancées pédagogiques enregistrées. Déjà, les premières analyses démontrent la bonne qualité des explications des élèves dans un projet portant sur l'eau. Des groupes restreints d'élèves et d'enseignants sont formés par leurs homologues québécois et cette formation est démultipliée à son tour auprès d'autres acteurs burkinabés. Au Maroc, l'idée d'adoption du modèle ÉÉR fait également son chemin. Nous espérons oeuvrer par l'ouverture de l'école sur le monde pour la réduction des fractures numériques.

Liens utiles :

L'école éloignée en réseau

L'école éloignée en réseau (ÉÉR), un modèle,  rapport de synthèse, septembre 2011

 

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