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En éducation : des tendances monopolistiques aux décisions politiques.

Par Denys Lamontagne , le 23 mars 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Plusieurs débats animés ont actuellement lieu autour du fait qu’Internet, loin de démocratiser la production d’information et la diversité des sources, agit au contraire comme un formidable concentrateur.

À preuve, les Yahoo, MSN (Microsoft Network), AOL (American Online), Amazon et leurs filiales ont attiré plus de 230 millions de visiteurs en décembre, les 10 sites suivant, plus de 180 millions...., les cent premiers sites représentent non pas l’essentiel du net, mais ce qui est le plus vu. Il ne reste que des miettes pour les 10 millions d’autres sites. (Source : Nielsen NetRatings)

Sur 250 millions d’usagers actifs estimés sur Internet et 40 sites visités par mois en moyenne par personne, vous comprendrez que l’effet de concentration commence à apparaître et s’accroît d’année en année à mesure que les sites de tête fidélisent leur clientèle et s’intègrent à leurs habitudes. La tendance oligopolistique (oligo : très peu) s’affirme. Est-ce bien l’Internet que nous voulons ?

Si ce phénomène existe pour les services de nouvelles, le cinéma, les logiciels, les jeux vidéos, le commerce électronique, en fait pour tous les domaines non-règlementés où règne la loi du marché, on peut se demander si le monde de l’éducation lui échappera.

Déjà la concentration des fournisseurs de services de cours en ligne ( WebCT et Blackboard) est manifeste; la même chose se dessine pour les plate-formes ; l’encyclopédie Encarta de Microsoft s’est accaparée de plus de 60 % du marché alors que Microsoft n’était pas reconnu comme un éditeur de contenu...

Dans le secteur privé, des fournisseurs de cours tels NetG , SmartCanal et autres géants privés s’établissent mondialement alors que des initiatives comme celle du MIT Open Course Ware ont l’ambition d’occuper l’essentiel de l’espace universitaire dans Internet.

Est-ce bien l’Internet que nous voulons ?

Ce phénomène n’est pas un accident. Tous nous préférons un site esthétique, ergonomique, riche, profond et animé à un site amateur, superficiel, statique ou indigeant. En éducation je préfèrerai un cours formidable à un rébarbatif. Et il se trouve que produire un cours formidable, animé, tutoré et mis à jour dans Internet demande des moyens... d’où l’inéluctable concentration.

Mieux (ou pire, c’est selon), une fois que quelques bons cours sont produits et connus dans un domaine particulier, en créer un autre pour les concurrencer apparaîtra de moins en moins justifiable aux bailleurs de fonds (institutionnels ou privés) et sera nécessairement voué à l’échec économique, sauf à de rares exceptions, d’où encore l’inéluctable concentration.

Bref, on ne parvient pas à trouver pourquoi l’éducation échapperait à ce phénomène. En d’autres termes, en entrant Internet dans les écoles, on signe la concentration des institutions et leur spécialisation.

Mais d’un autre coté, les éducations nationales pourraient perdre leurs prérogatives sur les méthodes et contenus au profit de plusieurs autres sources; pas des milliers, mais d’une plus grande diversité.

Reste l’argument du «Bien public» et de la démocratie, mais à ce chapitre, peu d’États ont de leçons à donner : le plus souvent sur cette planète les systèmes éducatifs ont été mis à contribution pour des fins qui n’avaient pas le «Bien public» comme priorité et l’État n’est pas un gage absolu d’ouverture, loin de là. Par ailleurs l’accessibilité à l’éducation peut-être aussi bien assurée dans un système ouvert que fermé, il suffit de le décider politiquement.

Qualité et diversité culturelle

La question est de savoir par qui la qualité de l’éducation et la diversité des sources seront les mieux préservées ?

D’expérience, nous avons eu de l’école UN manuel unique (et approuvé) pour chacun des cours suivi. On était plutôt loin de la diversité, pas plus des contenus que des approches.

Il faudra bien l’admettre.

Mais maintenant, d’une didactique de la rareté en éducation (UN manuel, UN prof, Une méthode pédagogique), Internet permet de passer à une didactique de l’abondance (Plusieurs sources, Plusieurs méthodes, Plusieurs soutiens). À chacun le choix de ce qui lui convient le mieux.

S’opposer à ce fait pourrait être la fin de l’école; s’en accommoder et l’intégrer en autorisant des dizaines de «fournisseurs de contenus», en modifiant le régime pédagogique et en contrôlant la certification finale (les examens), pourra nous assurer à la fois l’atteinte des standards de qualité et à la fois obtenir une réelle diversité des contenus et des approches dans le respect des individus.

Bref, un autre discours que celui dont se targuent la plupart des «ministères de l’éducation nationale».

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