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Education non formelle au Maroc : les bonnes idées voyagent vite

Une fondation privée marocaine a adopté un système d'éducation non formelle créé au Bengaldesh. Et ça marche.

Par Christine Vaufrey , le 16 janvier 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 27 août 2012

Le Maroc est un pays dynamique, très actif sur la scène internationale, qui possède quelques-unes des meilleurs écoles supérieures du monde.

Mais le Maroc, c'est aussi un taux d'alphabétisation des plus de 15 ans de 56 % seulement, 4 ans de scolarité en moyenne (sur les 10 que compte le système scolaire national), la 130e place sur 184 pays en termes d'indice de développement humain en 2011, bien loin derrière la Tunisie par exemple qui se situe à la 94e place.

 

La qualité des systèmes éducatifs arabes : un enjeu essentiel

 

Il est donc normal que le Maroc se pose de sérieuses questions sur son système éducatif. Ce n'est d'ailleurs pas le seul des pays arabes à le faire : en 2010, les ministres de l'éducation dans les états arabes réunis à Doha (Qatar) ont produit une déclaration solennelle reconnaissant "l’insuffisance des capacités nationales et l'importance cruciale de suivre la qualité de l'éducation dans des enquêtes d'évaluation".

C'est à Doha également qu'en 2011 a été récompensé Fazle Hasan Abed qui a créé au Bengladesh l'ONG BRAC, qui a déjà scolarisé plus de 5 millions d'enfants et de jeunes, ces derniers intégrant ensuite l'école publique ou une formation professionnelle pour les plus âgés. Tous les détails sur cette récompense fort méritée se trouvent dans cet article.

Et voici plus de 15 ans maintenant, Noureddine Ayouch a entendu parler de BRAC et a créé la fondation Zakoura, d'abord pour réaliser du micro-crédit et très vite pour permettre à des enfants non scolarisés ou déscolarisés de reprendre ou d'entamer une scolarité. 

 

Du Bengladesh au Maroc, un modèle d'éducation non formel qui fonctionne

 

Une équipe du quotidien français La Croix s'est rendue à Lahraouine, dans la banlieue de Casablanca, et y a rencontré Fatima Tah, la directrice de l'école publique, qui fait du porte à porte dans son quartier pour que les parents laissent leurs enfants venir à l'école Zakoura... située au sein-même de l'école publique.

Les élèves de l'école Zakoura assimilent en trois ans le programme des six années d'école primaire. Avec des résultats spectaculaires : 96 % des candidats réussissent l'examen d'entrée au collège ! Dans ce dispositif, c'est l'école qui s'adapte aux familles et pas l'inverse. Ainsi les horaires et le calendrier ont-ils été aménagés pour limiter l'absentéisme : les élèves ont cours trois heures par jour, six jours par semaine, onze mois par an. De cette manière, ils peuvent aider leurs parents dans les travaux domestiques ou même continuer à effectuer un travail rémunéré à l'extérieur. Ce qui ne manquera pas de choquer les Occidentaux, mais par quoi faut-il commencer : réformer l'éducation ou éradiquer le travail des enfants ? Les créateurs de Zakoura pensent manifestement que c'est en accédant à l'éducation que ces jeunes se sortiront de leur condition misérable.

La fondation Zakoura a également créé des cours d'alphabétisation pour les femmes et les salariés d'entreprises, et a ouvert des classes de maternelle. N. Ayouch estime en effet que l'habitude de l'école doit se prendre tôt.

La fondation Zakoura scolarise actuellement un peu plus de 20 000 enfants, dans 372 écoles. A l'échelle du Maroc, qui compte 31 millions d'habitants dont un tiers a moins de 15 ans, c'est très peu. Mais le modèle est là : il n'attend que de nouvelles initiatives pour se répandre, y compris dans l'enseignement public.

Fondation Zakoura éducation

A Lahraouine au Maroc, l'éducation non formelle fait école. Marie Verdier, La Croix, 22 novembre 2011.

Photos : 

Haut - Lukas Vermeer, Flickr, licence CC BY-NC-SA 2.0

Bas - Luca Penati, Flickr, licence CC BY-NC-ND 2.0

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