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Le "Monde arabe" revitalisé par les TIC

Comment le monde arabe se façonne et se recompose par les développements successifs des technologies de l'information et de la communication.

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 17 janvier 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 15 février 2012

Devant La Mosquée Des Omeyades à Damas

Dans un article paru dans la revue en ligne Hypothèses, Yves Gonzalez-Quijano s'intéresse au concept de "monde arabe" popularisé ces derniers mois par l'actualité mouvementée des pays comme l'Egypte, la Tunisie, le Yémen ou la Syrie... Son papier porte essentiellement sur l'histoire de cette "communauté imaginée" arabe mise en perspective avec le développement et l'appropriation des technologies de l'information et de la communication.

Monde arabe, késako ?

Le monde arabe est cette zone qui s'étend du Maghreb à l'ouest jusqu'à l'Afaghanistan et au Pakistan à l'est. Les Etats-nations se situant dans cette zone ont en commun le partage d'une langue et d'une religion, indépendamment des diversités d'un point de vue géopolitique ou économique.

La dénomination de monde arabe, nous apprend l'auteur, n'est pas d'origine récente mais ne remonte pas non plus à la nuit des temps. "Pour qu'elle passe dans l’usage, il aura fallu la naissance, au sein des populations locales, d’un sentiment d'appartenance à une communauté, avec des traductions politiques où le référent culturel – la langue en premier lieu – se vit doté d’une centralité qui n’éclipsait pas nécessairement d’autres marques identitaires, à commencer par celle de la religion musulmane".

Dans les années antérieures, cette dénomination a été oubliée et même discréditée. On lui a préféré les termes de "monde islamique" ou de "Grand Moyen-Orient". A quoi peut donc correspondre son retour en grâce sur la scène médiatique et académique ? Yves Gonzalez-Quijano pose l'hypothèse d'une résurgence de cette dénomination qui serait "l'oeuvre d'une nouvelle conjoncture dans laquelle les technologies d'aujourd'hui se sont substituées à celles de jadis"

De l'imprimerie aux réseaux sociaux

Pour l'auteur, la fixation du sentiment d'appartenace à un Etat-nation n'a été possible que grâce à l'imprimerie. L'adoption de l'imprimé était en soi une révolution, une rupture d'avec la tradition orale et une forme de transmission du savoir. Elle a contribué à éveiller les consciences. "Jusqu’alors par essence tourné vers le temps de la révélation, fondamentalement mémoriel et sciemment réservé à une élite, le verbe poétique se fit ainsi plus prosaïque pour communiquer à l’ensemble des mortels la vision d’un avenir collectif construit sur la notion de bien commun".

A l'imprimé a succédé au fil des ans des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Des cassettes-audio contenant les prêches de l'imam Khomeiny aux réseaux sociaux en passant par les chaînes satellitaires, ces différentes technologies ont participé de la révolution de l'information entraînant dans leur sillage des révolutions sociopolitiques.

Quelle que soit la réalité géographique du printemps arabe, la leçon à retenir est que les développements successifs des technologies de l'information et de la communication ont joué un rôle majeur dans la mobilisation des populations en faveur d'un changement par la diffusion du savoir. 

Article original : Du print nationalism au digital arabism : l' "invention" renouvelée du monde arabe. Yves Gonzalez-Quijano. Revue Hypothèses, 14 novembre 2011.

Illustration : Nicolas Mirguet, Flickr, licence CC BY-NC 2.0

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