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Enseignants et TIC : des questions fraîches

Et si on repensait la formation aux technologies pour les enseignants ?

Par Martine Dubreucq , le 30 janvier 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 01 mars 2012

Enseignant En Plein Travail, Lors D'un Rassemblement De La Communauté "One Laptop Per Child"

Pourquoi diable les enseignants sont-ils si lents à adopter les innovations ?

A force de revisiter le problème de la résistance des enseignants à l'intégration des technologies dans la classe, il est inévitable d'avoir l'impression de tourner en rond. Il est tentant de nier les faits (nous sommes encore assez peu à nous intéresser aux changements pédagogiques en relation avec le numérique) et de rester dans un discours techno-enthousiaste entre initiés. Il est tout aussi fréquent de prôner une politique volontariste de formation tous azimuts, en militant pour des certifications de type C2i enseignant censées couvrir toutes les compétences nécessaires à un enseignant du XXIe siècle.

Ce n'est pourtant pas en accumulant les offres de formations, en offrant des fiches pédagogiques, des parcours et des dossiers d'exemples édifiants, des récits de bonnes pratiques que l'on viendra à bout du manque d'enthousiasme des professeurs vis à vis des TICE.

Comme le dit Lionel Kofmann, professeur d'histoire sur son blog professionnel :

"Il est nécessaire qu’il y ait un retour coût/bénéfice sur investissement pour que les enseignants adoptent une innovation. C’est une attitude fort rationnelle au demeurant. L’innovation doit aussi répondre aux problèmes définis par les enseignants et non pas ceux définis par des non-enseignants."

Peut-être faut-il se décaler un peu et se poser des questions fraiches ?

 

Voir les choses autrement

C'est ce que le jeune auteur du blog Redefining my role: Teacher as student fait, se disant étonné d'être qualifié de « techno » par ses collègues alors qu'il n'a pas vraiment appris à intégrer la technologie dans sa classe. Le numérique fait complètement partie de sa vie d'enseignant et il a commencé à utiliser Internet pour, dit-il, "apprendre à faire ce qu'il voulait faire avec ses étudiants" : un blog, une vidéo, un podcacst. Tout simplement. La seule competence notable dont il a dû faire preuve, c'est le discernement, le bons sens, le sens critique pour sélectionner parmi la multitude de ressources celles dont il avait immédiatement besoin.

N'est-ce pas justement ce qu'il conviendrait de développer chez les enseignants, un certain goût pour le jugement personnel et l'expérimentation hors des sentiers balisés ? A quoi bon alors mettre sur pied des formations supplémentaires à des outils spécifiques ( comment faire un wiki, construire un blog avec tel logiciel, se servir de telle plate-forme) alors qu'il est plus important de savoir transposer d'un outil à un autre un certain nombre de procédures et de démarches qui sont avant tout d'ordre pédagogique ?

 

Pour le plaisir !

Plus profondément, la formation TICE des enseignants renvoie à des questions d'autonomie dans l'apprentissage. Si on est bien obligés de constater le peu d'engagement dans des activités "actionnelles", de type projet ouvert intégrant le numérique dans les classes, on peut aller plus loin que les raisons les plus communément invoquées : manque de temps, ou manque d'équipement. L'auteur du billet le fait justement remarquer : il ne s'investirait pas dans des initiatives qui demandent de l'énergie et du temps s'il n'y prenait pas un certain plaisir. Or ce qui semble faire défaut, c'est un plaisir assez fort pour dominer la peur de se lancer seul dans une aventure d'apprentissage autonome et informelle.  Sans aucun doute ici, notre système d'éducation qui repose tout entier sur la prescription, le guidage et le contrôle, a-t-il formaté des enseignants qui "pensent qu'ils ne peuvent apprendre quelque chose que si on le leur a enseigné".

Allez voir la façon dont ce nouvel enseignant se présente dans la partie "about" :
Avant de devenir un professeur d'école dans le Connecticut aux USA, il a étudié l'anthropologie et l'histoire, a beaucoup voyagé, excercé de nombreux activités différentes. Il présente son métier comme « la chance d'apprendre ». C'est un peu ce que disait Levi-strauss lorsqu'il expliquait qu'il était devenu professeur de sociologie au Brésil tout à fait par hasard, alors que ce n'était pas sa spécialité : "Je n'y connaissais rien et j'avais envie d'en savoir un peu plus. Enseigner, c'est encore la meilleure façon d'apprendre ».

Le temps est peut-être venu de voir apparaître une nouvelle espèce d'enseignants, ceux que l'expérimentation et l'agilité pédagogique et technique amusent et aiguillent, en dehors de tout cursus et de tout accompagnement pensé pour eux.

 

Do Teachers Need to Relearn How to Learn? Blog Redefining my Role : Teacher as Student. Jonah Salsich, 2 janvier 2012.

A lire aussi, le billet très, très acide de Ticeman, en français cette fois : Mais j'ai pas été formé (ou comment sortir les enseignants de la matrice). La caverne de Ticeman, 12 novembre 2011.

Photo : Julie Blaustein, Flickr, licence CC BY-NC 2.0

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