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Les jeux trop sérieux... n’en sont pas.

Les principes du jeu en jeu

Par Denys Lamontagne , le 07 février 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 07 mars 2012

On s’amuse ferme en jouant à des jeux, sérieux ou pas, mais en ajoutant des enjeux de plus en plus importants à un jeu, quel qu’il soit, du poker au football en passant par le Monopoly, la musique ou la bourse, on évacue graduellement le plaisir pour le remplacer par le professionnalisme.  Le jeu devient alors vraiment «sérieux».

Tout le "sérieux" du jeu est essentiellement liée à l’importance des enjeux.  S’il faut à tout prix réussir, on ne s’amuse plus vraiment même si on continue à jouer ou à pratiquer. Mais aussi sérieux soit-il, un jeu demeure un jeu s’il respecte les conditions suivantes.

Un jeu possède :

  • Un espace délimité, réel ou virtuel, comme un terrain, un plateau, une rampe d’escalier, un restaurant.
  • Des règles qui imposent des limites, comme 11 joueurs sur le terrain, pas de possibilité de reculer, des frais pour chaque décision ou des punitions pour certains actes.
  • Des possibilités d’action, comme un cheval qui saute en L (jeu d'échec), la téléportation, 12 vies, faire des passes par devant, des protections, des statuts et des armes, etc.
  • Un but à atteindre, un défi à surmonter.
  • La possibilité de gagner ou de perdre.


Si un jeu manque à l'une de ces conditions, ce n’est pas un jeu.

Produire des jeux qui n’en sont plus ?

 

La façon la plus facile d'y arriver est d’éliminer la possibilité de gagner ou de perdre, «pour ne pas inculquer une culture de compétition» par exemple. Mais il est aussi facile d'éliminer cette règle que de se l'imposer, même en solitaire. Le seul fait d’ajouter un chronomètre ou un pointage fait en sorte que dès la deuxième partie, il y aura un record à battre, une possibilité de faire mieux ou non. Un seul but à atteindre (plus beau, plus dégoutant, plus loin, etc... ) décidé par un joueur suffit pour créer un jeu. Les enfants sont très habiles à cela.

Une autre façon de faire disparaître le jeu est de le rendre trop prévisible, insignifiant. Comme le joueur s'améliore en jouant, les jeux acquièrent ce défaut plus ou moins rapidement. Ceux qui savent résoudre un cube Rubik en trois minutes connaissent le phénomène. Trop d'imprévisibilité fait aussi diparaître le jeu : si les actions des joueurs ont un effet imprévu ou aléatoire ou que les règles changent sans cohérence, ça ne sert à rien de se forcer, il vaut mieux alors s'en remettre au hasard.

Si on gagne tout le temps ou si on perd tout le temps le jeu n’en est plus un puisque la possibilité de gagner ou de perdre est connue d’avance. Des jeux «sérieux» avec un seul niveau ou avec la présence d’un adversaire si dominant qu’il est impossible de gagner n’offrent guère d’intérêt.  On peut passer toutes les conditions de cette façon.

Il reste le jeu trop compliqué, avec tant de règles que personne ne peut réellement jouer. Confusion, blocages, exceptions, possibilités non prévues, bogues... le jeu est mal fichu. Il n’est pas «trop sérieux», il est seulement «trop compliqué». Le jeu trop simple, genre parcours «pédagogique» impossible à rater, ne mérite pas le nom de jeu. Quel ennui.

 

Des buts stimulants, cohérents et... variables

 

Les qualités des bons jeux ont un rapport avec la créativité : les plus grands joueurs et équipes déploient leur art dans des créations qui déjouent la stratégie de leurs adversaires et étonnent le public.  Ceux qui ne réussissent que par la force ou la technique n’atteignent jamais l’aura des créateurs qui gagnent avec style.

Les jeux qui offrent le plus de possibilités d’actions cohérentes sont les plus appréciés. Le génie de Pacman était de transformer le poursuivi en poursuivant pendant quelques secondes.  Par rapport aux autres jeux, c’était une nouveauté qui lui a assuré le succès.

Les enfants sont capables de jouer pendant des heures au même jeu sans se lasser. Mais ce que les adultes ont oublié ou qu’ils ne remarquent pas est que les enfants ne jouent pas au même jeu très longtemps : ils en modifient les règles presque en permanence. Chaque règle est régulièrement négociée pour rendre le jeu plus intéressant ou avantageux ou équitable. Ainsi la possibilité de gagner ou de perdre est-elle maintenue à un haut niveau et chacun peut exercer sa créativité à rechercher de nouvelles ou de meilleures solutions.

Appliqué aux jeux sérieux, les meilleurs ont des règlements souples qui peuvent s’adapter à différents objectifs, buts, niveaux, joueurs, mélange de joueurs. Ceux qui  permettent aux joueurs de pouvoir utiliser leurs qualités et leur créativité sont les plus appréciés, ceux qui permettent d’équilibrer les forces par un système de handicap deviennent les plus formateurs.

 

Trop sérieux ?

 

En fait le qualificatif «trop sérieux» est plutôt synonyme de «trop ennuyeux». On ne rigole peut-être pas beaucoup quand des fortunes ou un titre sont en jeu, on stresse au possible mais on ne s’ennuie pas. C’est très sérieux, mais pas ennuyeux.

Si on nous présente un jeu avec des règles riches et adaptables, un territoire pertinent, des objectifs stimulants et des possibilités de gagner qui nous encouragent à nous développer, on peut alors mettre tous les enjeux du monde, on ne réussira pas à la rendre trop sérieux. Seul un jeu ennuyeux ou qui n’est plus un jeu peut devenir «trop sérieux».  

Si quelqu’un vous dit que votre jeu est «trop sérieux», comprenez bien ce qu’il veut dire : soit il ne peut supporter le stress lié aux enjeux (comme une promotion s’il réussit), soit le jeu est ennuyeux.

 

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Photo : Butterfly Works Photos / Flickr

 

 

 

 

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