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Cardiopad : agir à temps et à distance pour sauver des vies

Un jeune Camerounais de 25 ans vient de créer une tablette tactile pour sauver, à distance, les maladies cardiaques. Il refuse de s'expatrier pour s'occuper de ses compatriotes au moyen de la télémédecine

Par Louis-Martin Essono , le 13 février 2012

Arthur Zang Présente Sa Tablette

Un jeune ingénieur a présenté l’année dernière son mémoire de fin d'études à l’école polytechnique de Yaoundé sur la possibilité de transmettre, en temps réel et à distance, des paramètres d’un malade cardiaque à un médecin éloigné du site des soins. Son appareillage consistait en un ordinateur et des câbles reliés à des équipements tout simples. Son Directeur des travaux, un cardiologue de l’Hôpital général de Yaoundé, m’avait invité parce qu’on y parlait de transmission des données à distance sans vraiment oser parler de télémédecine.

Arthur Zang est encore physiquement frêle, sa voix d’adolescent explique lentement le fonctionnement de l’appareil, qui s’appellera, un an plus tard,le cardiopad. La motivation du jeune homme ? Depuis que les Camerounais ont « découvert » une nouvelle maladie qui les terrasse, la crise cardiaque et dont ils meurent brutalement et en grand nombre, Arthur a décidé de mettre ses compétences au service de la santé et même de la vie de ses compatriotes.

 

Une tablette pour diagnostiquer les problèmes cardiaques à distance

 

Au Cameroun, comme dans la majorité des pays d'Afrique, on dénombre seulement un médecin pour 100.000 habitants. Et les malades vivent en majorité en zone rurale. Et c'est à ce problème spécifique, l'éloignement d'une majorité de patients des centres relativement bien équipés,que Zang a décidé de s'attaquer. En effet, la tablette tactile de Zang, la première au Cameroun qui soit  à usage médical, dispose  d'une application qui permet de réaliser un examen cardiaque à distance. Le CardioPad a été [ainsi] créé pour répondre au besoin d'examens médicaux en Afrique Centrale où les maladies cardiovasculaires représentent près de 22% de la mortalité. Selon les informations officielles reprises par 237 on line on compte une trentaine de cardiologues pour 20 millions d’habitants. (C'est-à-à-dire pour tous les Camerounais).  La situation dans les zones rurales est encore plus inquiétante, car ces spécialistes ne s’y rendent pas toujours, préférant s’installer dans les métropoles. Dans les rares hôpitaux dotés d’un service de cardiologie, les files d’attente sont interminables, et il n’y a pas toujours le matériel adéquat pour le diagnostic. Conséquence: des milliers de Camerounais meurent chaque année d’accidents cardio-vasculaires ou de toute autre maladie liée au cœur faute de soins.

On dit dans notre pays que le patient "avait la crise cardiaque". Zang explique et présente largement son projet dans plusieurs journaux en ligne comme dans le Jour ; Son invention a été très remarquée lors d'un récent barcamp à Ouagadougou dont notre collègue Tété Enyon a rendu compte, et le journal de TV5 Monde lui a réservé un traitement de choix :

 

 

La lente progression de la télémédecine en Afrique

 

L'initiative de Zang pose la problématique de l'accès à des diagnostics rapides susceptibles de sauver des vies humaines. Cette possibilité transite par le développement sectoriel de la télémédecine dont la présence en Afrique et au Cameroun a fait l'objet d'une réflexion dans ces colonnes.

Des initiatives de ce genre sont en effet très rares et très coûteuses. Le jeune ingénieur, reçu par le Premier ministre, a obtenu des subsides pour approfondir ses expériences bien que la réalité de la télémédecine soit encore timide au Cameroun.  Pour lutter contre les maladies cardiovasculaires et l’épilepsie, un autre Camerounais, Honoré Feukouo, président d'une association regroupant ses compatriotes et ses amis médecins résidant en Allemagne, a installé un système de télémédecine dans la bourgade de Bandjoun pour sauver la vie des malades de la Région de l’Ouest Cameroun, à 350 kms de Yaoundé.

Jacques Bonjawo a aussi, il y a deux ans, lancé une vaste opération de vulgarisation de la télémédecine  dans plusieurs villes du pays afin de soulager les souffrances que causent le manque d’électricité, de téléphone et de télécommunication et surtout  la misère en général. Par ailleurs, au plan officiel, l’école de médecine de Yaoundé utilise laborieusement le système de téléconsultation offert il y a quelque temps par l’Inde dans le cadre du panafrican e-network déjà largement présenté dans Thot.  Plusieurs universités africaines (50 au total) sont liées aux hôpitaux de ce pays pour des visites de malades à distance . Le réseau de télémédecine commence donc à s'étendre. A servir aussi de ressources didactiques, car au Cameroun, la télé-éducation et la télémédecine vont de pair et se dévéloppent en symbiose, initiant ainsi les jeunes carabins aux techniques nouvelles de consultation à distance, en attendant des cours endogènes.

L’un des avantages que présente finalement cette description est de montrer que le Cameroun et l’Afrique en général abritent une expertise qui attend seulement d’éclore. Arthur Zang, ce petit génie aux dents de lait, s’est refusé à s’exporter pour vivre chez lui, contextualiser les problèmes endogènes et les résoudre sur place. Même si le matériel qu’il a utilisé vient de la lointaine Chine, nous sommes fiers de lui !

Illustration : Arthur Zang présente sa tablette. Compte Facebook du Projet CardioPad, n'hésitez pas à le soutenir !

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