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Le développement des NTIC au Maroc : une énigme à plusieurs inconnues***

Par Mohamed Ouzahra , le 15 janvier 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Le Maroc célèbre ces jours-ci le cinquantenaire de son indépendance. L’occasion de procéder à toute sorte de bilan dans les secteurs-clés de développement. Une commission d’experts reconnus et multidisciplinaires a ainsi produit un rapport exhaustif et, somme toute, objectif des forces et faiblesses du pays. Un document de référence dont la synthèse, et cela en dit long sur l’évolution des mentalités, a été publiée en avant-première sur le net : " Cinquante ans de développement humain au Maroc et perspectives pour 2025".

L’autre intérêt de ce travail est précisément de faire des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) un levier important du développement national. L’ambition à peine celée est de faire du Maroc une seconde Inde aux portes de l’Europe. Les efforts pour attirer les investissements et promouvoir les délocalisations des centres d’appels ou encore du télétraitement sont considérables. Des chiffres récents montrent d’ailleurs que ces efforts commencent à payer et que le Maroc se taille la part du lion en matière de projets d’investissement dans les NTIC (mais l’histoire nous apprend n’est-ce pas que le leadership économique d’une région demeure une réalité volatile).

Mais, si l’on y regarde de plus près, ce développement semble inégal. Force est de constater que le secteur de l’éducation y fait figure jusqu’à présent de parent pauvre. Et si l’administration bénéficie, dans le cadre d’un ambitieux programme global intitulé e-maroc, de nombreuses attentions, l’école, censée être le maillon essentiel pour la pérennité des projets, est un peu à la traîne. Pourtant, la réforme éducative, initiée depuis plusieurs années, fait de l’intégration des NTIC une priorité.

Pourtant, le gouvernement marocain fait de nombreux efforts pour équiper les établissements et les relier à Internet. Ainsi, il est prévu d’équiper durant le premier semestre 2006 pas moins de 3 000 collèges et lycées du secteur public. Les opérateurs des télécommunications proposent également des offres de connexion promotionnelles pour les écoles. Enfin, au niveau de l’enseignement supérieur, la capacité de l’intranet MARWAN dédié à la formation et à la recherche devrait sensiblement augmenter durant cette année et atteindre 34 Mo.

Alors pourquoi les acteurs du système éducatif restent-ils sur leur faim ? En fait, le sentiment, très largement partagé par ces acteurs - y compris par certains responsables -, porte moins sur le manque de moyens que sur l’absence d’une vision cohérente pour supporter l’utilisation de l’informatique dans les classes marocaines. Les applications pédagogiques de l’ordinateur restent le plus souvent des initiatives disparates et ne sont ni recensées, ni évaluées. C’est notamment le cas de l’utilisation de l’Internet en classe. Les efforts sont louables, les initiatives parfois dignes d’intérêt, mais de stratégie globale, il n’y en a pas. Ou alors, elle est bien cachée ! Citons tout de même deux ou trois projets qui me paraissent sortir du lot : Dorosse et Tarbiya

  • Dorosse.com

    Le premier - comme son nom l’indique dorosse signifiant " cours " ou " leçons " en arabe - a pour ambition de proposer un contenu éducatif entièrement compatible avec les programmes de l’éducation nationale. Site de soutien scolaire, lancé à Tanger (nord du Maroc), dorosse.com est actuellement testé auprès de plusieurs dizaines de familles.  

  • Tarbiya

    Le second est destiné à l’ensemble des acteurs éducatifs. tarbiya.ma (tarbiya signifie "éducation") s’inscrit dans une approche participative et communautaire. Il a été développé avec l’aide de l’USAID, de l’Unesco et de Microsoft dans le cadre d’un projet plus global de soutien à l’amélioration de l’enseignement au Maroc, le projet ALEF. En dehors de sa richesse pédagogique, le portail constitue un bon relais pour tout ce qui concerne l’actualité des TIC au Maroc.

Et puis C’est à peu près tout ! De ce constat est née l’idée d’un travail de recensement des applications des NTIC dans les établissements scolaires. Autour du portail tilmid.com (en cours de finalisation) et avec le soutien des animateurs en Applications Pédagogiques de l’Ordinateur (APO) en place dans les établissements scolaires, il s’agit de décrire les pratiques, de les analyser et de les évaluer afin de proposer à terme une stratégie de développement et d’intégration des NTIC prenant appui sur les réussites et les expériences emblématiques. C’est précisément cette démarche pragmatique et ouverte que je souhaite vous conter en intervenant régulièrement ici.

En attendant, et comme nous sommes en période de fête au Maroc avec l’Aïd el kébir qui commémore le sacrifice rituel d’Abraham, je voudrais vous rapporter l’initiative d’un éleveur qui vend ses moutons en ligne L’histoire ne dit pas si c’est rentable mais, si la campagne marocaine s’y met aussi, nul doute que l’Internet au Maroc a de beaux jours devant lui.

A bientôt.

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