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Publié le 12 mai 2009 Mis à jour le 13 mai 2009

Une société du savoir pour une économie du savoir

Le président Sarkozy le disait en septembre 2008, face à la crise économique qui s'amorçait, qu'il fallait "repenser le capitalisme, abolir le capitalisme de financier". Or, depuis, on a l'impression d'avoir davantage entendu parler d'économie, de banques, de Bourse dans les journaux télévisés que de modifications du capitalisme...

Pourtant, deux professeurs de l'Université de Technologie d'Helsinki avancent dans une étude récente que c'est une nouvelle approche de l'éducation qui permettra non seulement à l'économie de se remettre mais également de fleurir et de changer pour apporter davantage à la société.

Une société de formation permanente

L'école en 2020. Personne ne sait trop à quoi elle ressemblera et pourtant, en 2008, l'IPTS (Institute for Prospective Technological Studies) a fourni un rapport s'intéressant aux espaces d'apprentissage (learning spaces) européens en 2020. C'est à partir de ce rapport, entre autres, que les deux chercheurs finlandais se sont intéressés à l'idée d'une société d'apprentissage intensif et à sa préparation, dès maintenant, dans les organismes de formation et les entreprises.

Selon l'IPTS, elle sera terminée l'époque où les entrepreneurs et concepteurs seront seuls à trôner au sommet de la yramide que l'on connaît actuellement;  plus on descend les marches de la hiérarchie, plus le rôle de "pion" s'accroît, qui cantonne les hommes dans des tâches d'exécution. A l'avenir, la société d'apprentissage intensif exigera, au contraire, que chaque membre devienne créateur, qu'il améliore et innove dans son secteur. Ainsi, dans une telle société, ce n'est plus tant la production qui est valorisée que l'innovation.

L'intérêt de cet espace d'apprentissage et de ce type de société est qu'au lieu de faire la lumière sur la compétition entre pays (quel est le pays le moins coûteux, le plus efficace, etc.), on stimule la compétition et l'innovation nationales. N'est-ce pas une vision protectionniste dans un marché de mondialisation ? C'est la question qu'on peut se poser. Pourtant, ce n'est pas l'avis des chercheurs qui y voient, au contraire, une façon pour les pays de se positionner à l'international  tout en stimulant l'apprentissage, la création et l'innovation au coeur de leur espace. 

Le danger : le statu quo

Pour l'IPTS, cet espace d'apprentissage ne pourra naître qu'en changeant notre vision de l'école actuelle, en la rendant plus sensible à une éducation qui se sert non seulement de la technologie (les TIC, par exemple) mais aussi qui changera sa philosophie, pour intégrer cette idée d'éducation globale, cette société d'apprentissage intensif. C'est bien là que réside le défi.

Comme le soulignent les chercheurs finlandais, en prenant l'exemple qu'ils connaissent le mieux (la Finlande), ce changement sera difficile malgré les volontés gouvernementales. Car les bons résultats du système scolaire finlandais pourraient bien être une lame à double tranchant: il serait facile de s'asseoir sur ces réussites sans volonté d'évoluer, prétextant que tout va bien pour le moment. Mais ils notent pourtant qu'un système qui a déjà effectué quelques avancées majeures est probablement mieux armé aussi pour s'adapter à une nouvelle réalité de l'apprentissage.

Le Ba et l'Oktafocus : stimuler participation, innovation et interaction

Alors, comment pourrait se développer cette société d'apprentissage intensif ? Il faut une réalité de formation qui stimule l'innovation, la participation, l'échange et la saine compétition. Regardons par exemple une compagnie comme KP-Lab qui conçoit des outils technologiques faisant appel à cette nouvelle réalité d'apprentissage. Mais il y a également des techniques utilisables en classe et dans les milieux de travail.

Par exemple, le Ba. Qu'est-ce que le Ba ? Il s'agit à l'origine d'un concept développé dans les années 1930 par un philosophe japonais, et repris dans les années 1990 notamment par les célèbres penseurs de la gestion des connaissances Nonaka et Takeuchi. Le Ba est un espace d'apprentissage et de travail commun où le savoir individuel est partagé, recréé et augmenté entre les individus dans l'espace. Pour être plus précis, l'idéologie du Ba veut, par exemple, que les enseignants et tuteurs développent des boîtes à outils pour permettre le développement de nouvelles idées, de nouveaux concepts, mais également les principes d'interaction entre individus (avec la technologie du Web, par exemple, les réseaux sociaux). Également, le Ba se conçoit comme une philosophie du savoir qui s'intéresse au long terme. Ainsi, par exemple, une entreprise développant une nouvelle technologie devra se demander si les effets de cette technologie sont bons à court et à long terme, elle devra réfléchir sur les conséquences sociales, environnementales et pratiques de ses idées. 

Les programmes Otafokus, utilisés dans l'université des deux chercheurs, sont aussi de bons exemples de changement de culture d'apprentissage. Ces programmes combinent trois éléments : l'objet de l'apprentissage (une technique, une discipline, un domaine d'application... ), une boîte à outils personnelle (développement de projets, directives personnelles, pratiques de la compagnie), et des modules d'apprentissage spécifiques au domaine d'activité économique concerné. Le tout est accompagné d'un réseau virtuel d'apprentissage collaboratif entre élèves et professeurs. Ces programmes visent à préparer les étudiants à leur rôle de futurs travailleurs, en stimulant leur créativité et leur autonomie. Ce qui apparaît bien comme les éléments à développer dans une société d'apprentissage intensif.

Pour les professeurs Marrku Marrkula et Matti Sinto, l'avenir de l'économie et de la société passent par l'innovation et une vision nouvelle, qui implique que chaque individu y intègre sa créativité et son savoir pour améliorer son entreprise. Reste à savoir si cette vision sera partagée par le reste de l'Europe et du monde...

Knowledge economies and inovation society evolve around learning. Article de M. Markkula et M. Sinko, en anglais. Téléchargeable en pdf. Résumé en français sur la page de présentation.


Mots-clés: Président Sarkozy Économie Du Savoir Finalité De L'éducaiton Gestion Des Connaissances Espace D'apprentissage Crise Capitalisme Face

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