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Les femmes et les TIC: liaison dangereuse

Par Alexandre Roberge , le 16 novembre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 17 novembre 2009

Il faut dire les choses telles qu'elles le sont. Les TIC en tant que secteur professionnel sont pour l'instant une affaire d'homme. Uniquement au Canada, trois travailleurs des TIC sur quatre sont des hommes. Et malgré de nombreuses tentatives pour attirer les femmes, dans une industrie en pénurie de personnel, comme le souligne cet article de Jobboom, on retrouvait en 2007 seulement 17% de femmes dans les programmes scolaires reliées aux technologies (contre 25% en 2000). 

Pourquoi ? Préjugés. Beaucoup ne désirent pas devenir ces carricatures de "hackers" ou de "geeks" : des zombies littéralement absorbés par leur ordinateur dans un sous-sol, devant travailler nuit et jour pour obtenir une reconnaissance. Une image qui n'attire guère celles qui veulent concilier travail et famille. Pourtant, la réalité est toute autre si on lit l'article de Jobboom. Oui, il y a des heures supplémentaires lors d'intenses périodes de production, mais autrement, rien de bien dramatique. Au contraire, les horaires flexibles sont même en train de se transformer en horaires réguliers pour ceux et celles ayant une famille.

Mais si les femmes ont des idées reçues sur le secteur des TIC, on trouve malheureusement beaucoup plus de préjugés sur les femmes qui aiment les TIC.

Des préjugés qui nuisent à l'avancement sociétal

Le sujet n'est pas neuf. Déjà, en 2002, dans Le Devoir, on abordait le travail des Pénélopes ou de Famafrique dont nous avons déjà parlé ici et d'autres groupes pour la promotion des TIC dans un processus éducatif et de démocratisation. Encore en octobre dernier, l'APC (Association pour le progrès des communications) dévoilait une étude faite en partenariat avec l'Agence suédoise de développement international sur l'utilité des TIC pour la démocratie et comme un moyen de supprimer en partie les inégalités sociales, à condition que l'on puisse les rendre très accessibles à l'aide de partenariats divers comme ceux qui sont noués entre gouvernements et ONG. 

Hélas, nous sommes en 2009 et les préjugés persistent. Une évaluation sur l'utilisation des TIC en Amérique Latine démontre que les femmes de 35 ans et plus n'utilisent pas ou très peu les TIC. En effet, l'article paru sur le site de l'Association pour les droits de la femmes et le développement (AWID) qui cite l'APC est très révélateur de la réalité des stéréotypes sexuels persistant même au niveau technologique. Les jeunes femmes d'Amérique latine ont pourtant connu d'importants changements au cours des dernières décennies: elles sont plus éduquées (la plupart savent lire et écrire et ont fréquenté au moins l'école primaire), plus informées sur leurs droits (civiques, fonciers, du travail), sur les questions de l'économie et de l'environnement. Qu'est-ce qui a facilité ce changement ? Les médias, particulièrement la radio qui atteint les zones rurales éloignée des grands centres.

Malgré ces avancées, les femmes d'Amérique latine sont exclues de la société numérique. Si les cybercafés sont très peu nombreux et ne se multiplient pas en Amérique centrale, on ne peut pas dire la même chose de plusieurs pays d'Amérique du Sud comme la Colombie, le Costa Rica ou le Brésil dont nous nous sommes entretenus sur Thot récemment. Or, les femmes y ont peu accès, pour deux raisons. Elles sont premièrement sujettes au mépris dans des sociétés qui considèrent encore que la place d'ne femme est dans sa cuisine, et pas dans un cyber café. Mais elles font également l'objet de railleries de la part de leurs propres enfants qui considèrent qu'elles sont trop vieilles à 35 ans et plus pour utiliser les TIC et comprendre leur intérêt !

Pourtant, elles veulent utiliser ces outils malgré les difficultés que peut impliquer l'apprentissage de nouveaux médias. Elles souhaitent apprendre à télécharger les photos qu'elles ont prises avec leur cellulaire, découvrir des nouvelles techniques d'artisanat ou pour la santé de leurs volailles, discuter de l'éducation des enfants, de l'agriculture, de la violence faites aux femmes, etc.

Bref, les femmes latino-américaines veulent avoir accès aux TIC, mais la société leur refuse ce droit. Une attitude rétrograde et regrettable, au moment où les élites cherchent à développer une économie du savoir. C'est pourquoi les associations humanitaires dénoncent ces situations honteuses et se battent pour que les femmes aient accès aux TIC tout autant que les hommes.

Nous terminerons sur une note d'espoir: il y a du bon quand les femmes du monde entier utilisent les médias. En 2000-2001, Women Action 2000 publiait des dizaines d'exemples dans un dossier inspirant. Il serait peut-être temps, presque 10 ans plus tard, de reprendre l'exercice pour continuer à promouvoir l'utilisation de TIC pour les femmes dans le monde. Car il y a encore du travail à faire...

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