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Suivi et évaluation : la formation à distance en difficulté ?

Par Manuel Rulier , le 22 juin 2003 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Le développement contemporain des TIC modifie sensiblement les questions relatives au suivi de l’apprenant engagé dans une formation à distance. Interactivité, téléprésence, autoformation, auto-évaluation, autant de dispositifs capables de faire de la FAD un outil pédagogique vraiment performant, dont les avantages sont évidents :

Les effets psychologiques du suivi à distance

Touchant le suivi pédagogique, le tuteur est en mesure de fournir à l’apprenant des indications adaptées, des pistes de lecture personnalisées, une bibliographie ciblée, etc. Quant à l’évaluation, elle peut désormais mesurer avec précision la progression de l’apprenant, apprécier de façon individualisée son évolution et valider chaque étape du programme de formation mis en ligne. Mais la FAD présente aussi un avantage déterminant : elle permet un suivi psychologique, affectif, qui permet à l’apprenant de garder contact avec le monde où il a ses repères, (expatriation, handicap, immobilisation, par exemple).

Les formateurs constatent en outre que des relations privilégiées s’instaurent entre le tuteur et l’étudiant, qui n’auraient pas été possibles en présentiel, dans une situation de face à face. La messagerie électronique aurait-elle des vertus désinhibantes ? Il est sûr en tout cas que l’interface électronique tend à diminuer les effets de charisme et autres «violences symboliques», en démythifiant les évaluations et en renforçant les relations entre les professeurs et les étudiants en difficulté. Ces avantages sont autant de réponses aux objections formulées à l’encontre des NTIC et du rôle qu’elles assument dans le monde de l’enseignement. Loin de le déshumaniser, elles rendent possibles et renforcent des liens.

Le champ des progrès :

Il faut prendre garde toutefois à bien considérer l’ensemble des obstacles de nature à mettre en échec le suivi pédagogique : habitués à des réponses en temps réel et non en différé, les étudiants se plaignent parfois du manque de disponibilité des enseignants, même si des rendez-vous téléphoniques à heure fixe ou un engagement de répondre aux courriels dans les 48 heures ont été mis en place. Le suivi à distance des apprenants nécessite par conséquent une adaptation des enseignants et des apprenants. Du reste, il est parfois difficile de progresser par étape, au lieu d’aborder une thématique globale. C’est là le constat de M. KALIKA dans son étude «Les défis du e.learning» présentée lors des journées de la FNEGE à Rouen.

Autres limites : lorsque l’étudiant a décidé de rompre les liens ou de ne pas suivre les directives du tuteur, cette décision lui appartient et rien ne peut l’obliger à entretenir ce contact régulièrement. L’établissement et le respect d’un contrat de communication s’impose par conséquent à quiconque veut établir un suivi et une évaluation de qualité. Ce contrat devra faire apparaître des clauses de délais, mais encore de lisibilité et de clarté, pour éviter les distorsions dues au fait que le suivi à distance repose sur l’écrit : une question mal formulée recevra une réponse inadéquate, ce qui multiplie les échanges de courrier !

Le suivi synchrone : une alternative ?

Les travaux menés par l’Institut National de Recherche Pédagogique, INRP, montrent que la formation à distance en mode synchrone constitue un outil solide pour lutter contre les obstacles qu’impose la distance (impatience, distorsions, démissions, etc.) Grâce au suivi synchrone, le formateur et les apprenants sont présents sur le réseau à distance et au même moment.

Au contraire explique C. Deprès, chercheur à l’INPR, «le mode asynchrone assouplit les contraintes liées au temps puisque les protagonistes n’ont pas à se réunir au même moment, en revanche, il ne permet pas au formateur d’assister les apprenants en "juste à temps"». Le suivi synchrone permet selon lui une gestion précise des séquences d’activités, tout en rendant possible une «remédiation immédiate» et ciblée. Mais les compétences requises pour mener ce type de suivi sont nombreuses, peut-être plus encore qu’en présentiel : l’animateur du suivi synchrone doit d’abord bénéficier d’une expérience des situations et des contenus d’apprentissage ; il doit ensuite être capable d’interpréter rapidement les informations que lui présentent les outils de visualisation synchrone.

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