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La pédagogie des morts-vivants

Les zombies sont effrayants... mais pour certains scientifiques, ils constituent une matière pédagogique insoupçonnée.

Par Alexandre Roberge , le 19 février 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 24 septembre 2012

Depuis une vingtaine d'années, les zombies ont, c’est peu de le dire, un succès monstre. Ils sont la vedette de nombreux films et jeux vidéo. Certains développeurs vidéoludiques vont jusqu’à créer des modes uniques dédiés aux zombies, comme le western Red Dead Redeption. Ils ont même leur place aux heures de grande écoute avec la très populaire série télévisée The Walking Dead, adaptée d'une bande dessinée. Il y a un tel engouement pour le phénomène que des flash mobs (foules éclair) leur sont consacrées. En effet, des Zombie Walk sont organisées dans plusieurs grandes villes du monde comme Paris, Stockholm, Dublin, Mexico et Montréal où des centaines, voire des milliers de personnes se maquillent en cadavre et marchent au rythme lent des morts-vivants. OU de ce que l'on imagine être leur rythme car, faut-il le rappeler, les zombiens n'existent que dans l'imagination de leurs amateurs. Pour le moment.

Mais au-delà de cette fascination un peu morbide, il y aurait aussi un intérêt pédagogique à s'intéresser aux zombies.

Les sciences… zombiesques?

 

Elles sont nommées zombies studies dans le monde anglo-saxon, les sciences qui étudient le phénomène zombie. Ce qui semble être une blague de geek peut pourtant nous en apprendre beaucoup comme le révélait Slate dans un article d’octobre 2011. Oui, la science s’intéresse à ces créatures provenant de films d’horreur. Le tout a d’ailleurs pris un aspect plus « sérieux » en 2009, lorsqu’un docteur en neurobiologie, Steven C. Schlozman, a participé à une activité appelée Science on Screen qui invitait des scientifiques à commenter l'oeuvre cinématographique de leur choix. Schlozman a opté pour La Nuit des morts-vivants de George Romero, film de 1968 qui peut donc être considéré comme l'ancêtre des fims de zombies. Ce classique du cinéma d’horreur a servi de point de départ au scientifique pour disséquer le cerveau d’un zombie afin d’expliquer leurs comportements, leur appétit insatiable, etc. Une présentation mythique encore présente sur le Web et qui a fait fureur auprès de tous les aficionados de morts-vivants. Deux ans plus tard, en mars 2011, Schlozman publiera même un livre sur le sujet appelé The Zombie Autopsies : Secret Notebooks for the Apocalypse. Un bouquin qui pourrait d'ailleurs être adapté au cinéma… par George Romero.

De nombreux scientifiques, particulièrement des étudiants et des jeunes, s’intéressent donc à ces études sur les zombies. Quelles sont les caractéristiques de la créature? À quoi ressemblerait un virus qui transmettrait ce mal? Certains sont allés jusqu’à établir un modèle mathématique de l’évolution d’une pandémie de zombies. Un constat terrifiant lors qu’on se rend compte avec quelle rapidité se propagerait la maladie, particulièrement dans les zones urbaines. D’ailleurs, comme dans toutes les sciences naturelles et humaines, il y a des écoles de pensée dans les zombies studies quant à l’éventualité d’une épidémie apocalyptique de morts-vivants : certains croient que ce n’est qu’une question de temps, d’autres s’intéressent au sujet « au cas où » et puis il y a tous ceux qui voient dans l’étude de cette question une façon originale et intéressante de réfléchir sur les pandémies à venir. Le zombie sert donc dans ce cas de prétexte à des études plus réalistes.

Le mort-vivant pour ajouter un intérêt pédagogique

 

Pour Steven Schlozman, l’étude des zombies est très intéressante pour la modélisation d’épidémies et pour tout ce qui entoure les sciences du cerveau. Un avis partagé par un nombre croissant de ses collègues, comme Brad Voytek, qui dans son blogue affirme que certains étudiants s'ennuient lorsqu'on leur parle d’imagerie cérébrale et d’étude des lésions. Par contre, l’intérêt grandit si l’on affirme qu'avec ces mêmes sujets l'on pourrait découvrir comment concevoir un zombie…

Et puis, ces morts-vivants peuvent devenir un très bon prétexte pour aux différentes façons de survivre dans des conditions extrêmes. Le CDC (Center for Disease Control and Prevention) américain a d’ailleurs cherché à sensibiliser les enfants en créant une page afin qu’ils soient préparés à une invasion de zombies. Certes, le ton est plutôt humoristique, mais les informations qui y sont transmises pourront aider les enfants à se préparer à des cataclysmes comme des tremblements de terre, des tornades ou des ouragans qui peuvent frapper leurs pays.

Le zombie comme figure populaire peut aussi favoriser le recrutement de futurs apprenants. Par exemple, un établissement de formation en informatique a créé un module gratuit pour apprendre un langage de programmation particulier. Le tout dans un univers de zombies.

Devons-nous nous préparer à une invasion de morts-vivants dans un avenir procheou ointain ? Les chances sont minces, mais cette question permet à des scientifiques de se pencher sur les modèles pandémiques et conséquemment de les améliorer. Pourtant, si jamais l’idée que des êtres putréfiés puissent envahir notre monde vous angoisse, sachez qu’il existe de très bons guides de survie sur Internet comme celui-ci qui décrit en vidéo tous les aspects d’une telle catastrophe (à prendre avec humour, évidemment). Et pour en savoir plus sur ces monstres, ce blogue offre de nombreux liens sur le sujet.

« Les zombies attaquent la science », Julia Coulibaly, Slate.fr, 16 octobre 2011

Crédit image: JamesCalder via photopin cc

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