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Noter ou pas, un dilemme pas prêt d'être résolu

Par Om El Khir Missaoui , le 29 février 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 04 mars 2012

La réussite dans les systèmes scolaire et universitaire, dans les évaluations et promotions professionnelles est encore largement tributaire de l’évaluation sommative à l’issue de laquelle on décide du succès ou de l’échec de l’apprentissage, de la formation et même des parcours professionnels. Même si les orientations pédagogiques actuelles incitent plutôt à privilégier l’évaluation formative, la personnalisation des apprentissages et la remédiation, les travaux collectifs et collaboratifs ainsi que le développement de l’esprit critique et l’autonomie, les heures de gloire de ce type d’évaluation sont-elles passées ? Qu’en est-il exactement dans les approches pédagogiques qui prônent la réussite dans l'équité et l'égalité ?

Dans son blog Au pied du mur,  Mila Saint Anne, enseignante d’histoire géo, s’interroge sur  la pertinence de la notation des élèves dans des billets intitulés successivement  to note or not to note et si je ne mets plus de notes ?. Dans le sillage des contradicteurs de l'évaluation sommative, elle  soutient que la note est un outil d’évaluation simpliste et subjectif car dans l’argumentaire des irréductibles de la notation, la raison pédagogique reste minoritaire. Si les enseignants mettent des notes c'est le plus souvent pour des raisons  administratives et contextuelles. De plus, Les sources d’erreurs sont multiples et elles peuvent être imputées d’abord aux évaluateurs eux-mêmes puisque pour une seule et même copie des évaluateurs différents attribuent des notes différentes et qu’un même évaluateur note différemment à différents intervalles de correction, suivant son humeur et son vécu du moment.  Ensuite intervient le sujet sur lequel porte l’évaluation et le barème de notation qu'on utilise. Enfin, c'est l’évalué lui-même, avec ses fluctuations psychoaffectives, qui peut fausser ses performances ponctuellement.

 

La constante macabre

Les études ont démontré que toute situation d'évaluation amène inéluctablement à l'émergence dans la population évaluée de trois groupes d'élèves (les mauvais, les moyens et les bons) à qui les notes seront distribuées en conséquence.

Ce phénomène s’appelle la constante macabre. Il se base sur deux principales observations:

  • La tendance à la sanction dans l'examen plutôt que l'émulation des connaissances. Ce qui pousse les examinateurs à créer des tests basés non pas sur les connaissances et compétences acquises mais sur des questions pièges voire des connaissances méta scolaires.
  • La crédibilité de l'examen /enseignant /établissement vis-à-vis de la société, ce qui pousse à établir un taux constant d'échec.

Selon les experts en docimologie, cela fonctionne, quelle que soit la classe, quels que soient les enseignants. Cela veut dire que la note attribuée, malgré les critères d'évaluation et le souci de normalisation des procédures, est complètement subjective.

Cette réalité a même suscité un mouvement de contestation : Le Mouvement Contre La Constante Macabre (MCLCM), autrement appelé "système Antibi", du nom de son concepteur, est basé sur un système d'évaluation par contrat de confiance (EPCC) grâce, entre autres, à l'information précise sur les sujets d'examen, à la gradation des difficultés ainsi que la relation étroite entre activités de classe et épreuves d'évaluation. Ce système, rétorqueraient les pédagogues, est loin d'être une innovation mais il s'agit d'une remise au goût du jour de pratiques anciennes.

 

Parcours d'apprentissage et évaluations

Avec la diversification des modes et des filières d'apprentissage, il faut reconnaître que l'évaluation sommative ne constitue plus que l'un des aspects de l'évaluation. Qu'elle soit diagnostique (en début de parcours), formative (en cours d'apprentissage) ou certificative (en fin de parcours), l'évaluation remplit des fonctions différentes et revêt plusieurs formes. Elle ne porte plus sur les seules connaissances à acquérir mais à la fois sur des compétences disciplinaires et sur des compétences transversales. Elle n'est plus le fait du seul enseignant mais  peut être pratiquée par les apprenants eux-mêmes ou par d'autres intervenants (lors d'activités ou de concours sur Internet). On parle alors d'auto-évaluation, de co-évaluation, d'évaluation collective et j'en passe, dans lesquelles le souci n'est plus exclusivement d'être noté sur une échelle de valeurs mais d'être valorisé sur des acquis, des attitudes et des interactions.

La prise de conscience de la complexité de l'évaluation doit conduire à relativiser les résultats et à introduire une souplesse dans ses conséquences, en particulier dans l'orientation. Pour donner de la souplesse à l'évaluation, la tendance est à l'étalement dans le temps (via le contrôle continu et le système de cumul de modules), de crédits compatibles avec la formation tout au long de la vie. La formation mixte ou à distance intègre bien ces nouvelles donnes mais l'on sait tous que le présentiel est de nos jours enrichi de toutes les potentialités de l'autoformation complémentaire au travers d'outils numériques et ces "intrusions" amènent un changement de pratiques à tous les niveaux.

 

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