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La désillusion française des étudiants étrangers

La France n'est décidément plus une terre d'accueil, y compris pour les étudiants. Quand l'étranger devient un bouc-émissaire.

Par Alexandre Roberge , le 02 mars 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 05 mars 2012

Pour de nombreux étudiants partout dans le monde, la France est perçue comme le haut lieu du savoir universitaire, particulièrement en matière de sciences sociales. Après tout, le pays porte tout l’héritage du siècle des Lumières, du romantisme et des droits de l’homme. Malheureusement, la France du 21e siècle n’a plus son éclat intellectuel d’antan et de nombreux jeunes adultes affrontent la désillusion française.

Une récente rencontre avec 30 étudiants de l’EHESS, décrite dans le carnet du séminaire ACT (Aspect concret de la thèse), fait la liste des difficultés d’intégrations limitant la mobilité étudiante en France.

Un accueil houleux

 

Les premières barrières à l’intégration sont souvent de nature matérielle. En effet, si les étudiants français eux-mêmes ont des difficultés à se loger, cela tientdu parcours du combattant pour un étudiant étranger. De plus, certains de ces nouveaux venus rencontrent aussi la difficulté de la langue. Par exemple, les étudiants asiatiques dont la langue n'a rien à voir avec les langues issues du latin, doivent faire des efforts énormes pour apprendre le français. Ces étudiants suivent des cours intensifs mais disposent de bien peu d'espaces de socialisatin pour améliorer leur français. Ils doivent alors se tourner vers des cours de français langue seconde très poussés et interactifs pour progresser.

Les étudiants non-européens font rapidement connaissance avec l’enfer des équivalences. Si la communauté européenne a travaillé très fort pour favoriser la mobilité étudiante en Europe, de tels accords n’ont pas encore été passés avec d’autres continents comme l’Amérique latine ou l’Asie. Lorsque l'étudiant a un parcours rectiligne, sort de 3 ou 5 ans dans une université de son pays, les choses sont assez simples : c'est oui ou c'est non. Mais lorsqu'il sort d'une école plus originale en termes d'organisation, ou s'il souhaite intégrer un de ces établissements en France (comme l'EHESS par exemple), c'est un casse-tête sans nom. Et s'il souhaite la double validation de son diplôme, alors là... 

Des études universitaires décevantes

 

En plus de ces chocs culturels et administratifs, il faut ajouter un élément peu abordé dans les médias français, mais que ces jeunes étrangers se permettent de critiquer : le niveau académique les déçoit profondément. La France, qui avait auparavant un statut reconnu à l’international pour la manière dont elle abordait les sciences sociales, voit son image se ternir. Les formations autrefois si prestigieuses ont été déclassées et un doctorat français n’a plus la même réputation qu'auparavant.

La culture universitaire française provoque également un certain malaise chez les étrangers. Les relations distantes avec le professeur, l’étudiant qui semble condamné à une éternelle condition d'apprenant, la passivité des étudiants français en cours et le mode transmissif à l'extrême des savoirs surprennent les Latino-Américains par exemple, habitués à une autre culture universitaire. Car au Brésil, les étudiants sont très tôt intégrés aux laboratoires de recherche; dans le même pays, les mémoires et les thèses sont systématiquement miss en ligne par les établissements.

Certes, on ne considèrera pas les avis de ces trente étudiants étrangers comme représentatifs de l'ensemble de cette population, mais ils montrent que les études supérieures dans l’Hexagone doivent peut-être se renouveler, de se décoincer pourrait-on dire.

Le blocage de la circulaire Guéant

 

Le 31 mai 2011 est considéré comme une date noire pour les étudiants étrangers : c'est cele de la parution de la circulaire Guéant. Répondant au désir du Président de la république et du gouvernement de contrôler les flux d'immigation professinnelle française, ce document oblige désormais les étudiants à quitter immédiatement la France après leurs études. Il leur est presque impossible d’acquérir une expérience de travail dans la république de la « Liberté, Égalité, Fraternité ». Et ce, même quand des employeurs cherchent à toute force à les retenir.

La circulaire Guéant a été très mal accueillie en France. PLusieurs cas d'expulsion de jeunes dilômés parfaitement intégrés et très précieux pour leurs employeurs ont fait les gros titres. Le cas d’Émilie Vézina, cette doctorante d’origine canadienne, a beaucoup fait jaser en France et à l'internationale à la fin de l’année 2011, plusieurs pays ayant jugé sévèrement la politique française de restriction de la mobilité étudiante. Un autre cas, celui de Diego Romero Ortega, architecte équatorien en charge de deux gros projets d'aménagement urbain à Lyon, montre lui aussi toute l'inanité de cette circulaire. Et alors que le ministre Guéant semblait reculer un peu sur sa circulaire, une nouvelle bombe a éclaté au début d’année 2012 : les étudiants étrangers payeront davantage pour obtenir le droit de travailler en France.

Un webdocumentaire a été produit sur le sujet. Intitulé « Je t’aime, moi non plus », il présente le parcours de six étudiants étrangers qui auraient bien voulu participer à la vie française. Certains ont déclaré forfait et sont rentrés chez eux, d’autres sont prêts à se battre jusqu’au bout pour avoir leur place en France. Ils peuvent d’ailleurs compter sur le soutien d’intellectuels nombreux qui ne peuvent comprendre le sort fait à leurs étudiants.

La France a donc de sérieuses questions à se poser sur la manière dont elle reçoit les étudiants étrangers. Mais, au fait, comment les autres pays accueillent-ils la mobilité étudiante ? Sont-ils meilleurs, équivalents ou pires que la France ?

« Doctorants étrangers en France, doctorants français à l’étranger : regards croisés sur l’Université », Tristan Loloum pour l’ACT, 15 janvier 2012

photo credit : Gueоrgui via photopin cc

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