Articles

Les chemins tortueux de l'orientation

La voie directe et unique menant des études secondaires aux études supérieures et à l'emploi est fort rare et peu empruntée. Heureusement.

Par Christine Vaufrey , le 19 mars 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 18 avril 2012

En France, entre janvier et mars chaque année, "La saison de l'orientation bat son plein", comme on le lit dans un article des Echos. En effet, c'est à cette période que les lycéens doivent émettre leurs voeux de poursuite d'études, en se projetant tant bien que mal dans une filière disciplinaire ou un secteur professionnel. Ce qui ne va pas de soi et provoque quelques angoisses et coups de sang, principalement chez leurs parents.

Pourtant, nos chers lycéens sont très accompagnés et informés, en matière d'orientation. Salons, tests, coaching, rencontres avec un conseiller ou un psychopédagogue, brochures, sites web à la pelle : cette offre pléthorique risque bien de désorienter encore plus le jeune qui ne sait pas ce qu'il veut faire, et de déstabiliser celui / celle qui pensait savoir mais se dit finalement qu'il y a sans doute quelque chose de mieux.

 

La surenchère du conseil en orientation

Il en est en effet de l'orientation comme du soutien scolaire : à chaque fois qu'une faille manifeste apparaît dans le dispositif scolaire public, elle est immédiatement comblée par une offre privée. Cette offre n'est d'ailleurs pas systématiquement payante pour l'utilisateur final : nombre de tests en ligne, de fiches métiers, et même de conseils personnalisés en ligne sont dispensés gratuitement, dans la mesure où des partenaires règlent la facture. Mais on voit aussi se développer tout un marché lucratif du conseil en orentation, alimenté par l'angoisse des familles devant la crise qui surinvestissent les études de leurs enfants... et ont les moyens de payer.

Le business de l'orientation se porte donc très bien, comme en témoignent deux articles récents, l'un publié dans Les Echos et l'autre sur la chaîne MCEtv.fr. Ceci, parce que l'offre de poursuite d'études s'est considérablement complexifiée depuis quelques années, au point de ressembler maintenant à l'offre anglo-saxonne : s'y côtoient universités et écoles publiques et privées, processus hyper-sélectifs d'admission et concours parallèles, formations contingentées et formations ouvertes à tous (la sélection s'y opérant plus tard), classements divers des établissements, le tout assorti de discours assourdissants sur l'ambiance qui règne sur les campus et les miroblantes perspectives professionnelles qui attendent les diplômés. 

Mais à quoi sert toute cette agitation, finalement ? Que font réellement les jeunes ?

 

Tous les chemins mènent à ...

Matthieu s'est inscrit en première année d'études médicales et a abandonné en cours de route, ne suportant pas l'ambiance hyper-compétitive; il envisage de se réorienter dans le domaine de la protection de la nature.

Léa s'est inscrite en Langues étrangères appliquées. Après le premier semestre de cours, elle arrête, vaincue par la désorganisation de son université, dans laquelle il lui a par exemple été demandé de passer un examen de langue arabe alors que le prof n'a assuré que deux cours. Elle prépare son dossier pour faire un Service Volontaire Européen

Antoine a fait une année de classe préparatoire littéraire et a ensuite été admins à Sciences Po à Grenoble. Il a interrompu sa première année et est parti à Londres, où il est serveur dans une brasserie.

Marie a arrêté les cours après deux mois passés en faculté de biologie. Elle a pris son sac à dos et elle travaille maintenant dans une exploitation agricole au Chili.

François a interrompu sa première année de sociologie et a été admis chez les Compagnons du tour de France où il va engager un long apprentissage de tailleur de pierre. 

Faut-il le préciser, ces cas sont réels et bien plus nombreux que ce que l'attention portée à nos lecteurs nous permet d'énumérer ici. Tous ces jeunes gens qu'on pourrait qualifier de décrocheurs avaient pourtant été parfaitement "orientés", accompagnés, et avaient choisi leur filière d'études avec une grande conviction. Ils trouveront très probablement leur voie, d'une manière ou d'une autre, et peut-être sans passer par les cases du jeu de Monopoly qui leur était proposé à la fin de leurs études secondaires. 

 

Et vous ?

Et pourquoi devrait-il en être autrement ? Vous lecteur, avez-vous suivi un parcours d'étude linéaire et sans faute (ou sans imagination ?) qui vous a mené directement à l'emploi que vous souhaitiez ? Et quand bien même vous l'auriez fait, n'avez-vous pas eu envie, de temps en temps, de suivre un chemin non balisé, de céder à votre curiosité pour explorer de nouvelles voies ? 

Il en va de l'orientation comme de la pédagogie de projet :  le chemin est aussi intéressant que le résultat. Une réalité qu'il faudrait rappeler aux marchands d'orientation. 

A lire :

Coachs, salons, psys, le business de l'orientation est en plein boom. MCEtv.fr, 12 mars 2012.

L'orientation, entre stress et business. Les Echos, 7 février 2012.

photo : aphotoshooter via photopin cc

 

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné