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Le TBI et ses usages

Par Martine Dubreucq , le 06 avril 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 07 avril 2010

Le Centre universitaire d'études françaises de Grenoble a fait le choix de l'adoption généralisée des tableaux blancs interactifs dans ses classes de français aux étrangers depuis janvier 2009 et une cinquantaine d’enseignants l'emploient au quotidien non seulement comme un écran de vidéoprojecteur avec des fonctions de stylo numérique mais aussi et c'est le plus intéressant, en concevant et réalisant des séquences pédagogiques complètes intégrant du son, de l’image, de la vidéo et des ressources sur Internet.

La première édition de mars 2009 « Le tableau blanc interactif en classe de langue » avait donné l'occasion à ces enseignants de montrer ce qu'ils avaient imaginé avec leur groupes et de discuter de leurs expérimentations, des possibilités et des limites de l'outil. Les podcasts vidéo de mars 2009 sont de précieux documents d'information et de formation pour tout enseignant ou étudiant en sciences de l'éducation ou en master FLE.

Un véritable plaisir d'auteur

On y perçoit, plus sûrement que par des textes de synthèse généraux, la relation qu'ont les enseignants avec l'outil : les témoignages en situation, les remarques de l'assistance font remonter les détails, les astuces, les problèmes techniques rencontrés mais aussi et surtout le plaisir partout sensible à découvrir des possibilités d'expression nouvelles. 

S'il y a un aspect assez peu mis en évidence dans les discours sur les tableaux blancs interactifs, c'est bien celui-là : la jubilation à faire preuve avec les technologies d'une nouvelle maitrise de l'écriture multimédia.

On entend beaucoup les mots : « Ah magique ! Ça, ils adorent ! »

Une compétence d'écriture multimédia

Jean-Yves Petit Girard, directeur du CUEF se plie à l'exercice et montre comment « manipuler, démonter, remonter collectivement et créer du sens » à partir d'un dialogue enregistré et de trois images. Il fait bien apparaître la puissance du logiciel de création de scénarios pédagogiques qui accompagne l'outil, qui permet notamment de séquencer un dialogue sonore : « On ne peut pas dire je peux le faire avec mon magnétophone ».

Des problèmes concrets soumis au groupe

La vidéo TBI au quotidien est à cet égard très amusante : on y voit des professeurs découvrir la fabrication d'exercices interactifs. On y sent la peur de la technique, l'aventure que représentent les essais en classe ("si ça arrive en classe c'est l'horreur !"), les astuces trouvées par les uns et les autres pour déjouer les rigidités du logiciel, les réflexions de novice ("Ah mais on peut revenir en arrière ? Mais c'est ça qui est bien !!").
La façon dont le corps du professeur se pose dans les activités avec le TBI est également manifeste dans ces vidéos et montre bien qu'il résiste, qu'il a ses habitudes : "Pour éviter de te prendre ça dans les yeux mets ta souris ici ! - Oui mais je n'ai pas l'habitude de faire cours comme ça ! - Oui, mais je suis tordue, je ne peux pas... ".

Et le TBI  est à cet égard un formidable révélateur des tâtonnements du métier d'enseignant et l'occasion de parler ENFIN des pratiques réelles.

Derrière les discours enthousiastes et l'attitude enjouée se perçoit une légère inquiétude : « J'ai pas 20h pour préparer un document chaque fois, il faut que je dorme et j'ai d'autres occupations. Ah bon ? Tu as une vie après le centre universitaire ? »

Le TBI à l'école : haute voltige sans filet

On mettra en parallèle un extrait de l'émission de France Culture « Rue des écoles » du mercredi 17 mars 2010, qui réunissait autour de la question de  L'école numérique Alain Chaptal, auteur du fameux rapport Les cahiers 24x32 : mémoire1 sur la situation des TICE et quelques tendances internationales d’évolution , François Jarraud, responsable du Café pédagogique et André Tricot, chercheur cognitiviste, Professeur d'université en psychologie à l'IUFM Midi-Pyrénées.

Ces trois spécialistes soulignent que les usages sont nettement en décalage à la fois par rapport aux discours des chercheurs, et aux discours des politiques. On constate en Angleterre par exemple que Le TBI est majoritairement utilisé et apprécié par les enseignants et les apprenants comme outil de présentation, et que son utilisation s'arrête souvent là.  

On comprend alors que travailler dans les conditions du direct, exercice déjà difficile devant un public d'une quinzaine d'apprenants d'un niveau universitaire, n'est pas tout à fait la même chose que risquer l'échec d'une activité devant un public de trente élèves dont la motivation n'est pas la caractéristique principale.

« L'outil est-il compatible avec la pratique ? » demande Alain Chaptal. 

Ces vidéos d'expériences montrent en tout cas que certains osent, en parlent, et qu'ils y prennent un plaisir manifeste.

Plus les occasions seront données aux enseignants de parler, sans pression ni évaluation, des solutions qu'ils ont trouvées pour mieux faire leur métier, plus les outils étonneront par leur souplesse et leur capacité d'adaptation !

Laissons les professeurs maitriser l'évolution de leur pratique, et en attendant informons au plus près des usages, loin des discours vendeurs,  des préconisations officielles, des stratégies politiques.

Les podcasts de la seconde édition de l'événement seront bientôt en ligne, espérons-le.


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