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"Les étudiants ne sont pas des particules élémentaires"

Par Christine Vaufrey B , le 03 novembre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 06 juin 2011

Marcel Lebrun est aujourd'hui plus connu comme conseiller pédagogique spécialiste du e-learning que comme physicien. Il a pourtant soutenu sa thèse de physique sur les particules élémentaires au CERN en 1982. Engagé à l'Université catholique de Louvain-La-Neuve comme développeur de logiciels éducatifs, il réalise rapidement que les étudiants ne sont pas des particules élémentaires : « Confrontées à un champ magnétique, toutes les particules s'alignent dans la même direction. Confrontés à l'enseignement, tous les étudiants ne regardent pas dans la même direction... ». Voilà comment M. Lebrun s'est intéressé à la pédagogie et est devenu au fil du temps enseignant en Sciences de l'éducation et conseiller pédagogique auprès des enseignants – chercheurs de l'Université de Louvain. Il développe sa conception de la pédagogie de l'apprentissage en ligne dans une conférence donnée en 2007 à l'Université Claude Bernard - Lyon 1.

80 millions d'utilisateurs du e-learning dans le monde

M. Lebrun constate que le développement de l'e-learning n'a pas encore provoqué de révolution pédagogique. Pourtant, il ne s'agit pas de faire comme si l'e-learning n'existait pas : il signale qu'il y a aujourd'hui environ 80 millions de personnes dans le monde qui suivent des formations en e-learning. Que le chiffre d'affaire du e-learning représente presque la moitié du CA de la formation continue dans le monde (34 milliards d'USD sur un total de 79 milliards d'USD, chiffres 2005). Il s'agit manifestement d'une affaire sérieuse.

Il est donc indispensable d'améliorer globalement la qualité des formations et cours en ligne proposés par les écoles, instituts de formation et universités. Ce qui passe par l'adoption massive des pédagogies actives. Non par goût, mais par nécessité : le professeur n'est pas à côté de l'étudiant quand celui-ci apprend en ligne, et c'est donc sur l'étudiant que repose la plus grande partie de la responsabilité de l'apprentissage.  Si le cours est mal fait, l'étudiant se désengagera. L'e-learning ne tolère donc aucune erreur pédagogique.

Les cinq clés de l'apprentissage

Marcel Lebrun a extrait cinq « clés » ou dimensions à prendre en compte systématiquement dans tout scénario d'apprentissage en ligne, qu'il s'agisse de le produire ou de l'évaluer : motivation, information, activités, interaction, production. Ces cinq éléments s'organisent dans une structure dynamique :

Pour activer ces cinq clés et les combiner dans de véritables scénarios d'apprentissage, l'enseignant doit disposer d'outils adaptés. Les plateformes d'e-learning ont été créées pour cela.
Rappelons que Marcel Lebrun est à l'origine de la création de la plateforme Claroline, plateforme en open source qui est aujourd'hui employée par plusieurs centaines d'institutions de formation dans le monde.

Claroline dispose de cinq fonctions principales :

  • Dépôt de documents
  • Exercices
  • Annonces et agenda
  • Travaux de groupes
  • Production des étudiants

Les cinq fonctions doivent être utilisées selon les « clés » à activer et combinées dans le cadre d'un scénario pédagogique. C'est évidement à ce niveau qu'apparaît l'expertise de l'enseignant, dans sa capacité à combiner des éléments en fonction de l'objectif à atteindre, en proposant des modalités d'apprentissage variées à ses étudiants.

Trois ans en moyenne pour s'approprier la pédagogie de l'apprentissage en ligne

Marcel Lebrun constate que de nombreux enseignants en restent au dépôt de leurs documents sur la plateforme. Mais c'est pour ajouter qu'il faut être patient avec les enseignants. Car l'innovation ne se décrète pas, c'est un processus lent calqué sur le temps de l'enseignement. De plus, il est naturel de tenter de refaire ce qu'on faisait avant avec de nouveaux outils. M. Lebrun estime que le temps de maîtrise pédagogique (bien plus que technique) d'un enseignement sur plateforme prend trois ans. « La pire des choses, c'est de rester là où l'on est ", dit-il. Il faut laisser le temps aux enseignants d'avancer et mesurer le niveau de pénétration de l'innovation sur 4 ou 6 ans.

Marcel Lebrun rappelle enfin que le temps que l'enseignant investit sur son cours dans le cadre d'un apprentissage à distance est bien plus important que lorsqu'il réalise ce cours en présence. L'enseignant doit d'une part concevoir les activités à réaliser par les étudiants, et d'autre part vérifier que la réalisation s'effectue bien dans les conditions souhaitées, avec les résultats escomptés.

M. Lebrun termine sa conférence en mentionnant que les enseignants et les étudiants préfèrent encore l'enseignement traditionnel à l'apprentissage en ligne... mais que cela pourrait changer. Et c'est précisément ce potentiel d'amélioration qui est porteur d'espoir.

Dans le Elearning ce n'est pas le « E » qui compte le plus. Conférence de Marcel Lebrun à l'Université Claude Bernard Lyon 1, 19 et 20 novembre 2007. Conférence intégrale en vidéo, téléchargeable par séquences chapitrées. Présentation (diaporama) téléchargeable en pdf.

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