Articles

Jacques Goldstyn, Débrouillard en chef

Une histoire à dessiner, sans le numérique... ou presque

Par Francine Clément , le 11 avril 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 18 mai 2016

Jacques Goldstyn, Auteur (photographie De Francine Clément)

 Jacques Goldstyn est l'un des auteurs présents au Festival de la bande dessinée francophone de Québec où il sera les 13 et 14 avril pour rencontrer ses lecteurs et présenter son dernier album,  Il m'en faut un !, les nouvelles aventures de Van l'inventeur, un des personnages des Débrouillards qu'il dessine depuis 30 ans. Il nous a reçus aux Éditions Bayard, à Montréal, pour parler de son travail et de ses projets.

Dans le mensuel de vulgarisation scientifique du même nom, et destiné aux jeunes de 9 à 14 ans, l'auteur a retrouvé le plaisir qu'il avait à découvrir, étudiant, les multiples aspects de la géologie dont il aimait tous les domaines mais qu'il avait un peu perdus de vue une fois devenu géologue spécialisé dans le domaine très pointu des grès pétrolifères. En illustrant une multitude de sujets scientifiques  pour la revue "drôlement scientifique", il dit avoir retrouvé le plaisir de la découverte.

Son horaire flexible de pigiste pour les Débrouillards et les Explorateurs  lui permet de réaliser aussi  des caricatures et des illustrations pour différents périodiques (Relations, Couac, L'aut' journal, ...) et pour des livres jeunesse.  Il dessine trois jours par semaine à son bureau des Éditions Bayard où il apprécie la collaboration avec les graphistes et l'intensité du travail, les coups de fouet des échéanciers. Les autres jours, il dessine chez lui. Bien qu'il ait une vraie table à dessin dans une autre pièce, il a pris l'habitude de travailler sur la table de la salle à manger tout en aidant ses deux enfants à faire leurs devoirs quand ils étaient petits et qui avaient l'habitude de lui dire : "Tu travailles pas, tu dessines". Avec les graphistes et autres collaborateurs chez Bayard Jeunesse, ses enfants sont les premiers lecteurs à qui l'auteur présente ses brouillons pour approbation. S'ils ne comprennent pas, s'ils ne rient pas, il retourne à la planche à dessin.

 

L'histoire et le dessin

Les bandes dessinées créées pour la revue des Débrouillards ont d'abord pris la forme de bandes en noir et blanc à découper par les jeunes lecteurs pour en faire de petits albums. Cette forme a évolué au fil des ans pour devenir les actuelles quatre bandes horizontales couleurs, qui remplissent toute une page. Parfois les cases se chevauchent, parfois les dessins se retrouvent hors case, plus rarement un unique dessin prend toute la page. Jacques Goldstyn confie bien humblement qu'il ne se considère pas comme un grand illustrateur mais pense qu'il a amélioré son dessin avec les années. Sa force, selon lui, réside dans sa capacité à raconter des histoires, à faire le scénario de la bd. Sa priorité, c'est de raconter et il a plus de plaisir à illustrer ses propres histoires que celle des autres.

D'ailleurs, pendant l'entrevue, son talent de conteur est  évident tout autant que sa capacité d'écoute, sa générosité et son intérêt à l'égard des autres ; il a laissé spontanément à ma plus vieille de 11 ans,  qui m'accompagnait, une dédicace agrémentée d'un Beppo rigolo et soigné et, pour le plus petit de la famille, un Beppo qui parle un faux chinois dans un vrai phylactère. Attentif, il a répondu longuement  aux questions que ma petite avait préparées. Tout en racontant son processus créatif personnel avec verve, drôlerie et passion, il était tout autant présent pour nous, très attentionné, ce qui est précieux, et, il me semble, plutôt rare.

Goldstyn est fréquemment invité dans les écoles ; il accepte d'y aller trois ou quatre fois l'an pour parler de son travail aux jeunes écoliers. Il donne aussi des conférences et participe à des salons du livre à Montréal, à Québec, en Outaouais. Mais ces activités et rencontres  prennent du temps ("et il faut trimballer tout le matériel..." ajoute-t-il) ; il a donc réduit cette participation pour pouvoir consacrer le plus de temps possible à la création.

 

Le numérique ? Non, merci

Plutôt adepte de simplicité volontaire, Jacques Goldstyn crée ses dessins à la main, au crayon et préfère ne pas trop utiliser les outils numériques de création. Il redoute l'effet pervers de la tablette graphique qui pourrait lui faire perdre, à la longue, son habileté de dessinateur manuel.  Goldstyn raconte comment, lors d'une panne d'électricité dans les bureaux de l'éditeur, il était le seul à pouvoir continuer son travail, assis près de la fenêtre avec son papier et ses crayons.  Et il préfère les lettres manuscrites de ses jeunes lecteurs aux commentaires parfois trop rapides que lui envoient les internautes sur le blogue du magazine, où il se charge des articles rédigés par son personnage Van. Il préfère aussi garder ses originaux, ses copies zéro, bien classés par numéro dans des grands bacs plutôt que de se fier aux copies numériques de sauvegarde, dont, d'ailleurs,  un exemplaire a déjà été perdu, ce qui n'avait inquiété  que le créateur...

D'abord formulées en mots et en phrases sur des bouts de papier, ses idées, ses projets deviennent des dessins au crayon noir et aux cases inégales. Après une première lecture par les proches, les cases prennent leur vraie place, bien alignées, et les personnages, les dialogues se raffinent lors de ce deuxième jet. Le dessin est ensuite agrandi à la photocopieuse (l'une des seules concessions aux outils technologiques) puis colorié et numérisé en vue de l'impression.  Il fait aussi quelques retouches au logiciel Photoshop, ce qui lui permet, plus qu'à ses débuts, de négliger un peu la précision du coloriage à la main.

Mes deux enfants lisent et me montrent les aventures des Débrouillards tous les mois dans la revue du même nom.  C'est grâce à eux que j'ai découvert  le personnage de Beppo quand ils me l'ont montré en riant... et j'ai rigolé à mon tour.  La petite grenouille, née pour agrémenter les illustrations de jardins dans des livres d'expériences scientifiques et dont le nom est inspiré d'un personnage d'Alphonse Daudet, est devenue au fil des ans la mascotte des Débrouillards et un personnage qui a sa vie propre au bas des cases de cette bande dessinée. C'est à Beppo que son auteur s'identifie le plus alors qu'il s'inspire parfois de ses amis et ses connaissances pour créer les personnalités des huit jeunes comparses des Débrouillards.

 

Environnement et surconsommation sous le crayon du dessinateur

Les thèmes privélégiés de Jacques Goldstyn ont pris un caractère de plus en plus social avec l'évolution des personnages : environnement, surconsommation sont des sujets qu'il aime traiter. Bien que ses bd soient humoristiques, il aimerait que ses dessins ne soient pas de simples tartes à la crème. Il aime rire de lui-même et souhaite que ses ses  jeunes lecteurs puissent en faire autant grâce à ses personnages. Il a carte blanche de son éditeur, même s'il a dû, une fois, changer dans une histoire la rencontre d'un ministre par celle du directeur d'une grande corporation, subventions fédérales obligent, lorsqu'il a traité du sujet des gaz de schiste et des sables bitumineux. Goldstyn crée aussi des caricatures politiques en signant Boris. Une exposition lui est consacrée en ce moment à Trois-Rivières.

Aux jeunes élèves qui lui demandent comment devenir un bon dessinateur, Jacques Goldstyn répond qu'il faut lire et se cultiver, sans quoi le dessin n'est rien. Son personnage de Van, l'inventeur du clan des Débrouillards représente la démesure dans l'invention et veut mener à une réflexion, toujours par le rire, sur la consommation sans fin des nouveaux outils technologiques, désuets de plus en plus rapidement. Les aventures de Van sont reprises tous les mois dans un magazine de Hong Kong, White Antelope, depuis 10 ans. 

Parfois, son créateur s'amuse à faire semblant de lire le texte de la BD en chinois aux élèves des classes qu'il visite, en leur faisant croire pendant un moment qu'il a appris deux mots chinois par jour depuis 10 ans. Je dois dire qu'il était assez crédible quand il nous a fait le coup durant l'entrevue...

 

Traire une vache, l'une des 100 choses à faire dans sa vie

Un nouveau livre de cet auteur sera publié sous peu : 100 choses à faire dans sa vie. Il précise en nous montrant quelques illustrations encore inédites que ce sont uniquement des choses à faire sans argent. Celles qu'il nous montre au hasard sont joyeuses ou alors pleines de tendresse, évoquant des souvenirs d'enfance : traire une vache, sauver une araignée, laisser une empreinte dans du ciment frais.

 

Beppo,  dessiné il y a quelques années dans du ciment frais, devant les bureaux de Bayard à Montréal (photographie de Francine Clément)

Après son passage au Festival de la bande dessinée francophone à Québec, l'auteur sera le 15 avril au Musée de Rimouski pour inaugurer l'exposition Jacques Goldstyn et les Débrouillards: 30 ans de BD et de sciences.

 

LIENS

Festival de la BD francophone du Québec : http://www.fbdfq.com/

Les Débrouillards : http://www.lesdebrouillards.qc.ca/

LA CARICATURE ENGAGÉE avec BORIS (CS/TR) Exposition «La Paix, une priorité» : http://www.cs3r.org/show.php?id=2964

Exposition au Musée de Rimouski Jacques Goldstyn et les Débrouillards: 30 ans de BD et de sciences : http://museerimouski.qc.ca/activites/?event_id=89

 

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné