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La différenciation pédagogique par l'exemple, au Canada

PLutôtPlutôt que de lire de longues théories, allons donc observer ce qui se passe dans des classes dont les enseignants appliquent la différenciation pédagogique. Stimulant.

Par Alexandre Roberge , le 13 mai 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 17 mai 2016

On fait comme si on ne le savait pas, mais il faut bien se rendre à l'évidence : nous n'apprenons pas tous de la même façon. Même si aucun de nous n'est programmé pour apprendre d'une façon ou d'une autre, nous développons très tôt des stratégies d'apprentissage différenciées, en fonction de notre environnement personnel et culturel, en inter-relation avec nos centres d'intérêt, nos proches et nos mentors. Il est communément admis qu'il existe trois style dominants d'apprentissage : visuel, auditif, kinesthésique. Les stratégies individuelles d'apprentissage s'appuient sur une dominante, généralement combinée avec un style associé. Nos sociétés privilégient elles aussi des styles d'appropriation de l'information et d'apprentissage. Actuellement par exemple, la "pensée visuelle" est très largement valorisée. Mais cela ne signifie pas que nous sommes tous aussi sensibles les uns que les autres à ce mode de compréhension et d'apprentissage. Comment alors faciliter l'apprentissage de tous dans une classe où se trouvent immanquablement des élèves aux styles différents ? 

La réponse s'appelle la différenciation pédagogique. Une stratégie efficace quand elle est bien maîtrisée, mais qui peut apparaître comme déconcertante à celui qui ne l'a jamais expérimentée. Au Québec et dans la francophonie canadienne, les adeptes de cette stratégie ont voulu montrer à leurs collègues – et du même coup au reste du monde francophone – leurs façons de faire et les résultats obtenus.

 

Leçons systématiques de l'expérience en Montérégie

Il y a déjà cinq ans, en 2007, la région québécoise de la Montérégie s'est intéressée à la différenciation pédagogique. Une recherche-action a été mise en place afin d'encourager et d'analyser des projets de différenciation. Le site Internet rapportant ces expérimentations est toujours actif. Les projets réalisés dans une dizaine d'écoles montérégiennes y sont présentés, apliqués aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire. Toutes les présentations de projets disposent de la même structure : 

  1. Définition de la situation actuelle et d'une problématique
  2. Définition de la situation désirée
  3. Planification de l'action
  4. Action
  5. Évaluation de l'action

De plus, les responsables de chaque projet mettent en ligne les documents utilisés dans les classes, les conditions pour implanter la stratégie de différenciation et ce qu'ils ont retenu de cette expérience. Le site comprend aussi de nombreuses références externes pour en apprendre plus sur le sujet.

 

Immersion dans une classe de 10e année en Ontario

Pour ceux qui préfèrent voit plutôt que lire, nous recommandons le site de l'Éducation en langue française de l'Ontario. Le regroupement d'écoles francophones dans la province ontarienne a produit deux webémissions fort bien scénarisées sur la différenciation pédagogique. La première fournit les bases à connaître sur cette stratégie d'enseignement. La seconde permet de voir concrètement comment cela se passe dans une école secondaire.

L'avantage majeur de l'engagement dans une démarche de différenciation pédagogique tient au fait que l'enseignant connaît beaucoup mieux ses élèves : leurs centres d'intérêt, leurs points forts et, in fine, leur style privilégié d'apprentissage. Après avoir recueilli ces informations en début d'année, notamment par le biais de tests standardisés, l'enseignant organise des groupes dans chaque classe; non des groupes de "niveau", mais en fonction des styles d'apprentissage dominants : visuel, kinesthésique, auditif. L'enseignant propose des activités différentes à chaque groupe. Tous les élèves suivent bien sûr le même programme, mais chaque groupe le fait à sa façon.

À côté des trois styles dominants d'apprentissage, l'enseignant cherche à savoir si l'élève est plutôt "inter-personnel" ou "intra-personnel". Les élèves à dominante inter-personnelle ont besoin du contact de leurs pairs pour apprendre. Il faudra donc privilégier les discussions, l'entraide, les travaux de groupe. les élèves à dominante intra-personnelle préfèrent travailler seuls. Pourquoi ne pas leur accorder cette possibilité ? 

Il est très intéressant d'entendre aussi le point de vue des directeurs qui, s'ils admettent que la mise en place d'une stratégie d'enseignement différencié peut provoquer l'apparition d'un "chaos contrôlé", sont tous extrêmement positifs sur cette option. "Je vois des élèves qui bougent, qui sont actifs, des classes dans lesquelles il se passe quelque chose", dit l'un d'eux. La différenciation pédagogique a également permis de réduire l'écart des notes entre les filles et les garçons. Dans une classe de 10e appliquée, les garçons (majoritaires en nombre) se sont révélés avoir un style d'apprentissage majoritairement visuel - kinesthésique. Les enseignants ont adapté leurs activités en conséquence, et le succès fut au rendez-vous. Ces deux émissions vivement recommandées sont accompagnées de PDF pour en savoir plus sur la marche à suivre, les tests utilisés pour identifier les styles d'apprentissage des élèves, etc.

 

Scrapbooking pour lire et écrire au Chemin-du-Roy

Enfin, la Commission scolaire du Chemin-du-Roy au Québec a produit une capsule vidéo sur l'expérience d'une enseignante du deuxième cycle du primaire, Maryse Gélinas, qui a mis en place une activité de scrapbooking pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. En se servant du contexte de la Fête des Mères, célébration très importante pour les enfants, les élèves devaient s'inspirer d’œuvres lues (ou écoutées) afin de rédiger et de décorer différents types de textes pour leur maman. Là encore, on constate que le détour par le faire améliore grandement l'apprentissage de nombre d'enfants à dominante kinesthésique. Un reportage stimulant avec, en plus, des documents pédagogiques pour comprendre la méthode et la reproduire au niveau du primaire ou du secondaire.

La différenciation pédagogique n'est certainement pas facile à mettre en oeuvre, mais ces quelques exemples très concrets montrent que c'est possible. Des établissements scolaires québécois et ontariens l'ont compris et leurs exemples pourraient bien encourager d'autres écoles et commissions scolaires à leur emboîter le pas.

Illustration : capture d'écran de la webémission 1 sur la différenciation pédagogique proposée sur le site de l'Education en langue française de l'Ontario.

 

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