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Apprêter la nourriture informationnelle

L’analogie entre l’information et la nourriture plutôt féconde. Comment améliorer ses talents de cuisinier d’information et de gourmet de nouvelles.

Par Denys Lamontagne , le 20 mai 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 09 octobre 2018

Le nombre d’initiatives d’enseignement visant à «éduquer aux médias» fournit un indice  quant à l’importance de l’utilisation des médias électroniques pour les jeunes.

Qu’apprend t’on dans ces services ?  On y apprend à chercher et trouver, à sélectionner et qualifier les sources d’information, à utiliser efficacement Internet et à éviter ses pièges. On essaie surtout d’augmenter l’esprit critique tant à propos des messages, aussi bien ceux que l’on reçoit que ceux que l’on diffuse, que des médias.

L’analogie entre l’information et la nourriture existe depuis longtemps.  On parle d’infobésité, de menu, de cocktail, etc.; cette analogie est particulièrement riche.

Analogie culinaire

JP Rangaswami dans «Information is food» fait observer qu’il y a une corrélation biologique forte entre la taille de l’estomac proportionnellement à celle du cerveau: dans le règne animal plus l’estomac est gros, plus le cerveau est petit. Il explique également que la plupart des maux reliés à l’alimentation se retrouvent aussi dans le monde de l’information.

Ceux qui ont vu le documentaire «SuperSize me» se rappelleront l’effet d’une diète 100% McDonald’s pendant un mois : déséquilibre physique et psychologique généralisé : coeur, foie, reins, libido, vitalité et tout le reste. Rangaswami souligne que le même genre de déséquilibre se produit avec un mois de FoxNews par exemple ou d'autres sources d'informations mono-orientées qui entraînent inévitablement des carences.

Pour la surconsommation d’informations, on parlerait alors de régime et de diète. Pour le choix de menu ou de qualité de préparation et de présentation des informations on ferait l’analogie avec l’Art culinaire.  En ce qui concerne la production de l’information, on peut aussi bien cultiver bio, par des reportages fouillés, qu'OGM et monoculture par des concepts internationaux de télé-réalité, d'«Académies de vedettes» et autres hybridations hautement productives. La production, la distribution, la transformation, la consommation supportent très bien l’analogie. Jusqu'à la date de péremption; certaines informations sont très sensibles au temps : qui investirait dans une compagnie avec des informations qui datent d'un an ?

L’utilisation des outils participe aussi à l’analogie : le saisie vidéo sur téléphone portable ou les blogues correspondent à la production de cuisine comparée à celle de grands restaurants réalisées dans les studios et les médias.

Rétablir le contrôle

 Pour Rangaswami et d’autres penseurs comme Clay Shirky, ou David Weinberger, il n’existe pas plus de surcharge d’information qu’il existe de surplus de nourriture, d’eau ou d’air. Les problèmes n’ont trait qu’à nos rapports avec l’information et à l’utilisation efficace ou non de nos systèmes de sélection, de qualification, de préparation, de dosage. 

On peut s’empoisonner avec des aliments comme avec des informations. De fausses informations peuvent ruiner des vies comme des entreprises alors que les bonnes en font le succès comme la farine fraîche dans une recette. On peut s’étouffer dans les flux d’informations comme on peut en siroter l’essence avec plaisir tout comme se noyer dans une rivière où s’en désaltérer.

Pour l’esprit, et aussi les ordinateurs, l’information est la nourriture. Nous pensons avec l'information que nous «mangeons».  On s’entend pour une diète de qualité, variée, équilibrée et en quantité raisonnable.

D’où le rôle de «professeur de cuisine» pour les professeurs qui enseignent comment :

  • chercher et trouver l’information;
  • sélectionner et qualifier l’information;
  • organiser et traiter l’information;
  • produire et diffuser l’information;

pour finalement consommer l’information avec tous les bénéfices qu’il soit possible d’en tirer dans son apprentissage et sa vie.  Si effectivement il y a une corrélation entre la taille du cerveau et de l’estomac, peut-être que les diètes efficace devraient aussi considérer la diète médiatique : 25 heures de télé par semaine, c'est fou ce que ça peut influencer le tour de taille !

Références

JP Rangaswami «Information is food» sur Ted

Et si ce n’était pas de la surcharge d’information

Habilo Médias - Centre canadien d'éducation aux médias et de littératie numérique

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