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Laisser les étudiants décider du poids relatif de chaque évaluation

Les étudiants doivent avoir une claire conscience de leurs forces et faiblesses en matière d'apprentissage pour adhérer au dispositif.

Par Christine Vaufrey , le 29 mai 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 27 juin 2012

Sur The Teaching Professor Blog, hébergé par le site américain Faculty Focus, Maryellen Weiner, professeure émérite au college de l'université d'état de Pennsylvanie et par ailleurs considérée comme une référence outre-Atlantique en matière de pédagogie universitaire, a livré récemment plusieurs billets traitant des modalités d'évaluation des connaissances des étudiants.

L'un de ces billets est particulièrement stimulant : Giving Student Choices On How Assignments Are Weighted explore en effet l'hypothèse suivante : et si nous laissions les étudiants décider eux-mêmes, individuellement, du poids relatif de chaque épreuve dans la composition de la note finale ? 

Par exemple, si une série de quiz ou d'exercices courts valent par défaut 20 % de la note finale, les étudiants peuvent majorer ce poids jusqu'à 30 %, et abaisser d'autant la valeur de l'examen terminal. Si un groupe de trois épreuves vaut au total 75 % de la note finale, les étudiants peuvent répartir à leur guise ces 75 % entre les trois épreuves. 

 

Les tests

Cette option a été testé auprès d'étudiants en MBA : ceux qui ont pu répartir à leur guise le poids relatif des différentes épreuves d'évaluation se sont montrés plus intéressés par les cours que ceux qui n'avaient pas cette possibilité. En revanche, les résultats aux épreuves étaient quasiment les mêmes dans les deux groupes. On comprendra aisément que ceux qui ont pu modifier le choix par défaut proposé par l'enseignant en ont tiré des avantages, la note de l'examen auquel ils ont accordé le poids le plus important comptant davantage que celle obtenue par les étudiants s'étant contentés de la répartition par défaut. A l'inverse, ceux qui se sont trompés ou n'ont pas assez préparé l'épreuve à laquelle ils avaient accordé le plus de poids ont du s'en mordre les doigts.

 

Les résultats : majoritairement décevants

Maryellen Weiner elle-même a testé ce dispositif dans une de ses classes. Elle a été assez déçue de constater que la plupart des étudiants choisissaient l'option de répartition par défaut qu'elle avait elle-même élaborée. Elle a également constaté que ceux qui décidaient de modifier la répartition étaient bien en peine d'en donner des justifications approfondies, se contentant de dire qu'ils "n'aimaient pas" parler en public, travailler en groupe ou rédiger une dissertation, ou encore qu'ils avaient accordé le plus grand poids à l'épreuve qui leur semblait la plus facle. 

Et c'est bien là le problème : donner la possibilité aux étudiants de décider du poids relatif de chaque épreuve d'évaluation renvoie ces derniers à l'image qu'ils ont d'eux-mêmes en tant qu'apprenants, nous dit M. Weiner. Ils peuvent privilégier les épreuves qui correspondent le mieux à leurs habiletés d'apprentissage, les types d'évaluation qu'ils préfèrent. Mais que savent-ils vraiment de leurs habiletés d'apprenants ?

Weiner recommande donc vivement d'accompagner ce dispositif d'un travail approfondi sur les stratégies et identités d'apprentissage avec les étudiants. Ce travail leur sera bénéfique tout au long de leurs études et même ensuite, dans la perspective de l'apprentissage tout au long de la vie. 

La discussion suivant ce billet de blogue est fort intéressante. Les commentaires sont produits par des enseignants qui témoignent de leurs résistances, de leur doutes ou au contraire de leur adoption de dispositifs proches, donnant aux étudiants un certain contrôle sur la nature et le poids relatif des évaluations. Un enseignant explique qu'il a laissé les étudiants déterminer les épreuves permettant d'évaluer l'atteinte des objectifs d'apprentissage qu'il avait lui-même fixés. Un autre expose le dispositif qu'il a mis en place, permettant aux étudiants de décider collectivement (en classe entière) et après un long travail de clarification de la nature des épreuves d'évaluation envisagées, du poid de chacune de ces épreuves.

 

S'en remettre à une tierce personne, quand la décision est trop difficile à rendre

Un troisième commentateur apporte un élément fort intéressant à la discussion. Il explique que, face à une prise de décision complexe impliquant basée sur plusieurs inconnues, la majorité des gens préfèrent se reporter à la décision prise par défaut par une tierce personne. Il n'est donc pas étonnant que les étudiants de M. Weiller aient finalement décidé de se conformer à son propre choix. Pour étayer son propos, le commentateur renvoie vers une excellente vidéo de TED dans laquelle Dan Ariely, spécialiste en économie comportementale, pose la question suivante : contrôlons-nous nos décisions ? Dans cette intervention et en s'appuyant sur divers exemples, Ariely avance les messages-clés suivants : "Quand nous sommes placés devant une décision complexe, nous faisons majoritairement le choix qui nous est suggéré". " Quand nous devons faire un choix et qu'une option par défaut nous est proposée, cette dernière a un pouvoir énorme sur notre décision finale". 

Décider du poids relatif des différentes épreuves d'évauation dans la note finale est effectivement une décision complexe : les étudiants doivent combiner des facteurs tels que leur aisance dans les différents types d'évaluation, leur connaissance préalable et leur capacité à intégrer les éléments de contenu sur lesquels ils seront évalués, le temps dont ils disposeront pour se préparer à chaque épreuve... Autant d'éléments sur lesquels ils ne disposent pas d'une connaissance claire, ce qui finalement les pousse à adopter le choix effectué préalablement par l'enseignant. 

 

Ne pas abandonner cette option, mais l'accompagner

Est-il possible d'améliorer la capacité de décision des étudiants, et donc de les aider à se faire une représentation claire et juste des différents paramètres influant sur la décision ? Maryellen Weiner semble aller dans ce sens. Elle souligne que cela demandera un important travail d'accompagnement aux enseignants auprès des étudiants, pour que ces derniers soient des apprenants conscients de leurs points forts et points faibles non seulement en termes de contenus et de disciplines, mais surtout en termes de stratégies d'apprentissage. 

La possibilité de déterminer, individuellement ou collectivement, du poids relatif des différentes épreuves d'évaluation est séduisante à plus d'un titre. Elle mettrait automatiquement hors jeu tous les dispositifs arbitraires de sélection basés sur des notes éliminatoires ou la prédominance de l'écrit sur l'oral, entre autres choses. Elle montrerait que nous considérons les étudiants comme des adultes capables d'exercer un certain contrôle sur leurs parcours d'apprentissage. Mais un tel changement implique effectivement que l'on se penche enfin, et sérieusement, sur l'identification des stratégies individuelles d'apprentissage, avant-même d'aborder les contenus de ces apprentissages. 

Giving Student Choices On How Assignments Are Weighted. Maryellen Weiller, The Teaching Professor Blog / Faculty Focus, 16 mai 2012.

Dan Ariely demande : contrôlons-nous nos décisions ? Video TED sous-titrée en français, mai 2009.

 

photo : ccarlstead via photo pin cc

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