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m- learning en Afrique : Pour qui ? Pour quand ? Pour quoi ?

Le m-learning est plein de promesses pour l'Afrique. Mais si les appareils sont déjà entre toutes les mains, la volonté politique fait encore défaut

Par Louis-Martin Essono , le 10 juin 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 22 août 2012

Notre continent, volontiers vu par ceux qui n'y habitent pas comme étant "en retard" sur l'Occident, est un grand utilisateur des outils numériques. A côté des récepteurs de télévisions et des radios de proximité, les téléphones cellulaires et les tablettes sont en effet devenus banals dans certains milieux prouvant que « le continent sans histoire » vit désormais au même rythme que les grandes puissances. En fait, on observe, dans les bureaux cossus et dans  les maisons des « grands », de longues aiguilles métalliques surplombées d’un parapluie renversé. À travers la ville, les tranchées s'ouvrent et, à l’intérieur de ces saignées, passe la fibre optique. Ce scenario dure depuis près de trois ans et, pourtant, au plan de l’éducation, l’on n'a jamais entendu parler des conséquences heureuses de la présence des Tic sur notre continent. Pour percevoir cet impact, il faut abandonner la vision continentale et se placer au niveau des pays. L'Afrique du Sud mise déjà sur le téléphone portable qui peut et doit conduire à des changements positifs en s'appuyant sur les infrastructures existantes. D'autant que dans le pays, le taux de pénétration arrive presque à saturation avec 98%. Et que la m-santé sera la plus bénéfique au gouvernement pour réduire les coûts et aux services privés et publics.

 

Les téléphones plutôt que les ordinateurs

Pourtant, dans les autres pays de l'Afrique subsaharienne, le dynamisme technologique des plus favorisés ne peut cacher le fait que les moyens de communication modernes sont encore trop peu exploités pour l'éducation. Les émissions sur Webtv comme celles que propose TV5 sont rarement connues dans nos campagnes ; les radios scolaires encore libres permettent de redonner espoir car les médias numériques dédiés à l’école ont disparu il y a longtemps. L’école doit-elle s’adapter aux nouveaux modes de développement ? Le Burkina Faso tente de s’accommoder de ces nouveaux outils pour booster son système éducatif.  On cherchera donc à comprendre pourquoi le tableau noir, que remplace parfois le tableau blanc interactif, continue à donner des frayeurs aux amateurs de TIC.

Les initiatives pourtant ont vu le jour voici plusieurs années. En 2007, Thot traitait déjà de m-education. Les petits ordinateurs indiens et ceux, tout verts, qui nous viennent des États-Unis, à peine entrés dans les salles de classe, commencent à lasser, dans la mesure où les conditions d'utilisation, devant assurer une plus-value au mécansime d'apprentissage, n'ont pas été pensées. Et aujourd'hui, les apprenants se tournent plus volontiers vers les tablettes et les téléphones cellulaires. À Yaoundé ou à Dakar, à Bamako ou à Libreville, à Malabo ou à Cotonou, si le TBI n’est plus une merveille en Afrique, le téléphone mobile prend encore tout son temps pour s’assumer comme médium pédagogique.

Il m’a fallu hier, dans une école de Namur (Belgique), voir de mes propres yeux une expérience de m-learning pour comprendre que la plupart des enseignants, y compris chez moi, étaient en mesure de la mener. Le responsable de l’école me demandait si j’étais intéressé par un échange de cours entre nos deux établissements. Mon sourire était triste à faire pleurer. Car, au niveau universitaire, en Afrique francophone, le projet de télévision numérique des savoirs, TNS, peine encore à prendre ses marques et surtout, personne ne pense à concevoir des cours pour ce genre de canal. On attend tout de l'extérieur, pour imiter en copiant-collant ce qui nous sera vendu cher. Et les initiatives extérieures ne manquent pas : voyez par exemple celle qui cherche à promouvoir l'usage de logiciels libres pour éditer des manuels scolaires. Qui a repris la balle au bond ? Et si vous estimez que l'édition de manuels scolaires en papier n'a plus d'avenir, voyez ici l'initiative de David Rusher, un ancien d'Amazon, qui distribue des liseuses électroniques emplies d'ouvrages aux écoliers kenyans, ghanéens et ougandais. Y aura t-il une star africaine pour reprendre l'initiative et mettre quelques-uns de ses millions au service de la scolarité des enfants ? 

 

Les appareils sont là. Mais la volonté ?

Mais nul ne peut bloquer ni l’histoire ni le développement. Et la fulgurante évolution du téléphone en Afrique noire donne à croire que l’infodensité dans ce continent est aussi forte qu’en Europe. L’adoption de l’apprentissage nomade  offre des avantages certains, en particulier celui de délivrer des formations à distance sur d’autres supports que les postes informatiques. Ainsi, grâce aux nombreuses applications développées, l’apprenant peut poursuivre sa formation où qu’il soit grâce à un appareil mobile que ce soit un smartphone (téléphone mobile intelligent qui permet entre autre de naviguer sur internet), un lecteur multimédia comme l’iPod, une tablette mobile telle l’iPad ou encore depuis une console de jeux portative. Cette question est si importante que la Fédération Internationale des professeurs de français, la FIPF va y réfléchir au cours de son prochain congrès en Afrique du sud.

Pour qui sera donc réservé le manuel numérique dans ce continent où l’État ne fournit pas l’énergie électrique et le téléphone dans tout le territoire ? À qui sera réservé le m-learning dans un continent où l’on conçoit difficilement les contenus de cours hors de la présence de l'enseignant ? À quoi servira toute cette évolution qui ne profitera en fin de compte qu’à un petit nombre habitué aux privilèges ? L’éducation ou l’apprentissage nomade comporte des exigences, dont il faut tenir compte avent la mise en œuvre de sa généralisation.

photo : kiwanja via photo pin cc

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