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L’activité des jeunes : le virtuel occupe le temps réel

Je suis mou, gras et malade mais ce n’est pas de ma faute

Par Denys Lamontagne , le 12 juin 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 22 août 2012

Voici quelques données tirées de «Le jeu actif est-il en voie d’extinction ?»

  • 46% des enfants canadiens profitent de 3 heures ou moins de jeu actif par semaine (incluant la fin de semaine)
  • 63 % du temps libre après l’école et au cours des fins de semaine des enfants canadiens est passé à des activités sédentaires.
  • Plutôt que de jouer à l’extérieur, les enfants canadiens de la 6e à la 12e année passent 7 heures et 48 minutes par jour devant des écrans (recommandé : 2 heures max par jour).
  • La proportion des enfants canadiens qui jouent dehors après l’école a diminué de 14 % au cours de la dernière décennie.
  • Seulement 7 % des enfants et des jeunes font 60 minutes d’activité physique par jour ou plus
  • Seulement 35 % des enfants âgés de 10 à 16 ans utilisent le transport actif pour la majorité de leurs déplacements pour aller et revenir de l’école (33 % marchent, 2 % y vont à vélo)


Et la situation n’est pas tellement meilleure partout où la population est bien branchée...

Parmi les recommandations pour lutter contre la sédentarité des jeunes, on appelle à un changement de mentalités, surtout en ce qui concerne les espaces de jeux et de vie. La crainte d’accidents et de crimes fait en sorte que peu de parents osent laisser leurs enfants sans surveillance, où que ce soit, même pas pour aller à l’école à pied ou pour aller au parc. Alors, ils font le choix de les «occuper».

Surveillés, tout le temps sauf....

...sur Internet !  Internet est l’espace de liberté moderne. Même s’il y a toujours moyen de savoir qui a fait quoi, personne ne prendra le temps de surveiller ses proches pendant très longtemps, et même si quelqu’un le faisait on aura mille et une façons de tromper ou d’échapper à sa vigilance.

Les jeunes n’invitent généralement pas leurs parents comme amis sur leur page Facebook ou bien ils leur en limitent radicalement l’accès. Internet est leur espace de liberté, comme l’était le terrain vague et les espaces non-aménagés de l’enfance d’il y a à peine 40 ans.  On n'aurait jamais eu même la vague idée d’y inviter un adulte.

Aujourd’hui, grâce au téléphone portable dont on équipe les enfants et les ados aussitôt que possible, la surveillance réelle est continue : il n’existe pour ainsi dire plus d’espace de liberté; même les espaces de jeux sont encadrés, autant en termes de durée que d’espace... alors qu'Internet offre la possibilité de créer ses propres espaces...

Évidemment, l’activité physique non encadrée en prend un coup.

Et pourtant...

«92% des enfants canadiens ont précisé qu’ils choisiraient de jouer avec des amis plutôt que de regarder la télévision.»

Mais ils ne le font pas pour diverses raisons : éloignement, activités programmées des uns et des autres qui ne laissent que des temps vagues impossibles à synchroniser avec les amis; les jeux vidéos et Internet sont finalement plus satisfaisants et faciles d’accès. Sans compter les craintes des parents.

Malgré les nombreuses qualités des jeux actifs (amélioration des fonctions motrices, créativité, prise de décision, résolution de problèmes, maîtrise de soi, etc.), le plaisir n’est pas au rendez-vous s’il n’y a pas l’espace de liberté et d’insouciance essentiel qu’il y a à jouer au chat et à la souris, sans avoir à se soucier des décisions de l’arbitre ou du pointage, de ne pas briser les plates-bandes, des risques de collision avec un engin motorisé ou de rencontrer des psychopathes ou des drogués qui gravitent autour des terrains de jeux et qui y laissent leurs seringues, comme les médias adorent nous le rappeler. Pffuitt l’insouciance !

Qu’à moyen terme la sédentarité affecte la santé autant physique que morale ne fait pas le poids quant à la satisfaction immédiate et facile d’accès qu’apportent les activités virtuelles, en plus de l'espace de liberté et l'absence de risque «concret». Tout le monde est content.

L’école ?  C’est la meilleure place !

Dans le bulletin d’appréciation de la situation, c’est l’école qui a les meilleures notes. C’est encore l’endroit où les jeunes font le plus d’activités physiques, encore mieux si les jeunes y vont à pied. Mais que peut-elle faire de plus ?

Elle pourrait se donner une politique d’activité plus «musclée», encourager les déplacements actifs, les jeux libres, valoriser l’activité plus que le virtuel et ce genre de stratégies mais aussi accorder des espaces de liberté authentiques, avec confiance dans l’auto-contrôle des enfants et des jeunes.

Ce qui est sûr, c'est qu'un changement social irréversible est accompli et que l'on doit développer de nouvelles réponses.

Télécharger : Le jeu actif est-il en voie d’extinction? 2012  .pdf - 972k


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