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Une éducation centrée sur l'élève serait-elle plus motivante?

Des théoriciens croient que pour motiver les élèves, l'école doit lui proposer une éducation qui prend en compte ses passions et son imagination

Par Alexandre Roberge , le 09 septembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 10 octobre 2012

Maintenir l'attention des élèves en classe représente une tâche ardue. Avec les jeunes qui affirment ouvertement "ne pas aimer l'école", c'est presque une mission impossible. "Ils ne sont pas motivés, alors...". Alors, comment les motiver ? Et le peut-on ? 

Au début de l'année 2012, l'auteur et professeur Douglas Thomas expliquait dans un article publié sur eSchool News que jusqu'à aujourd'hui, les élèves se conforment aux désirs et objectifs de leurs enseignants. Ils font leur travail d'élèves ou du moins, ce qu'ils en perçoivent. Or, pour D. Thomas, les pratiques d'enseignement doivent évoluer vers une pédagogie plus centrée sur l'apprenant. Certes, l'idée ne date pas d'hier. Seulement, lorsqu'il faut passer aux applications concrètes, les choses se compliquent.

Et si la motivation des élèves n'existait pas?


Tous ceux qui s'ontéressent aux théories de la motivation savent qu'on distingue la motivation extrinsèque (dues à des facteurs externes à l'apprenant) et la motivation intrinsèque (celle qui grandit et se manifeste chez l'apprenant). La majorité des conseils et suggestions aux enseignants leur présentent différents moyens d'augmenter les facteurs extrinsèques de motivation chez les élèves. Par exemple, on lit souvent que l'utilisation des TIC augmente l'intérêt des élèves, comme s'il y avait une réponse mécanique chez un enfant dès qu'on le place devant un ordinateur. Même chose pour les pratiques ludiques : substituez un jeu vidéo à votre cours magistral, et vos élèves vont automatiquement être motivés par ce que vous tentez de leur apprendre.  Hélàs, ce n'est pas vrai. Car la motivation véritable, celle qui se traduit certes par un regain d'intérêt mais aussi et surtout par un engagement dans la durée, la volonté de vaincre des difficultés et la construction de savoirs et savoir-faire transférables, vient surtout de l'intérieur. 

Pour Doug Thomas, il faut partir de l'élève, de ses passions et de son imagination pour allumer la flamme de l'apprentissage. Il donne l'exemple d'un professeur de physique qui, pour faire comprendre la théorie du mouvement, utilise l'intérêt de son élève pour le karaté. Parfois, les apprenants saisissent beaucoup mieux les choses par le biais d'une métaphore ou d'un détour, loin des outils traditionnels de travail ou d'évaluation. M. Thomas en sait quelque chose. Il devait créer un questionnaire sur le contenu d'un livre pour ses étudiants de la University of Southern California. Or, il éprouvait des difficultés à formuler ses questions. Alors, il a interrogé les étudiants: « Si vous n'aviez qu'une seule question à poser pour savoir si quelqu'un a compris l'ouvrage, que lui demanderiez-vous? » Cela a provoqué une discussion animée pendant laquelle les jeunes ont débattu du contenu du livre, ont démontré leur compréhension de cette lecture obligatoire, bien plus qu'au travers d'un test standardisé. 

Cette idée de s'alimenter des passions et de l'imagination des apprenants n'est pourtant pas nouvelle. Déjà en 2008, lors de la Journée du refus de l'échec scolaire, Gabriel Cohn-Bendit exprimait le même principe. Dans son témoignage que l'on peut visionner sur Curiosphère, il explique, entre autres, qu'il a enseigné la lecture à des élèves qui ne voulaient rien savoir en se servant de leur intérêt pour la mécanique ou le rugby. Il proposait également que les élèves écrivent un journal, un exercice de rédaction plus pertinent et intéressant pour eux qu'une dissertation s'adressant à leur professeur. Afin qu'ils s'intéressent à l'histoire ou à la géographie, pourquoi ne pas partir de l'histoire personnelle des enfants (ex.: généalogie) ? Une technique qui a encore plus de succès auprès des enfants issus de l'immigration, dont l'espace-temps familial est trop souvent mis entre parenthèse dans le cadre scolaire.

La même année, Jacques Nimier allait plus loin en affirmant qu'il était vain pour un enseignant de chercher à "motiver" un élève, et que l'échec de cette entreprise, inévitable, ne servait qu'à le culpabiliser encore un peu plus. Lui aussi abordait alors l'idée de laisser une partie de la place à l'imaginaire des enfants pour arriver à leur donner le goût d'apprendre.

Mais comme le rappelle Douglas Thomas dans cette allocution sur TEDx en mai 2012 (en anglais seulement), cette option demande une véritable révolution pédagogique. Car, pour le moment, les critères d'évaluation ne comprennent pas l'innovation et la créativité. Le professeur américain est resté stupéfait de voir qu'après 16 ans de scolarité, beaucoup de ses étudiants n'avaient jamais été questionnés sur leurs passions par un enseignant ou un intervenant du milieu scolaire.

Dans un monde qui ne cesse de parler d'innovation, le modèle scolaire est encore pour beaucoup de gens celui de la conformité à un idéal inaccessible (et d'ailleurs, existe t-il ?). Conséquemment, les jeunes garçons et filles qui se perçoivent hiors de ce modèle décrochent. Pour Douglas Thomas et d'autres pédagogues, il est temps de réellement placer l'élève serait au cœur de sa formation afin qu'il soit motivé à la poursuivre. L'idée fait peu à peu son chemin dans certaines écoles, mais elle est loin d'avoir été adoptée par une majorité d'établissements, que ce soit en Amérique ou ailleurs.

How to rekindle a love of learning in school, eSchool News, 8 mars 2012

photo credit: OndraSoukup via photo pin cc

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