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La révolution mondiale de l'Open education

Longtemps animé par les établissements nord-américains, le mouvement Open education entre dans une nouvelle phase, encore plus internationale. Révolution en cours !

Par Sophie Touzé , le 10 septembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 05 février 2013

Voici quatre étudiants pris au hasard : On Chi Tang libraire à Kuala Lumpur, Dimitri Popoulas fonctionnaire à Athenes, Shagun Gupta femme au foyer à New Delhi et Michelle étudiante à Sheffield.

Des hommes et femmes ordinaires, citoyens du monde, que rien ne devait à priori réunir. Depuis le 27 aout, ils sont pourtant assis sur les mêmes bancs virtuels du cours "Gamification" dispensé par Kevin Warbach, professeur à l'Université de Virginia (USA). Pendant les 6 semaines que compte ce module et comme les 65 000 inscrits de par le monde, ils suivront à l’heure et dans le lieu qui leur conviennent 2 cours hebdomadaires d’une heure en video. Ils pourront s'exercer avec des quizz. A la fin du module, si tout s’est bien passé, ils recevront une certification de Coursera MOOC, émanation de l'université de Standford. Fait étonnant, pour suivre ce module de cours et obtenir la certification, aucun n'aura déboursé un centime !

Imaginez 65 000 personnes ayant accès simultanément à un enseignement universitaire leader sur un sujet aussi innovant que la Gamification ! C'était le rêve des philosophes depuis la nuit des temps. C'est aujourd'hui une réalité grace au mouvement qu'on appelle l'Open Education.

 

Comment je suis tombée dans la marmite de l'Open education

Ma rencontre avec le mouvement date de 2008. J'assistais à une conférence du MIT sur le sujet et m'étonnais que la France soit si peu présente. Depuis, je suis engagée dans le mouvement en tant que membre du consortium international, membre du projet européen et comme expert auprès de l'Unesco. Thot a eu la gentillesse de m'inviter à porter la voix de l'Open Education en Francophonie et c'est avec plaisir que je  deviens votre guide.

 

Et si on commençait par le début ?

Open Education, OER, REL, Opencourseware, OCW... vous avez certainement vu fleurir ces acronymes mais à quelle réalité réfèrent-ils, d'où vient cette initiative et, plus géneralement, quel en est le sens ? Ce premier article répond rapidement à ces questions.

Définition

L’Open Education est un mouvement dont l'objectif général est de promouvoir la publication en ligne de matériels éducatifs libres pour en donner l’accès à tous.

L’Open education illustre la conviction que la culture du partage de ressources éducatives et de pratiques est vecteur de changement de l’école, de l’université et de la société.

Origines

L'Open education est un mouvement jeune, puisqu'il n'a que 10 ans. En 2001, Charles Vest, président du MIT (université américaine) a eu l'idée de mettre en ligne à disposition de tous les supports pédagogiques de tous les enseignements disponibles dans son institution. C’était et c’est encore une idée révolutionnaire de la part d'une des plus prestigieuses universités au monde.

A la même époque en Grande-Bretagne, un mouvement se créait autour des ressources éducatives libres (OER, ou REL en français) et avec le soutien de l'UNESCO organisait la première conference sur le sujet en 2002.

Unesco Déclaration de Paris REL 2012L'UNESCO estime que l'accès universel à une éducation de qualité est essentiel à la construction de la paix, au développement social et économique, et au dialogue interculturel.

10 ans plus tard, en juin de cette année, l'UNESCO publiait la déclaration de Paris 2012 sur les OER engageant les gouvernements à favoriser la création et l'utilisation des ressources éducatives libres.

Et les deux initiatives de part et d'autre de l'Atlantique se sont regroupées sous le titre d'Open Education.

L'Open education touche actuellement surtout l'enseignement supérieur. En effet, alors que la scolarisation universelle croît lentement, l'accès à l'enseignement supérieur demeure très difficile : 1 % seulement de la population mondiale possède au moins un diplôme post-secondaire.

 

Quelques chiffresLogo des Universités membres de l'Open

  • 270 universités sont engagées dans le mouvement
  • Ce mouvement est présent sur les cinq continents
  • 210 000 modules de cours sont actuellement en ligne
  • Les cours sont disponibles dans 18 langues

 

L'Open Education fait parler d'elle

Après 10 ans de silence, l'Open Education intéresse enfin la presse française. Le quotidien Le Monde a par exemple publié en août un article sur Daphne Koller, enseignante à Standford, université cocréatrice de Coursera.  

Site Web de CourseraCet intérêt soudain n'est pas né par hasard : 2012 en effet a vu émerger une nouvelle révolution pour le mouvement avec la création de parcours certifiants offrant, en plus des cours de qualité, la possibilité d’obtenir un certificat de réussite si l'on a participé aux activités et passés les tests finaux avec succès. A nouveau les plus prestigieuses universités ont initié le mouvement. Harvard et le MIT ont ouvert EdX  qui a pour slogan «the future of online education for anyone, anywhere, anytime».  L'Université de Standford s'est fermement impliquée dans la création de Coursera et de Udacity. La première initiative se fonde sur une philosophie altruiste, alors que les deux autres sont de véritables entreprises qui n'excluent pas de générer du profit.  Car l’Open education, initialement considérée comme un moyen de favoriser l'accès de tous à une éducation de qualité, est désormais envisagée par certains comme un moyen de communication et de promotion devant attirer de nombreux étudiants payants dans les établissements qui y participent. 

Aucun doute, ce sites simples, dépouillés, ergonomiques, donnent envie d'apprendre. Un regret pourtant : on ne trouve aucun cours en français sur EdX, et un seul sur Coursera. C'est l'université de Lausanne qui a ouvert le bal, avec un cours d'Introduction à la programmation objet, annoncé pour cet automne. Voilà donc un beau défi à relever pour les établissements qui enseignent en français, afin de répondre aux immenses espoirs de la communauté francophone de par le monde !

Illustrations :

Titre :  Illustration CC-BY de Nadia Mireles 3ème lauréate du concours "Why opened matters" 

Corps de l'article, 1 : Illustration CC-BY de Jonathas Mello pour l'UNESCO Déclaration PARIS 2O12   

Corps de l'article, 2 : Illustration CC-BY de Blink Tower 1er lauréat du concours "Why opened matters" -

Corps de l'article, 3 : Capture d'écran de la plateforme en ligne Coursera

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