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Politique, numérique et éducation : qui décide pour les autres ?

Le monde des TIC change continuellement et rapidement, celui de l'éducation prend plus de temps et les décideurs politiques sont encore plus lents.

Par Charles Brisson , le 18 septembre 2012

Bien que certaines écoles du Québec en aient fait l'acquisition il y a quelques années déjà, ce n'est qu'en février 2011 que le gouvernment a annoncé un grand projet d'installation de tableaux blancs interactifs (TBI) dans toutes les classes des niveaux primaire et secondaire. Il s'agissait d'un investissement de 240 millions de dollars et on comptait terminer le projet en 2016. Or, la technologie évoluant à la vitesse qu'on connaît, on questionne déjà, si tôt dans l'aventure, la pertinence du choix fait par le milieu politique.

Le TBI est un écran blanc tactile sur lequel est projeté (par un vidéoprojecteur) l'affichage de l'écran de l'ordinateur auquel est relié le TBI. Il est donc possible d'interagir avec le contenu affiché sur le TBI en utlisant les doigts. Le TBI est aujourd'hui utilisé dans les classes de plusieurs pays, comme la Grande-Bretagne, les États-Unis, la France, la Russie, de nombreux autres, ainsi que le Canada. Au Québec, le gouvernement Charest a opté principalement pour les Smart Boards de ia société Smart Technologies. On découvrira rapidement que le lobbyiste de Smart Technologies est un ancien membre du cabinet de M. Charest.

Pascale Breton, journaliste à La Presse, demande si "Les tableaux blancs interactifs (sont) déjà dépassés?". Breton rapporte que le déploiement des TBIs coûte cher, plus cher que d'autres solutions comme celle d'utiliser un IPad, un boîtier Apple TV et une télévision à écran plat, ce qui permettrait sensiblement la même fonctionnalité en salle de classe qu'un TBI, sans les contraintes d'installation. 

Voilà qui ferait sourire feu Steve Jobs qui caressait le rêve de voir Apple s'attaquer au monde de l'éducation, à cet oligopole politisé de l'édition de manuels scolaires. Il croyait que l'IPad pourrait bouleverser l'ordre établi dans ce secteur de la même façon que l'Ipod (et Itunes) ont changé le monde de la musique. Avec l'aide de quelques acharnés lobbyistes, qui sait?

Après le TBI?

Dans les écoles qui ont opté plutôt pour la tablette - plutôt les tablettes car chaque élève en obtient une -  au lieu d'attendre l'arrivée du TBI, la rentrée de cette année apporte du changement pour plusieurs enseignants du Québec. Il y a la tablette et son contenu numérique, infini, d'abord mais aussi, l'émergence de l'école "inversée". Les élèves regardent et écoutent le contenu d'eux-mêmes hors classe sur leur tablette et font plutôt des travaux en classe.

Sûr, l'idée est séduisante : les profs préparent leurs cours comme autant de clips vidéos qu'ils enregistrent à l'avance. Et qu'ils "remettent" aux élèves afin que ceux-ci les visionnent  à la maison. En classe, les élèves travaillent plutôt en mode projet et en groupe, l'enseignant se déplaçant d'un groupe à l'autre, inspirant et motivant les élèves à la façon d'un efficace mentor ou d'un gestionnaire d'entreprise visionnaire. 

Si le concept est intéressant, le choix final d'adopter une technologie en milieu scolaire demeure l'apanage du milieu politique. Au Québec, pareille décision est prise par le ministère de l'éducation, du loisir et du sport. Ce qui, en plus des potentielles influences extérieures intéressées et autres discutables "retours d'ascenseur", peut rapidement déborder les compétences précises des autorités du ministère.

Avec justesse et grande pertinence, La Presse demande "À quand un ministre du numérique?". En France, suite à l'élection de Hollande en mai 2012, on a transformé le ministère de l'industrie en ministère du redressement productif. Une ministre déléguée (Fleur Pellerin) est chargée des petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l’économie numérique.

À quand donc?

Voir "Apple joins e-textbook party with iBooks, iBooks Author apps" sur le USA Today. Et : "Math That Moves: Schools Embrace the iPad", Winnie Hue, The New York Times.

Aussi, "Les tablettes modifient la pédagogie en classe", Alain McKenna, LaPresse. "Une ombre au tableau blanc", André Noël et Vincent Marissal, LaPresse.

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