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Samuel Bausson, ou la médiation en réseau

Samuel Bausson a depuis 14 ans expérimenté toutes les postures du webmaster. Avant d'adopter celle de muséomixeur, encourageant par tous lesmoyens les amateurs et les professionnels à se rassembler et se rencontrer dans les musées.

Par Francine Clément , le 24 septembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 02 avril 2013

Profil Twitter De Samuel Bausson, 23 Septembre 2012

Twitter a changé ma vie, dit-il, en ce sens qu'il s'y est construit un réseau de collègues ayant les mêmes intérêts que lui et qu'il n'aurait peut-être jamais rencontrés sans l'outil aux 140 caractères. Grâce aux liens tissés en toute confiance sur cette plateforme, Samuel Bausson expérimente aujourd'hui,  pour les musées,  des nouveaux types de médiation rendus possibles par les TIC et les médias sociaux. Le webmaster du Muséum de Toulouse et cofondateur de Muséomix, nous a expliqué dans le détail son parcours et la manière dont il travaillait.

 

De l'Arizona à la ville de Toulouse

 

Les débuts au pays des cow boys

Originaire de Bretagne, webmaster depuis 14 ans (ce qui en fait assurément un pionnier), Samuel Bausson a d'abord fait des études d'ethnologie en Arizona, aux États-Unis. Il s'est intéressé aux cultures et à leurs langages, ce qui se rapproche bien sûr des communications actuelles avec les médias. Préférer la mise en scène d'idées à la recherche fondamentale, il a appris sur le tas le webdesign, la muséographie et la production vidéo. Ce qui l'a mené à réaliser, lors de son retour en France en 1998, un site web pour une DRAC (Direction régionale des affaires culturelles). Par la suite, oeuvrant au sein de quelques institutions publiques et privées, il a vu évoluer son métier de webmaster d'une fonction très technique  à un rôle plus éditorial de choix et de mise en valeur de contenus.

 

L'arrivée à Toulouse

Samuel Bausson a rejoint le Muséum de Toulouse au moment où l'institution, après une fermeture de dix années, repensait sa mission et ses façons de faire. Ce sont cette réflexion sur le rôle de l'institution et sur sa relation avec le public, son nouveau positionnement qui tendait à mettre en lien le scientifique et le politique, qui ont attiré le webmaster à Toulouse. Il a vu dans les réseaux sociaux en ligne une occasion unique d'encourager la création de communautés d'utilisateurs. Après avoir monté le site web du Muséum durant une année, son rôle a évolué en concordance avec ce qu'il considère comme  la quatrième phase de l'évolution de son métier, qui consiste dorénavant à concevoir et à implanter des programmes de médiation en ligne.

L'une de ses présentations, intitulée Le Musée-LEGO et accessible sur SlideShare, illustre ses réflexions sur les musées dans lesquels l'utilisateur est au centre des actions et des médiations; il y explique comment on  passe d'une logique “vitrine” à une logique “relationnelle” et cocréative en vue de créer un musée ouvert, en réseau et participatif.

 

Une équipe et de multiples plateformes

Son travail de webmaster au Muséum de Toulouse est davantage axé sur les stratégies globales de médiation et se fait avec une équipe de médiateurs, avec le soutien de la direction de l'établissement.  Dans le groupe de travail, on trouve  Elodie Guiraud , documentaliste, qui assure une veille en ligne (notamment sur Twitter) sur la thématique du muséum, c'est-à-dire sur les relations entre l'homme, la nature et l'environnement.

L'utilisation de Twitter  a peu à peu et tout naturellement remplacé un fonctionnement antérieur qui consistait à mettre en forme le contenu de veille dans un document pdf surtout destiné à l'interne. L'utilisation de Delicious a simplifié ce travail de veille : les ressources repérées sont collectées sur Delicious, puis transférées sur Twitter. Ce fonctionnement a porté ses fruits, puisque le nombre de followers a beaucoup augmenté lorsqu'il a été mis en place.

De son côté, Maud Dahlem, une des médiatrices du Muséum, organise des concours en ligne ouverts au public. Elle a par exemple monté un concours photo sur le thème de l'eau, activité qui accompagne, en ligne sur le microblogue Tumblr L'eau é-moi, une exposition réelle dans les salles du muséum, Eau L'expo. La médiatrice a rassemblé un jury qui fera son choix parmi les photographies soumises en ligne. Les photographies sélectionnées seront alors exposées dans un espace du muséum et en ligne ; parmi celles-ci, les visiteurs pourront voter pour leur photographie coup-de-coeur. Samuel Bausson y voit l'occasion d'ouvrir un dialogue et des aller-retour entre les visiteurs du musée et la communauté de visiteurs virtuels, de faire le lien entre les différentes plateformes -physiques et virtuelles- de médiation du musée.

Maud Dahlem anime elle aussi des communautés très fréquentées sur la plateforme Flickr, où des internautes passionnés par l'un ou l'autre des domaines des sciences naturelles peuvent devenir de formidables ambassadeurs pour le Muséum et ses collections, seln les mots de Samuel Bausson.

Par exemple, sur le pool  de groupe Collectionner le vivant autrement, on invite les naturalistes à déposer leurs images classées en catégories et à les discuter en y ajoutant des commentaires, soit pour l'aide à l'identification, soit sous une autre forme, poétique, lilttéraire ou autre.   

Sur Facebook, le Museum se décline en plusieurs profils différents, dont celui du médiateur LSF du Museum, Jeremy, où l'on peut visionner des vidéos en langue des signes,  et celui de la médiatrice des jardins, Elsa-médiatrice sur lequel on retrouve par exemple des photographies et des recettes réalisées lors des ateliers gourmands des Jardins du Muséum.

Twitter, Facebook, Flickr, Delicious, blogues : les plateformes communautaires et interactives sont multiples et décentralisées, chaque membre de l'équipe y allant selon ses intérêts. Elles permettent d'élargir la communauté des utilisateurs du Muséum, d'enrichir leur expérience muséale en leur permettant d'y participer activement.  

Malgré l'appui dont il dispose de la part de la direction et l'équipe de médiateurs avec laquelle il travaille, Samuel Bausson s'est parfois heurté  à des résistances inhérentes au fonctionnement structurel d'un musée ; ainsi, un "vidéomaton", où le visiteur était appelé à enregistrer au musée des messages vidéos à propos des expositions, messages qui étaient par la suite diffusés sur YouTube, n'a pas eu le succès escompté. Samuel Bausson se l'explique par le fait que le projet avait un impact sur trop de métiers dans l'institution et que la lourdeur administrative ne pouvait pas coïncider avec la spontanéité de cet essai collectif et participatif, contrairement aux projets mentionnés plus haut, qui n'impliquent que l'équipe de médiation. La fluidité et la spontanéité avec lesquelles on veut utiliser les médias sociaux ne cadre pas toujours avec le côté plus cloisonné d'une institution muséale, souligne t-il.  

 

L'équipe devient réseau

 

Muséomix : trois jours pour réinventer le musée à l’heure du numérique

C'est pourquoi Samuel Bausson  a cofondé et organisé un espace de "remixage" du musée, Muséomix, ouvert aux enthousiastes prêts à cocréer des dispositifs de médiation au sein même du musée. Muséomix a été créé avec des amis intéressés par la question, rencontrés grâce aux médias sociaux (les équipes de Nod-A et d'Erasme, Diane Drubay (Buzzeum) et Julien Dorra).

C'est à titre de bénévoles que les concepteurs ont organisé l'an dernier la première version de cet événement aux Arts décoratifs de Paris, un défi qui a été couronné de succès. La seconde mouture aura lieu durant trois journées au mois d'octobre prochain,  du 19 au 21 octobre, au Musée gallo-romain de Lyon-Fourvière.

Si l'on n'est pas de la région, on pourra suivre les activités en ligne, ou mieux, participer à distance au travail d'une équipe, notamment sur Twitter grâce au hashtag #museomix. On peut se faire une idée plus précise de cet événement rassembleur qui tient à la fois du fablab, du hackathon et de l'espace de coworking grâce à cette présentation du cofondateur, présentée récemment à MuseumNext (en anglais).

Comment on fait ?

Des professionnels du monde des musées et de l'art, des designers, des développeurs, des spécialistes du contenu ou de la médiation se réunissent durant ces trois journées et inventent des expériences de médiation à l'aide des TIC, à partir des objets exposés dans les salles. La première journée, les équipes imaginent et définissent leur projet de médiation pour ensuite les présenter aux autres participants. Le deuxième jour ils fabriquent des prototypes, puis les expérimentent avec un vrai public le troisième jour. On peut voir les réalisations des équipes de l'an dernier ici, notamment la très intéressante expérience immersive et sociale où le visiteur, en manipulant des objets destinés à cette fin, fait démarrer une ambiance sonore (musique, narration, etc.) qui enrichit sa perception de l'objet exposé. Le visiteur peut, par ailleurs, entamer une conversation virtuelle avec un personnage d'époque sur Twitter.

Samuel Bausson voit Muséomix comme un prototype en soi, un "objet en évolution", une alternative pour expérimenter des idées et des projets difficilement réalisables dans la structure et le fonctionnement habituels des institutions muséales. Une alternative pour "sortir"  des limites de l'utilisation actuelle de la toile par les musées, des sites internet qui lui apparaissent parfois, admet-il, boursouflés et inaptes à contenir les projets innovants. Par ailleurs, dans un musée, le processus de création de projets de médiation ou d'exposition est très long : réflexion des comités scientifiques, réalisation du cahier des charges, appel d'offres, etc.  Muséomix fonctionne tout autrement : le contenu est coconstruit par une équipe hybride qui applique, teste ses idées et prend des décisions très rapidement. C'est un musée-laboratoire où on peut expérimenter à loisir, en très peu de temps.  

Un dispositif en voie d'internationalisation

La deuxième édition de Muséomix tentera de laisser une trace concrète au musée-hôte ; en effet, on espère voir se poursuivre au-delà des trois journées intensives d'octobre certains des projets qui y auront été élaborés. Et Muséomix existera peut-être ailleurs qu'en France, à la demande de nombreux professionnels du monde muséal pour qui cette expérience répond à un réel besoin de renouvellement. Des participants du Québec (Musée de la Civilisation) viennent à Lyon pour participer à la deuxième édition. Samuel Bausson aimerait exporter le concept afin que les professionnels puissent se l'approprier, quitte à prodiguer quelques conseils de base sur ce qu'il faut faire et sur ce qu'il ne faut pas faire pour que l'expérience soit un succès.

La cohabitation du musée-béta et du musée classique reste à inventer. Samuel Bausson aimerait voir les musées futurs comme des centres culturels ouverts, à l'image des écomusées ayant un très fort ancrage social, où l'on peut venir tout aussi bien pour contempler que pour se réunir ou pour participer activement à la vie muséale, un lieu d'accueil où experts et amateurs intéressés par une même thématique se réunissent et se rencontrent.   

LIENS

Muséum de Toulouse : http://www.museum.toulouse.fr

Muséomix : http://www.museomix.com/

Mixeum, blogue de Samuel Bausson  : http://www.mixeum.net/

Cofondateurs de Muséomix :

                Buzzeum : http://www.buzzeum.com/

                Nod-A : http://nod-a.com/

                Erasme : http://www.erasme.org/

                Julien Dorra : http://juliendorra.com/

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