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La Grande-Bretagne, terre d'éducation alternative

Portrait de deux écoles anglaises atypiques qui mettent l'élève au centre de l'acte éducatif

Par Alexandre Roberge , le 30 septembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 01 octobre 2012

St Christopher School diffère de la majorité des écoles anglaises. On n'y porte pas l'uniforme. Tout le monde, enfants et adultes, s'interpelle par son prénom. Tout le corps professoral est végétarien. Les voyages annuels conduisent les élèves en Inde ou au Kosovo. L'objectif de l'école est d'apprendre aux jeunes le respect et la tolérance envers les autres êtres humains et la nature.

D'aucuns penseront que cet établissement a dû être créé récemment par des altermondialistes ou des hippies en réaction au système d'éducation actuel. Il n'en est rien. L'école va fêter son centenaire en 2015.

 

2500 écoles indépendantes au Royaume-Uni

St Christopher fait partie de ce qu'on appelle les écoles indépendantes de Grande-Bretagne. Elles ne sont pas financées par le gouvernement britannique et vivent de dons privés, de cadeaux ou d'organismes de charité. On en dénombre environ 2500 sur le territoire national. Ce qui paraît beaucoup, mais en fait seulement 7% des enfants et 18% des élèves de plus de 16 ans sont scolairsés dans l'une de ces institutions.

Les écoles indépendantes sont plutôt mal perçues par les Britanniques. Elles sont généralement élitistes dans le choix des élèves et exigent souvent des frais annuels exorbitants. Mais ces établissements ont un certain avantage : ils sont plus libres dans leur façon d'enseigner que ceux du domaine public.

St Christopher en est un exemple patent. Écologie mise à l'honneur, esprit ouvert, familiarité entre enseignants et apprenants et gestion démocratique (les élèves pouvant suggérer des améliorations lors des conseils d'établissement) en sont des caractéristiques reconnues.

 

Summerhill, le symbole

L'alternative éducative n'est pas une nouveauté en Grande-Bretagne. Tous ceux qui ont eu 20 ans dans les années 70 et 80 du siècle dernier se souviennent sans doute d'un livre qui les avait fait rêver. Ce livre, c'est Libres enfants de Summerhill

En 1921, Alexander Sutherland Neill crée Summerhill sur une idée simple mais révolutionnaire : c'est l'enseignement qui doit s'adapter à l'enfant et non l'inverse. Dès l'entrée à l'école, les champs d'intérêts et de compétences des enfants sont vérifiés et les cursus sont adaptés à chaucun en conséquence. De plus, la liberté des apprenants de Summerhill est presque totale. Ils ne veulent pas de devoirs? Ils n'en auront pas. Les examens? Certes, il y a le GCSE (General Certificate of Secondary Education), l'équivalent du baccalauréat français, qui doit être réussi par tous les jeunes Britanniques. Mais sinon, la plupart des élèves en auront peu durant leur parcours scolaire. Envie de jouer ou de peindre? Ils peuvent le faire à toute heure du jour dans des salles spécifiquement conçues pour ces activités. Les élèves ont aussi un poids important dans le conseil d'établissement où leur vote équivaut à celui d'un adulte. Tout se règle démocratiquement dans l'enceinte de l'établissement.

Évidemment, une école avec autant de liberté n'a pas vraiment plu aux autorités britanniques. Les relations entre le gouvernement et l'établissement étaient, jusqu'en 2007, plutôt tendues. En 1999, un rapport d'inspection avait sévèrement critiqué l'école et cela avait mené à une sévère bataille juridique pour que l'établissement reste ouvert. Quant à l'intelligentsia britannique, elle s'est fortement moqué de Summerhill. C.S. Lewis, l'auteur des Chroniques de Narnia, l'a même parodiée dans sa célèbre série de romans fantastiques avec l'Experiment House, une école dirigée par un directeur incompétent, pleine de brutes et d'enfants ignorants.

Pourtant, après 90 ans d'existence, rien n'indique que les élèves ayant suivi leur scolarité à Summerhill soient moins compétents ou aptes au marché du travail et à la vie quotidienne que leurs camarades des écoles publiques. D'ailleurs, Summerhill rappelle dans la foire aux questions de son site que plusieurs « free schools » comme la leur existent dans le monde que ce soit en Israël, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Japon, etc.

 

Des élèves triés sur le volet

Une chose explique peut-être le succès de projets aussi libres que Summerhill ou St Christopher : le nombre d'élèves y est plutôt réduit. Une centaine pour Summerhill et St Christopher, 200 pour Hadura, une école similaire en Israël. Sans compter que le processus de sélection permet de dénicher les personnalités qui pourront s'épanouir dans un tel contexte de liberté.

Est-ce que ces écoles sont plus performantes que les autres écoles indépendantes anglaises ou que les écoles publiques ? Les dirigeants de St Christopher répondent par l'affirmative en citant les notes obtenues au GCSE par leurs élèves. Objectivement cependant, il est difficile de comparer les deux modèles scolaires puisqu'ils ne proposent pas d'évaluations similaires et que les résultats aux tests nationaux ne donnent pas d'avantage net à l'un ou l'autre système. Mais les défenseurs de Summerhill et des autres écoles alternatives tireront profit de cela pour affirmer que si la liberté et la responsabilisation ne nuisent pas aux résultats finaux, il serait vraiment dommage de s'en passer et de continuer à brider les enfants dans des dispositifs scolaires rigides. 

La Grande-Bretagne montre donc qu'une cohabitation harmonieuse entre deux visions fortement opposées de l'éducation est possible. 

Sur l'école St Christopher : « Putting the environment at the heart of the curriculum », The Guardian, 30 août 2012

On peut visionner un documentaire en deux parties sur l'école de Summerhill sur Dailymotion. 

Photos : Blue Square Thing via photopin cc

 

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