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Ressources éducatives libres (REL) : timide utilisation en Afrique

Des resosurces éducatives libres peuvent-elles contribuer au développement économique des pays d'Afrique ?

Par Philippe Menkoué , le 02 octobre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 05 février 2013

Les britanniques ont leur AUF, c'est le Commonwealth of Learning (COL). Le siège de cette institution est situé à Vancouver, Canada, ce pays ayant décidément vocation à accueillir les organisations internationales oeuvrant pour le développement de la connaissance au niveau mondial, puisque l'AUF a son siège à Montréal, Québec. Le président et directeur du Commonwelath of Learning de 2004 à 2012, Sir John Daniel, a participé au récent rassemblement organisé par l'Unesco à Paris autour des ressources éducatives libres (REL) et a écrit à son retour dans le Guardian un article intitulé "Are open educational resources the key to global economic growth ?

 

Les REL, facteur de croissance dans les pays développés

On lit dans cet article (en anglais) que « le fait d’être adaptables et facilement accessibles, confère aux REL le potentiel de résoudre la crise mondiale de l'éducation et de contribuer à une croissance économique durable, si les gouvernements se donnent les moyens de les vulgariser ». Les avantages des REL ne sont plus à démontrer. Qu’elles allègent les coûts de l’éducation en permettant aux étudiants d’accéder gratuitement à des cours et ressources de qualité ou qu’elles aident certaines institutions académiques et scolaires à faire des économies  tout en contribuant à rehausser le prestige des universités qui les mettent à la disposition du public ; les REL sont une belle opportunité de croissance à saisir.

Outre le fait que cette forme d’apprentissage permet de réduire le temps passé dans des institutions universitaires, l’accès à ces ressources permet aux uns et aux autres de tirer le meilleur de chaque ressource et de les appliquer dans son contexte.

Des pays comme les Etats-Unis, l’ont compris et de plus en plus d’universités nord-américaines proposent des ressources en ligne. Le gouvernement américain finance également des initiatives en vue de vulgariser les REL.

 

Les pays du Sud peuvent-ils vraiment en profiter ?

Selon l’UNESCO, « l'accès universel à une éducation de qualité est essentiel à la construction de la paix, au développement social et économique, et au dialogue interculturel. Les ressources éducatives libres (REL) offrent une opportunité stratégique pour améliorer la qualité de l'éducation, faciliter le dialogue politique et partager les connaissances et le renforcement des capacités ». Une opportunité dont doivent se saisir les pays du sud. L’adaptation des contenus diffusés par les universités occidentales aux réalités locales du continent pourrait constituer une opportunité pour les pays africains de s’arrimer au mât de la mondialisation des savoirs. Mais les universités africaines doivent elles aussi produire des REL, adaptées aux contextes locaux. L'AUF soutient chaque année la création de programmes de formation à distance par les universités de l'Afrique francophone (et bien sûr d'autres pays francophones du Sud). On espère ardemment que les ressources utilisées dans ces programmes soient très bientôt accessibles, sous licences libres. 

Car la situation des REL sur le continent africain n'est actuellement pas brillante. Le développement à une vitesse exponentielle des TIC pourrait laisser croire que les REL seraient une bénédiction pour le continent. Que nenni ! Ces ressources éducatives ont beau être libres, leur accès reste encore assez problématique pour de nombreux Africains. L’exploitation de telles ressources induit des coûts non négligeables pour bon nombre d’étudiants africains, notamment à cause du coût de la connexion qui reste scandaleusement élevé. Quand bien même les étudiants pourraient-ils s'offrir un accès illimité à Internet, ils devraient (et doivent au quotidien aujourd'hui) se contenter d'un débit si faible qu'il leur est quasiment impossible, à certains moments, d'envoyer un courriel accompagné d'une pièce jointe. Alors, autant oublier l'accès aux cours filmés, aux laboratoires virtuels, aux conférences en direct avec d'éminents professeurs, etc. N'oublions pas enfin que la plupart des adultes dans l'ensemble de l'Afrique ont grandi sans ordinateurs, qu'il leur faut maintenant apprendre à s'en servir, à naviguer sur Internet, etc. 

Seuls quelques enseignants sérieux, résidant dans une grande ville et bien connectés, utilisent les REL comme supports de cours et de formation continue. Dans son article, Sir John Daniel évoque les 400 000 enseignants africains qui ont bénéficié du programme TESSA initié par l'Open University britannique, présenté dans cet article. 400 000, c'est déjà peu, comparé aux milions d'enseignants sur le continent qui ont un besoin criant de ressources pédagogiques. Et sur ce nombre, combien utilisent les ressources de TESSA régulièrement ? La question vaut pour tous les programmes de coopération visant au développement des compétences des enseignants...

Ces questions à la fois matérielles et culturelles expliquent que les REL ne contribuent pas encore véritablement à l’émergence des pays africains, ni même à la promotion professionnelle d'un nombre significatif d'individus qui tentent tant bien que mal de se les approprier.

La vulgarisation des REL sur le continent africain : un début de solution

Répétons-le, l'offre de REL n'est pas ici en cause et nombre d'institutions internationales  oeuvrent dans ce sens. A côté du COL, de l'AUF, du programme TESSA, de Sankoré... mentionnons aussi l’université virtuelle africaine (UVA) qui a ouvert un portail de ressources libres en ligne. Les contenus sont disponibles en trois langues.

Cependant, l’impact (direct ou indirect) de toutes ces initiatives sur la croissance et le développement de l’Afrique reste encore à démontrer. Jusqu’ici, aucune étude allant dans ce sens n’a encore été rendue publique. Ce qui suscite bien des interrogations. Nous sommes tentés de penser que les REL pourraient être un facteur du développement de l’Afrique, mais si cette hypothèse se confirme, cette contribution sera probablement infime. Car de l’avis de certains, si l’Afrique est à la traîne, ce n’est pas seulement à cause des problèmes d’accès à l’éducation de ses populations.  Certes, beaucoup de jeunes africains n’ont pas accès à l’éducation, mais le continent regorge également de nombreux diplômés qui ne trouvent pas d'emploi. 

Pour résumer : nous partons de la problématique de  sous-utilisation des REL sur le continent africain, qui nous mène aux coûts induits par l'utilisation d'Internet, puis à l'accès global à l'éducation, puis au sous-emploi scandaleux des jeunes diplômés, et donc à l'inadéquation entre les études et l'emploi, qui conduit tout droit à s'interroger sur la structure du marché du travail dans ces pays... 

Intellectuellement, l'idée des REL pour le développement est magnifique. Mais il faudra bien plus que des ressources éducatives libres pour régler les problèmes liés au manque de compétences dans de nombeux pays africains.

Sir John Daniels : Are open educational resources the key to global economic growth ? The Guardian, 4 juillet 2012.

photo : opensourceway via photopin cc

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