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Ne pas confondre formation à distance et télévision

Un joli suport mutimédia de transmission d'informations peut-il être considéré comme un module de formation ?

Par Alexandre Roberge , le 07 octobre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 07 novembre 2012

Lorsqu'on débute en conception de cours à distance, on peut ête tenté par des solutions techniques qui se présentent comme simples et permettent effectivement de produire en assez peu de temps des contenus séduisants, agréables à l'oeil et d'une bonne ergonomie.

Les outils de "rapid learning" figurent parmi ces outils tentants. Ce sont en fait des suites éditoriales qui comprennent des gabarits de mise en page, d'activités et d'exercices en nombre limité, accessibles à des personnes qui ne sont pas spécialisées dans l'ingénierie pédagogique, des responsables formation dans des entreprises par exemple, ou même des employés qui veulent tout simplement faire profiter leurs collègues des leçons de leur expérience.

Ces applications bien pratiques présentent toutefois un risque : elles incitent à penser à la forme plutôt qu'au contenu. Le résultat est qu'en général, les modules ainsi produits sont jolis, peuvent même transmettre de l'information de manière efficace, mais qu'on n'y apprend pas grand chose.

 

Des modules linéaires pour la classe inversée ? 

Tom Kuhlman, qui anime la communauté d'utilisateurs d'Articulate, une application dédiée au rapid learning, défend dans un billet de blog l'intérêt de ces modules qu'il appelle "linéaires", qui sont selon lui victimes de la "participationnite" tous azimuts qui frappe les concepteurs e-learning. Pouquoi en effet perdre du temps et de l'argent à concevoir des modules de formation complexes et longs à parcourir, quand on peut fabriquer rapidement un produit multimédia de grande qualité, et ainsi atteindre l'objectif fixé de transmission d'informations ?

Kuhlman est malin. Il sait que l'apprentissage ne se limite pas à la réception d'informations. Aussi place t-il les modules linéaires de transmission d'information dans une perspective d'apprentissage inversé (flipped classroom), même s'il n'emploie pas explicitement le terme. "En compressant le temps et en assurant une transmission de contenu efficace, (les modules d'e-learning linéaires) libèrent du temps pour des échanges approfondis et des activités d'apprentissage en classe". 

Kuhlman s'empresse également de préciser que par "modules linéaires", il ne désigne pas les tristes diaporamas placés en ligne, mais plutôt des présentations multimédias dynamiques. Les exemples qu'il fournit de ce qu'il considère être de bons modules linéaires d'e-learning feront effectivement rêver bien des responsables formation, qui se demanderont alors où trouver l'argent nécessaire à la réalisation de tels produits. 

 

Transmettre de l'information n'est pas former...

Alors, il est temps de poser la question ultime : ces si belles présentations d'informations constituent-elles des modules de formation ? Non, à n'en pas douter. Certes, ils sont bien plus attrayants qu'un diaporama de base ou un document texte. Mais leur emballage ne doit pas faire oublier que l'apprentissage s'effectue par l'action. Les activités, les parcours personnalisés, les espaces de discussion présents dans les modules non linéaires, dont Kuhlman dit qu'ils représentent des dépenses que les entreprises ne peuvent plus se permettre en temps de crise, ont une fonction cruciale : ils permettent à l'apprenant de s'approprier les contenus et de les utiliser en contexte. 

Kuhlman aurait donc intérêt à lire les premiers retours d'expérience des tenants de la pédagogie de la classe inversée. Il constaterait que cette méthode donne d'excellents résultats lorsque la distribution de contenu par le biais d'une présentation multimédia est précédée d'une phase d'exploration réalisée par les étudiants en groupe. Ces derniers peuvent même devenir alors les producteurs du contenu, avant d'engager en classe la discussion avec l'enseignant. 

Et la question des coûts de production du e-learning ne doit pas pousser systématiquement à sacrifier l'interaction dans les modules; on peut en effet choisir de produire des supports de contenus à moindre coûts, avec moins de recours au multimédia par exemple, pour conserver beaucoup d'interaction entre apprenants et d'interactivité entre l'apprenant et les composantes du module.

 

Le linéaire n'interdit pas l'interactivité 

L'on pourra également objecter à Kuhlman qu'il est possible d'intégrer de l'interaction dans les modules les plus linéaires. On peut par exemple ouvrir un espace dans lequel l'apprenant notera ses réflexions et les confrontera avec celles de ses pairs; prévoir des auto-évaluations régulières tout au long du parcours; proposer différentes ressources complémentaires au contenu de base pour s'adapter au niveau initial d'information de l'apprenant... Btref, les idées et outils ne manquent pas, et il serait dommage, sous prétexte de vouloir vendre encore un peu plus de son produit, de réduire les modules de e-learning à des canaux de télévision à la demande, cantonnant l'apprenant dans un rôle de spectateur passif. 

 

« 3 Reasons Why Linear E-Learning May Be the Best Solution », Tom Kuhlmann, 18 septembre 2012

Sur les retours d'expérience de la classe inversée, voir Education week, "Educators evaluate 'flipped classrooms'". Katie Ash, 27 août 2012. 

photo : DanielJames via photopin cc

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