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Ces docteurs en quête d'emploi

Contrairement à la croyance populaire, de nombreux doctorants ont des difficultés à obtenir un emploi stable à la sortie de leurs études. Comment expliquer ce phénomène, et comment le résoudre ?

Par Alexandre Roberge , le 13 octobre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 14 novembre 2012

Le doctorat est le plus haut diplôme universitaire, qui s'obtient après 7 à 8 années d'études au minimum, et parfoirs beaucoup plus. On s'attend donc à ce que les docteurs aient  un statut privilégié, qu'ils soient reconnus comme les meilleurs spécialistes de leur domaine. Conséquemment, l'on pourrait croire que les entreprises se précipitent sur chaque nouveau docteur fraîchement diplômé. La réalité n'est pas aussi rose.

Des docteurs chômeurs

 

Le nombre de docteurs est en augmentation continue partout dans le monde, ce qui peut être interprété comme un signe de valorisation des études universitaires. Il est alors surprenant de voir qu'une étude du Céreq de 2010 montre qu'en France, 5% des docteurs sont encore au chômage trois ans après l'obtention du diplôme. Ce taux monte à 12% dans le domaine des sciences humaines et sociales. En fait, seuls les docteurs du domaine de la santé obtiennent un emploi immédiatement après la fin de leurs études. Comment expliquer cela?

Au Canada, où la situation est similaire, on a constaté qu'il y avait un trop-plein de docteurs par rapport au nombre de postes ouverts à cette catégorie de diplômés. Résultat : les docteurs passent des années à grappiller des expériences à gauche et à droite avant de trouver enfin un emploi stable... empêchant les plus jeunes docteurs de les obtenir. Un embouteillage qui se produit également aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en France.

Les docteurs français, eux, sont en compétition avec les étudiants des écoles d'ingénieurs qui sont plus jeunes et ont été mieux formés pour l'insertion professionnelle. 

De plus, les sociétés tertiaires n'embauchent que très peu de docteurs. En effet, ils sont souvent considérés comme « surqualifiés », leur niveau de compétence dépassant largement les responsabilités d'un poste. Même le secteur de la recherche-développement n'engage pas beaucoup de titulaires d'un doctorat. Au Canada, ils ne représentent que 7 à 8% des postes de recherche. Dans un tel contexte, il n'est pas étonnant que l'ambiance soit morose dans les écoles doctorales. On estime que le nombre de docteurs français devrait baisser d'un tiers entre 2007 et 2017.

La solution du contrat doctoral

 

Tous les pays n'ont pas autant de mal à promouvoir les docteurs dans le milieu professionnel. En effet, l'Allemagne a depuis longtemps favorisé la formation des doctorants dans le secteur privé, avec de bons résultats. Conséquemment, la France a décidé d'imiter son voisin. Depuis 2009, elle a mis en place le contrat doctoral pour que les étudiants puissent, en plus de la recherche et de la thèse qu'ils préparent, exercer des activités complémentaires comme l'enseignement et les missions de conseil ou d'expertise pour les entreprises et les collectivités publiques. MyScienceWork s'est entretenu avec trois doctorants afin qu'ils décrivent leur vision du contrat doctoral.

Non seulement le contrat doctoral permet au chercheur de sortir un peu de ses préoccupations hyper-spécialisées, mais c'est aussi un moyen pour lui d'acquérir une expérience professionnelle et de lui montrer quelles sont les compétences qui sont les plus recherchées. En fait, le contrat doctoral apporte aux étudiants de toutes disciplines ce que les écoles d'ingénieurs font depuis longtemps : il prépare les étudiants à l'entrée dans le monde du travail par le biais de premières expériences professionnelles. 

On constate en réalité que les doctorants et les entreprises se connaissent mal. Le vivier de docteurs mériterait d'être mieux employé par les entreprises, et les docteurs devraient faire preuve d'une plus grande combativité pour défendre leurs compétences sur le marché du travail. C'est ce que souligne clairement le rapport d'enquête "Compétences et employabilité des docteurs" réalisé par Adoc Talent Management, agence spécialisée dans l'aide à l'insertion des titulaires d'un doctorat. Le contrat doctoral constitue une première étape dans la reconnaissance des docteurs. Il revient maintenant à chacune des parties concernées de mieux faire connaître ses besoins et ses talents. 

« Le doctorat ne rime pas toujours avec emploi », Laurence Bianchini, MyScienceWork, 13 septembre 2012

Compétence et employabilité des docteurs. Barthélémy Durette, Marina Fiurnier, Matthieu Lafon. 31 janvier 2012, Adoc Talent Management. Téléchargeable au format pdf, sous licence Creative Commons

photo : chekobero via photopin cc

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