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Les TIC pour maintenir les liens familiaux lorsqu'on est loin

Skype est devenu une application vitale pour le bien-être émotionnel des personnes contraintes de vivre loin de leur famille.

Par Christine Vaufrey , le 23 octobre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 21 novembre 2012

Les outils numériques de communication renforcent les relations de proximité, et jouent également un rôle fondamental dans le maintien de l'identité des personnes contraintes de vivre loin de chez elles, de leur famille et de leur culture.

Skype pour construire la coprésence

 

Skype constitue l'outil majeur du maintien des liens familiaux. On trouvera un article très touchant sur le site Djazairess, qui décrit l'importance que revêtent les séances de communication audio-vidéo d'une dame âgée qui, depuis l'Algérie, peut ainsi voir ses enfants et petits-enfants vivant au Canada et en France. La vieille femme appelle l'ordinateur un "fantôme". Mais elle n'en a pas peur, et ses enfants sont rassurés non seulement d'avoir régulièrement de ses nouvelles, mais aussi de la voir et de l'entendre parler des petites choses du quotidien.

Sur le site Voix d'exils, on lira également le récits de personnes qui ont du quitter leur pays et leur famille, pour des raisons souvent politiques. Installées en Suisse, elles échangent avec leurs familles via Skype. Pema, originaire du Sri Lanka, communique ainsi une fois par semaine avec son épouse restée au pays. Mais cette dernière n'a pas d'équipement informatique chez elle et habite une petite ville. Il ne lui est pas facile d'accéder à un ordinateur : "Le cybercafé dans lequel elle va est toujours plein. Des fois, elle attend plus d’une heure pour avoir accès à un écran." Malgré ces difficultés d'accès, Skype permet à Pema de conserver sa place dans la famile : "Un jour, (mon fils de deux ans) ne voulait pas manger et ma femme ne savait plus que faire. Elle l’a amené devant l’écran, je lui ai dit qu’il devait manger et il l’a fait. Depuis lors, à chaque fois qu’il refuse de manger, c’est moi qui l’incite à le faire".

Lorsque les personnes éloignées disposent d'un ordinateur personnel, il est fréquent qu'elles se connectent à Skype des heures durant, ce qui procure un effet de présence de valeur inestimable. Voir les membres de sa famille déjeuner, regarder la télévision, recevoir des amis... C'est un peu comme être avec eux. 

"«Ce soir je dois faire du baby-sitting. Quand elle est seule à la maison et qu’elle doit par exemple faire à manger, ma femme fixe la caméra sur les enfants et descend à la cuisine pour s’occuper du repas. Moi je les surveille et s’il y en a un qui commence à pleurer je l’avertis par sms.» (Stefan, 43 ans). A notre époque, surveiller son enfant par caméra n’a rien d’extraordinaire; seulement cet informaticien roumain ne se trouve pas dans la pièce à côté, mais à plusieurs milliers de kilomètres,dans son appartement de Toronto, tandis que ses fils et sa femme passent quelques mois dans leur seconde maison en Roumanie!"

Ainsi commence un très intéressant article intitulé "À l'ère du migrant online" écrit par Mihaela Nedelcu, sociologue en Suisse, qui a également publié un livre sur le même sujet. M. Nedelcu souligne que paradoxalement, la migration augmentée des outils numériques permet d'entretenir les liens familiaux intergénérationnels encore mieux que la présence physique. C'est aussi ce que signale l'article publié sur Djazairess, avec le témoignage de Cheryn qui a renoué avec sa tante établie à Alger : "«Parfois, quand je déprime, j'ai besoin de parler à un parent, à un membre de ma famille. Internet est devenu le seul moyen de contact avec ma tante. Toujours connectée, toujours joignable... Voilà la clé du rapprochement avec elle», raconte Cheryn. Elle et sa tante deviennent alors plus proches l'une de l'autre tout en étant éloignées. Toujours disponible, sa tante n'avait plus qu'elle comme interlocutrice pour avoir des nouvelles du reste de sa famille. «Au cours de nos fréquentes discussions sur Skype, il y a comme un fil qui s'est rétabli entre nous», dit Cheryn".

Pour dire que l'on est vivant...


Les personnes qui vivent des situations traumatisantes, comme les réfugiés et déplacés qui ont du fuir dans la précipitation leur lieu de vie sans rien emporter, ont un besoin essentiel de renouer avec leurs proches perdus de vue : "la capacité à s’installer et le bien-être émotionnel des réfugiés dépendaient dans une mesure importante de la possibilité de maintenir des réseaux de communication avec les membres de leur famille de manière à savoir où ils se trouvent et être rassuré sur leur sécurité. Les technologies de communication qui permettent aux réfugiés de retrouver les membres perdus de leur famille, de communiquer avec eux, d’informer leur famille et leurs amis de leurs besoins et leur permettent de recevoir une assistance financière, peuvent réellement remplir un rôle vital en termes de sécurité.", lit-on dans l'article intitulé "Téléphoner au pays", publié en novembre 2011 dans la revue "Migrations forcées", éditée par le Centre d'études sur les réfugiés de l'université d'Oxford. 

Ce besoin vital de rester en contact avec ses proches, de se rassurer sur leur sécurité ou de les rassurer sur le même sujet lorsqu'on est soi-même dans une situation dangereuse, a poussé le UNHCR (Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies) à nouer un partenariat avec le gouvernement du Luxembourg et la direction de Skype. Ce partenariat a permis d'installer Skype dans des régions sensibles et difficilement accessibles, là où les débits de connexion sont particulièrement bas. De cette manière, les employés du UNHCR ne sont pas les victimes de la "double peine" commune à de nombreux travailleurs humanitaires : travailler dans une région à risques d'une part, et ne pouvoir échanger avec ses proches d'autre part. Cet accord, conclu en 2009, s'est révélé si satisfaisant que le UNHCR a commencé à étendre l'équipement Skype aux personnels qui travaillent dans des régions isolées mais non dangereuses. le CICR (Comité International de la Croix Rouge) s'est également montré très intéressé par le dispositif Skype à bas débit, notamment pour permettre aux familles d'entrer en communication avec leurs membres détenus pour des raisons politiques. 

Parfaitement adaptées à de tels usages grâce à leur coût minime et à la possible combinaison des applications entre elles (téléphonie IP + courriel + SMS...) , les TIC jouent un rôle capital dans le bien-être émotionnel de tous ceux qui doivent vivre loin de chez eux, facilitant ainsi leur intégration et le maintien de leur identitié familiale et culturelle. 

Sources : 

La vieille femme et le Skype. Idir Tazerout, Djazairess, 13 mars 2012.

"Grâce à Skype, je peux voir grandir mon fils et communiquer avec lui en direct". Keertigan Sivakumar, Voix d'exils, 27 mars 2012.

À l'ére du migrant online. Mihaela Nedelcu, academia.edu, non daté.

Téléphoner au pays. Linda Leung, revue Migrations forcées, Refugees Study Center, novembre 2011.

Synergie Luxembourg-UNHCR-SkypeAntoine Bertout, Marc de Bourcy et Mohammad Faisal, revue Migrations forcées, Refugees Study Center, novembre 2011.

photo : Farfahinne via photopin cc

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