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Ces adolescentes qui se racontent sur Facebook

Ce ne sont plus sur les blogues que les adolescentes se confient, mais sur Facebook où elles entretiennent de véritables chroniques très suivies

Par Alexandre Roberge , le 28 octobre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 28 novembre 2012

Il est loin le temps où les jeunes filles couchaient leurs pensées quotidiennes dans des journaux intimes munis de cadenas qu'elles cachaient de leurs parents et de la fratrie. Aujourd'hui, peu de jeunes gens s'adonnent encore à l'écriture secrète. Au contraire, à l'ère de la télé-réalité et des réseaux sociaux, les adolescentes se racontent sans pudeur sur Internet.

Comme le décrit Sébastien Rouquette dans cet article, l'explosion des blogues dans les années 2006-2007 a mené à la création de journaux « extimes ». Si auparavant, les jeunes rédigeaient leurs pensées les plus intimes dans le plus grand secret, désormais ils veulent que le monde entier sache qui ils sont. Il leur faut un lectorat, voire un fan-club. Pour Sébastien Rouquette, les relations entre le blogueur et son auditoire lui permettent de :

  • Revendiquer sa personnalité
  • Obtenir une validation de sa vie par les autres
  • Émettre ses opinions
  • Écrire tout simplement

Mais la vogue de la blogosphère s'étant un peu essoufflée dans les dernières années, les jeunes filles écrivent désormais sur Facebook. Ce qui montre que la recherche d'adience a vraiment pris le dessus sur l'acte d'écriture lui-même.

Des récits et des fans

 

Cet article de Slate prend acte du mouvement des adolescentes qui ont délaissé les plateformes comme Skyblogau profit du réseau social le plus populaire. Les auteures ont profité du lectorat potentiel plus important sur Facebook. Si vous avez un compte sur Facebook, faites l'expérience et écrivez dans la barre de recherche, par exemple, « chroniques d'un amour ». Aussitôt, des centaines de résultats s'afficheront.

Ces chroniques se partagent. Certaines dépassent les dizaines de milliers de mentions « J'aime ». Certains internautes vont même jusqu'à créer des pages de fans pour leurs auteures favorites. Et ces dernières le savent bien. Entre deux épisodes, elles interagissent beaucoup avec leurs admirateurs : elles postent annonces, anecdotes, concours, etc. Nous disons « elles », car bien qu'il existe quelques auteurs masculins, les adolescentes tiennent le haut du pavé dans cet univers à mi-chemon de l'autobiographie et de la fiction. Manifestement, des jeunes filles qui disposent d'espaces d'expression réduits chez elles ont investi le web pour faire part de leur ressenti et de leurs rêves.

Et contrairement à ce que l'on pourrait croire venant de cette jeunesse dont on dit régulièrement qu'elle ne maîtrise que le langage SMS, le niveau d'écriture y est... intéressant. Certes, on n'y trouvera aucune inspiration venant des plus grands auteurs en langue française. Les textes sont par ailleurs truffés de fautes d'orthographe. Toutefois, on y repèrera des procédés stylistiques courants dans la littérature populaire, tel que l'utilisation du passé simple de narration, qui donne lieu à quelques inventions verbales assez comiques. De plus, cette littérature particulière traite de biens des sujets. Si l'amour et les petits copains y prédominent, il y a aussi des récits plus profonds abordant l'anorexie, le viol ou le mariage forcé.

Mais la vogue de ces récits fait que les auteures en herbe se multiplient, espérant par là trouver la popularité qui semble décidément occuper une part importante dans les préoccupations des jeunes. Et bien des récits manquent d'intérêt, réduits à de pâles copies, tant dans les thèmes que dans le style, de ceux qui ont fait le succès du genre. D'ailleurs, les premières chroniqueuses – qui ont maintenant une vingtaine d'années – regrettent cette banalisation et la baisse du niveau général d'intérêt des nouveaux textes. Si les pionnières s'appliquaient dans la construction de leurs textes, les cadettes n'hésitent pas à employer des anglicismes, des mots très raccourcis et des expressions inintelligibles pour un lecteur adulte.

Néanmoins, finissons sur une note encourageante et rappelons-nous que certains prophètes de malheurannonçaient que l'arrivée du multimédia et d'Internet allait tuer l'écriture. Il est donc appréciable de voir que la réalité est tout autre puisque les récits se multiplient à une vitesse folle sur le réseau social. Espérons seulement que ces jeunes plumes n'oublient pas que l'expression de soi est encore plus belle lorsqu'elle est bien écrite et donc partageable au-delà de son cercle de connaissances.

« «Je me leva et je téléphonit», les chroniques très «skyblog» de Facebook », Olivier Clarouin, Slate.fr,  9 mai 2012

Crédit photo: Ed Yourdon via photopin cc

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