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Les témoignages pour rétablir la vérité historique

Lorsque les témoins parlent de ce que l'histoire officielle a encore du mal à intégrer

Par Om El Khir Missaoui , le 30 octobre 2012

La guerre d'Algérie, menée par la France de 1954 à 1962 contre les indépendantistes algériens, prend place dans le mouvement de décolonisation qui affecta les empires occidentaux après la Seconde Guerre mondiale, et notamment les plus grands d'entre eux, les empires français et britannique. Cette guerre n’en finit pas de faire couler l’encre car certaines vérités historiques n’ont pas encore été totalement établies et pour que l’écriture historique soit affranchie des sollicitations partisanes, des efforts constants sont déployés dans le but de recueillir des témoignages, de les documenter, de les croiser avec d’autres sources.

Mémoires d'Algérie, la guerre par ceux qui l'ont vécue

 

Mémoires d’Algérie est un musée numérique, lancé le 19 mars 2012 par Owni et El Watan pour le cinquantième anniversaire des accords d’Evian. Des témoignages et archives personnelles inédites sont rassemblés, ainsi que des archives de l’armée française et des notes de renseignement des services français. De nouveaux documents sont régulièrement ajoutés dans l'élan de cette recherche d'une écriture historique selon des sources plurielles.

La naviguation à travers les documents du site se fait via deux entrées principales : “carte” et “timeline”. Elles ont en commun une frise chronologique divisant les huit années de la guerre en six grandes périodes historiques et permettant de filtrer les documents par période.

Sur l'entrée "carte", en cliquant sur un point lié à une ville, le nombre précis de documents s’affiche et vous avez la possibilité d’y accéder. Vous basculez alors sur le mode “timeline”. Sur le mode "timeline", des informations plus précises relatives à chaque document s’affichent : thèmes, dates, noms ou villes cités. En un clic, vous pouvez consulter individuellement chacun de ces documents ainsi que les médias qui y sont associés (images, sons). Une voix off donne plus d’âme à ces récits de vie pudiques et poignants. Les documents peuvent être commentés et partagés sur les réseaux.

Les deux pays sont restés traumatisés par cette guerre en partie parce que tout n'a pas été dit, que le déni de certaines pratiques semblait jurer avec les preuves détenues par les uns et les autres, ou encore par des souvenirs indélébiles. L'étape transitionnelle a trop duré mais depuis 2001 les tabous ont commencé à être levés sur des événements et des péripéties, ce qui a préparé à tourner la page et à instaurer véritablement une ère de concorde et de coopération.

D'autres sites d'archives et de témoignages

 

A l'instar du site Mémoires d'Algérie, plusieurs initiatives tentent de compléter et corriger notre appréhension de cette période histirique, exorciser aussi nos peines et douleurs relatives à ces faits. Le webdocumentaire La nuit oubliée (17 octobre 1961), relate les représailles dont ont été victimes les Algériens en France rendant hommage aux victimes par la reconnaissance des délits commis et des souffrances infligées. Guerre d'Algérie, un documentaire de France 2 fait le tour du conflit à partir d’images d’archives, en grande partie inédites et provenant de sources très diverses (archives de l’armée française jusque là interdites, archives de la télévision française mais aussi images des télévisions anglaises, algériennes et d’Europe de l’Est ou encore images d’amateurs). Les exilés algériens  donnent de la voix également et leur vécu de l'époque refait surface ouvrant la voie au pardon.

Les jeunes générations sont en droit d'écouter les vétérans témoins de ces événements révolus qui nous interpelleront toujours. Cela a été fait pour la 2ème guerre mondiale et l'holocauste juif. Reconstruire pierre par pierre les faits que les instances officielles peuvent taire ou déformer, dont les traces peuvent être délibérément effacées au gré des politiques politiciennes constitue une oeuvre citoyenne. Elle participe au rapprochement des peuples dans le respect et la dignité.

Tout enseignant pourra encourager à ce type d'écoute en construisant son cours autour de ceux qui donnent vie à l'histoire et la relient à notre actualité. Toutefois, il ne s"agit guère d'en faire la panacée pour motiver et impliquer les élèves mais d'exploiter ces sources en prenant garde à leur statut particulier qui exige esprit critique et relativisation ainsi que le recours aux autres sources d'écriture de l'histoire telles que les archives, les oeuvres artistiques etc.

Illustration : capture d'écran de la carte en page d'accueil du site Mémoires d'Algérie.

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