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Et si on parlait de votre porte-feuille?

En France et ailleurs, on craint de moins en moins de parler de ses revenus sur la toile.

Par Philippe Menkoué , le 30 octobre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 28 novembre 2012

La question des revenus, longtemps considérée comme un sujet tabou, tend à ne plus l’être. Et Internet n'y est pas pour rien. De plus en plus d’informations longtemps considérées comme relevant du domaine privé sont désormais accessibles en ligne. Même nos revenus financiers n’y échappent pas.

Les Français moins frileux que les autres Européens à parler de leurs revenus

 

En 2011, un sondage réalisé par le site d’offre d’emploi StepStone dans 8 pays européens a révélé que, pour la plupart des Européens parler de son salaire reste tabou. Seuls les Français font exception, car le sondage révèle que 42 % des répondants français ne considèrent pas le salaire comme un sujet tabou et en discutent ouvertement. D’autre part, 11 % des sondés en parlent s’ils ne sont pas face à des collègues de travail. Concernant les personnes discrètes sur la question du salaire (47 %), les deux tiers en discutent cependant avec leurs proches, selon le site.

Voici donc des Français de plus en plus décomplexés par rapport à ce qu’ils gagnent chaque mois comparés à leurs voisins européens, comme en témoigne le succès de l'initiative "Votre porte-monnaie au rayon X" lancée par le site d’information et de débat participatif Rue89 , les invitant à dévoiler leur revenus mensuels et la façon dont ils l’utilisent.

Une initiative qui, bien au-delà de la simple volonté d’informer et éventuellement de comparer, a une portée et une grande importance du point de vue sociologique. Car Si le sujet est tabou pour beaucoup, analyser les revenus, les charges fixes et les frais variables de ces témoins permet de se faire une bonne idée du pouvoir d’achat des Français et de son évolution. Et de répondre à la question : suis-je riche ou pauvre ? Rappelle le site.

Cette initiative a également une importance du point de vue socioéconomique. Plus les gens s’ouvrent et parlent de leur revenus, mieux on est en mesure de savoir et d’explorer les différentes stratégies mises en œuvre par chaque citoyen pour parvenir à joindre les deux bouts. Ce qui, à coup sûr, met en évidence les réalités vécues et peut permettre de remettre en cause les mythes autour de tout un système.

L'Afrique n'est pas en reste

 

En Afrique aussi les langues se délient. Bien que la précarité ambiante qui caractérise la plupart des pays africains ne soit pas vraiment un secret, force est de constater qu’ici aussi, les étiquettes ne reflètent pas toujours la réalité. Dans la partie subsaharienne du continent où l’on recense un nombre important de pays pauvres, les revenus dits moyens cachent bien des disparités. Selon un article du site Lejustesalaire.com, les salaires moyens dans les pays d’Afrique subsaharienne (tous niveaux de revenus confondus), n’ont cessé d’évoluer depuis les indépendances et ont même atteint les 917 euros en 2010. Presqu’une aberration quand on sait que parallèlement, le taux de pauvreté n’a cessé de croitre et qu’aujourd’hui, dans un pays comme la Cote d’ivoire, le revenu moyen se situe autour de 300 euros mensuel ! Idem pour l’Afrique du sud, pourtant première puissance économique du continent où le revenu moyen par foyer est de 392 euros selon le même site !

En septembre 2012, France 24 dans le cadre de son émission participative Les observateurs lançait un projet baptisé Porte-monnaie des observateurs qui invitait également les observateurs à parler de leurs revenus et de la manière dont ils les dépensent. Un projet qui a mis en évidence de nombreuses disparités.

De l'intérêt sociologique de telles initiatives

 

Les témoignages ainsi recueillis et compilés remettent en question le fameux concept de « revenus moyens » qui au fond, est loin de refléter la réalité quotidienne. Elles permettent de mettre en lumière les nombreuses disparités et stratégies individuelles mises en œuvre par les uns et les autres pour assurer leur survie, quel que soit le contexte économique du pays dans lequel ils vivent, le revenu moyen ne donnant qu’une estimation, une idée sur ces revenus.

Ainsi, en France par exemple, les disparités de revenus entre secteurs d’activités, en fonction des niveaux d’études, des années d’expérience, etc. sont bien surprenant. L’on apprend par exemple qu’un conducteur de RER titulaire d’un Bac Technique en Génie Mécanique, à 30 ans, a un revenu sensiblement égal  à celui d’un enseignant âgé de 40 ans et bien plus que certains cadres et doctorants ayant pourtant des niveaux d’études bien plus élevés que le sien ! Des données qui en scandalisent plus d’un mais qui, au final, révèlent tout simplement qu’on ne saurait plus, de nos jours, se limiter au statut professionnel et au nombre d'années d'études pour évaluer le niveau de vie. Un rappel utile à l'heure où la durée des études s'allonge constamment, comme une réponse au chômage structurel qui sévit en Europe et en France en particulier.

Besoin de transparence, relents exhibitionnistes, course au buzz ou simple volonté de repousser les limites, les suppositions sur les motivations des internautes affichant leurs revenus et la manière dont ils en disposent sur la toile sont légions. A l’heure où tout se dit, se fait, se lit, s’entend et se voit sur la toile, une meilleure connaissance des disparités de revenus entre citoyens d'un même pays permet à coup sûr de relativiser les discours politiques sur le redressement économique. 

photo : epSos.de via photopin cc

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