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Le financement participatif, une réalité en plein épanouissement

Le financement participatif ou crowdfunding est de plus en plus populaire sur Internet. Mais qu'est-ce que ce phénomène?

Par Alexandre Roberge , le 11 novembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2012

En ces temps économiques incertains, chacun essaie le plus possible d'économiser. Pendant ce temps, pourtant, des internautes investissent des millions de dollars sur la Toile pour des projets culturels originaux ou des entreprises qui démarrent. En fait, depuis 2010, les Français ont déboursé 6 millions d'euros pour environ 15 000 projets. Aux États-Unis, uniquement en 2011, c'est 1,15 milliard d'euros.

Bienvenue dans l'univers du financement participatif, plus connu sous son nom anglais de crowdfunding. Kickstarter, My Major Company, Kisskissbankbank, Ulule, Indiegogo : la liste des sites de financement participatif est longue.

Des investissements donnant-donnant

 

Comment fonctionne le financement participatif? Tout d'abord, l'internaute regarde le descriptif des projets qui l'intéressent. Selon les projets, l'internaute qui investit devient soit un coproducteur, c'est-à-dire qu'il obtient des dividendes sur les bénéfices du projet, ou un mécène, soutenant la réalisation du projet sans en attendre de retours liés aux éventuels bénéfices issus de la commercialisation du produit. Dans ce deuxième cas, le contributeur peut recevoir des contreparties d'un autre genre. C'est notamment le cas de la plupart des projets artistiques faisant appel au financement participatif. Par exemple, le contributeur apportant son soutien à la réalisation d'un CD pourra recevoir des morceaux supplémentaires et exclusifs, celui qui soutient la réalisation d'un film aura des billets pour l'avant-première, celui qui préfère soutenir la création d'un jeu vidéo pourra sa voir accorder des bonus dans ce jeu. La quantité et la valeur de ces contreparties grandissent en même temps que la somme engagée dans le projet. Prenons l'exemple de Paroles de conflits, un webdocumentaire qui a atteint son objectif de financement participatif en 2010 : pour de petits montants (10 euros), on avait droit à son nom au générique tandis que ceux qui ont donné 250 euros et plus pouvaient aussi assister au lancement, obtenir le DVD du film, un album photo du tournage, etc.

L'idée du financement d'oeuvres artistiques par des particuliers n'est pas récente. Le mécénat individuel a permis à des artistes connus de vivre de leur art. Mais cette version du 21e siècle reprend toute l'idéologie du Web 2.0 : en plus d'être démocratique, l'investissement y est traçable, transparent et souvent de proximité. Du côté des créateurs, il s'agit d'une façon de continuer de créer indépendamment des producteurs et distributeurs.

Le phénomène est notamment très populaire dans le domaine du jeu vidéo. De grands noms qui ont façonné le divertissement électronique dans les années 1980 et 1990 reviennent à leurs premières amours – la création de jeux – en s'affranchissant de studios parfois contraignants. L'auteur réputé de séries d'aventures point-and-click (Monkey Island, Day of the Tentacle, Grim Fandango) Tim Schafer, autrefois chez LucasArts, a annoncé au début de l'année 2012 avoir une idée de jeu d'aventures. Il estimait qu'il avait besoin de 400 000$. En 24 heures, l'argent récolté avait largement dépassé l'objectif : 2 millions de dollars! Au bout du compte, Schafer aura amassé 3,3 millions, ce qui en fait le projet le plus frotement financé sur la plateforme Kickstarter.

Mais évidemment, rien ne garantit le succès sur ces plateformes. Sur Kickstarter, 43% des projets seulement obtiennent le financement désiré. D'ailleurs, les sites de financement ne prennent pas de commission sur les propositions qui n'atteignent pas leurs objectifs. Pas surprenant alors qu'un site comme Kisskissbankbank en rejette deux sur trois en présélection.

Des contraintes juridiques

 

Le crowdfunding est jeune. La plupart des sites sont nés après 2010. Depuis, le phénomène explose et l'on voit la naissance de plateformes de niche. Par exemple, pour le jeu vidéo, il existe désormais GamesPlanetLab qui a été mis en ligne en juillet 2012. Arizuka s'adresse à ceux qui souhaitent financer des projets sociaux solidaires et innovants.

Mais ce modèle peut-il tenir? Si aux États-Unis, il a le vent en poupe, il est plus restreint en France à cause de nombreuses restrictions juridiques. Des acteurs de ce milieu s'en plaignent d'ailleurs. Certains, comme le spécialiste de la finance solidaire Benoît Granger, affirment qu'il vaudrait mieux que l'État français réglemente davantage les jeux de hasard en ligne qui amassent l'équivalent de 85 millions d'euros par jour plutôt que le financement participatif. On peut en effet penser que le crowdfunding est une prise de risque financier beaucoup moins risquée que le jeu en ligne.

Évidemment, ceux qui croient devenir riches en investissant sur de nombreux projets prometteurs seront déçus. La participation au financement de projets culturels (livres, films, jeux vidéo, etc.) se fait à fonds perdus le plus souvent. Quant aux jeunes entreprises, une récente législation américaine permet à n'importe qui de prendre des parts jusqu'à 10 000$ dans une compagnie sans que le SEC, le régulateur boursier nord-américain, en soit averti. Mais il faut avoir le flair pour dénicher les entreprises ayant un réel potentiel et cette législation ne s'applique qu'aux Américains.

Le crowdfunding est un tout jeune mouvement. Nul ne sait s'il perdurera et il reste de nombreuses questions à régler sur sa réglementation. Néanmoins, surtout pour les créateurs artistiques, il y a là un potentiel très intéressant permettant de réaliser son projet en dehors de circuits de production habituels.

Illustration : Spencer Finnley via photopin cc

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