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Le pouvoir des foules en Afrique dans les projets participatifs

Les projets de crowdsourcing se multiplient en Afrique, imposant une forte pression sur les décideurs financiers et politiques

Par Philippe Menkoué , le 13 novembre 2012

Le recours à la « sagesse des foules » et à la collaboration des masses en vue d’atteindre un objectif spécifique n’est pas nouveau en Afrique. Cependant, la vulgarisation des TIC sur le continent et les nombreuses opportunités et facilités de connexionqu’elle entraine, font du crowdsourcing une technique à laquelle de nombreux Africains, entrepreneurs ou non, ont de plus en plus recours de nos jours. Le crowdsourcing, faut-il le rappeler est, selon Wikipédia, « l’utilisation de la créativité, de l’intelligence et du savoir-faire d’un grand nombre de personnes, en sous-traitance, pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur ». Un domaine dans lequel le continent africain n’est pas en retard vue les nombreux projets collaboratifs qui y voient le jour.

Un moyen de pression sur les décideurs, pouvoirs publics et entrepreneurs


De nombreuses initiatives basées sur le principe du crowdsourcing ont déjà vu le jour sur le continent. La plupart de ces projets ont pour objectif de dénoncer des injustices, de documenter l’évolution de situations diverses en fournissant des informations en temps réel (le plus souvent pendant des crises), de créer des bases de données fiables et régulièrement mises à jour, etc. Le tout, le plus souvent afin de mettre à la disposition des autorités locales et/ou des entreprises, des données et informations précieuses en vue de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations à différents niveaux. Les entreprises ont également recours à la collecte massive de données pour revoir ou adapter leurs stratégies en fonctions des informations fournit par les populations.

Parmi les projets les plus connus, on citera Ushahidi (l’une des initiatives de Crowdsourcing les plus populaire du continent) qui a vu le jour au Kenya en 2007 pendant la crise qui a suivie l’élection présidentielle controversée, et a été utilisée pour documenter les violences postélectorales qui s’en sont suivies entre 2007 et 2008; cette autre initiative mise en place par une ONG en Tanzanie, qui offre la possibilité aux populations des milieux ruraux de signaler à leurs autorités tous les points d’eau défectueux de leurs communes; ou d’un projet tel que Feowl qui, en invitant les habitants de la ville de Douala au Cameroun à signaler toutes les coupures d’électricité qu’ils subissent au quotidien, vise à évaluer l’ampleur de ce phénomène dans la ville et d’initier des plaidoyers auprès de l’entreprise et des autorités compétentes afin de lutter contre ce phénomène qui a un effet sur la qualité de vie des populations et sur la productivité de certaines PME. Ce ne sont là que quelques exemples.  

En tant que moyens de pressions sur les autorités locales et autres décideurs, le crowdsourcing contribue de manière significative au développement des régions dans lesquelles de tels projets voient le jour. Car les informations récoltées constituent une base de données assez fiable pour les décideurs dans divers domaines. Mais qu’en est-il du domaine de l’éducation ?

Crowdsourcing et téléphone mobile, le ticket éducatif gagnant ?


Malheureusement, jusqu’ici, les projets de crowdsourcing restent essentiellement confinés aux questions de politique, de droits humains et de développement (au sens économique du terme). C’est peut-être fort de ce constat que l’UNESCO lançait en octobre 2011, le Prix Défi du Crowdsourcing pour l’éducation pour tous qui invitait les développeurs du monde entier à faire des propositions d’applications éducatives pour téléphones mobiles. De nombreuses idées d’applications ont ainsi été proposées, dont Education Time Bank du kényan Eric Kontoya qui, selon un article publié sur le site du CDEACF, vise à encourager « adolescents et adultes à apprendre sur des thèmes hautement spécialisés par le biais de courtes sessions interactives et personnalisées ». Affaire à suivre donc.

Les initiatives basées sur la technique du crowdsourcing offrent ainsi  aux citoyens la possibilité de devenir de vrais acteurs du changement dans leur milieu de vie, en les situant réellement au cœur de l’action. Fort heureusement, les Africains en ont vite compris le potentiel et permettent à l’Afrique d’en tirer profit. Ici, comme dans le domaine des TIC de manière générale, le continent n’est pas à la traine. Bien au contraire. De nombreuses initiatives impliquant tant les populations vivant en milieu urbain que celles vivant en milieu rural ne cessent de voir le jour. Ce qui vient confirmer une fois de plus, le dynamisme du continent dans le domaine des TIC.

photo : noodlepie via photopin cc 

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