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Qualité des enseignants en Afrique sub-saharienne : beaucoup d'actions, encore peu de résultats

L'enseignement primaire pour tous s'opère à marche forcée en Afrique sub-saharienne. La quantité plus que la qualité ?

Par Christine Vaufrey , le 20 novembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 05 décembre 2012

Parmi les objectifs du millénaire pour le développement adoptés par les états-membres de l'Organisation des Nations Unies, figurent l'éducation pour tous. L'objectif est de permettre, avant 2015, à tous les enfants du monde d'achever un cycle d'école primaire. L'ONU vient d'ailleurs de lancer un nouveau programme pour atteindre cet objectif.

Cet impératif d'éducation pour tous a poussé de nombreux pays du Sud à embaucher de très nombreux jeunes diplômés pour augenter la capacité d'absorption des systèmes scolaires nationaux. En parallèle se sont développées les écoles privées et les écoles communautaires, notamment dans les pays les plus pauvres d'Afrique subsaharienne.

Ces initiatives ont effectivement fait progresser les pays de quelques points vers l'objectif de l'éducation primaire pour tous. Mais à quel prix ?

Formation défaillante pour les enseignants d'Afrique sub-saharienne

 

Au prix, très clairement, de la qualité de l'éducation. Plus encore que le manque d'équipement et d'infrastructures d'accueil dignes de ce nom, c'est la qualité des enseignants qui pose problème. Beaucoup d'entre eux sont tout juste titulaires d'un diplôme de fin d'études secondaires et encore, pas de manière systématique. Ceux qui possèdent un diplôme d'études supérieures n'ont en majorité pas reçu de formation initiale pour exercer leur métier d'enseignant. Et même s'ils font partie des quelques cohortes de chanceux qui ont eu accès aux écoles normales et autres centres de formation des enseignants, leur formation fut essentiellement disciplinaire, la pédagogie et la conduite de classe ne figurant que de manière accessoire dans les programmes de formation. Ce constat, on pouvait déjà le lire dans l'excellent ouvrage collectif intitulé "La formation des enseignants dans la francophonie" publié en 2007 sour la direction de Thierry Karsenti par l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) / Réseau International Francophone des Établissements de formation de formateurs (RIFEFF). 

Cinq années ont passé depuis la publication de cet ouvrage. Cette période a été mise à profit par les états et de nombreuses organisations internationales pour démarrer ou intensifier des actions de formation continue des enseignants, notamment en Afrique. Nous parlons régulièrement dans Thot Cursus de l'initiative IFADEM menée par l'AUF (Agence universitaire de la francophonie) et l'OIF (Organisation internationale de la Francophonie), pour améliorer le niveau de compétences des enseignants du primaire dans certains pays. Les enseignants du primaire étant à la fois ceux qui disposent de la plus faible formation initiale et du plus faible accès à la formation continue. Nous avons également mentionné l'existence de l'initiative du Commonwelath of Education, TESSA, qui s'inscrit sur le même créneau que le programme IFADEM. Les deux organisations ont d'ailleurs signé en 2011 un communiqué commun à l'occasion du sommet mondial de l'éducation à Doha, manifestant leur volonté de s'engager dans des actions communes pour accroître l'ipact de leurs actions. L'UNESCO est également très actif dans ce domaine, à tous les niveaux de l'enseignement, faisant porter ses efforts sur le renforcement des capacités des établissements assurant la formation des enseignants dans les différents pays de l'Afrique subsaharienne. Le pôle de Dakar de cette institution, spécialisé dans les questions éducatives, publie de très intéressantes études qui toutes montrent à la fois les attentes et les investissements des familles dans l'éducation des enfants, les stratégies d'action des gouvernements qui tentent de se conformer au deuxième objectif du millénaire pour le développement, et la faiblesse de la qualification des enseignants dans cette région du monde. 

Force est de constater que les résultats de toutes ces initiaitives de haut niveau tardent à apparaître. Ce qui ne témoigne pas de l'inefficacité des dites initiatives, mais de l'ampleur du problème. Problème auquel se heurtent d'ailleurs tous les pays en voie de développement, notamment pour ce qui est de la formation des maîtres du primaire.

Il faut prendre connaissance des résultats des activités pour réaliser à quel point le chemin sera long à parcourir. En 2011, une enquête menée au Bénin à l'issue d'un regroupement des maîtres participant au programme IFADEM a montré que la quasi-totalité des enseignants présents (près de 550) considéraient ce dispositif de formation continue comme essentiel. Le volet TICE a attiré notre attention : si la majorité des répondants dit savoir naviguer sur Internet, ils sont plus de 30 % à ne pas savoir envoyer un courriel et plus de la moitié à ne pas savoir télécharger un document. L'utilisation des TICE est fort peu répandue, les TIC étant encore considérées comme un objet d'apprentissage, dans une logique disciplinaire, pour les élèves. 

Profils de compétences nationaux

 
Les ONGs et organisations professionnelles ne sont pas en reste sur la formation des enseignants. L'Internationale de l'Education, regroupant les organisations professionnelles enseignantes du monde entier, et la section néerlandaise d'Oxfam (Oxfam Novib) ont ainsi tiré la sonnette d'alarme, en 2011, sur le déficit considérable de formation des maîtres du primaire au Mali : "plus de la moitié des enseignant(e)s des écoles primaires au Mali ne possèdent ni les qualifications de base pour enseigner ni les compétences pour dispenser un enseignement de qualité". Le rapport de l'étude menée dans ce pays souligne également le fait que 25 % seulement des enseignants de ce niveau sont des femmes, ce qui pose un évident problème de représentation hommes/femmes dans la profession et contribue à freiner l'accès des files à l'éducation. 

L'Internationale de l'Education et Oxfam Novib ne se contentent pas d'alerter l'opinion publique sur le problème. Les deux organisations contribuent à la réalisation de profils de compétences nationaux définissant ce que devait connaître et savoir faire un enseignant digne de ce nom. Les profils de compétences doivent impérativement être adaptés aux réalités nationales. Le Mali fut le premier pays francophone d'Afrique à élaborer son propre profil. On y trouvera beaucoup plus de compétences transversales telles que savoir travailler en équipe, être capable de valoriser le savoir et l'avis des apprenants, donner à l'apprenant le goût du travail bien fait... que de compétences disciplinaires, même si la maîtrise des contenus reste un vrai défi chez des enseignants recrutés dans la précipitaiton et sans préparation.  

Les deux organisations n'ont pas vocation à accompagner la création de ces profils de compétences partout où ils sont nécessaires. Elles ont donc produit une brochure synthétisant les Principes directeurs pour un profil de compétences national des enseignants du primaire, à l'usage des ministères de l'éducation, des organismes de formation des maîtres et des organisations professionnelles. A la lecture de cette brochure, on comprend que l'élaboration et surtout l'implémentation d'un profil de compétences pour les enseignants est une entreprise longue, ardue, qui doit être pilotée dans chacune de ses phases. 

Il s'agit là d'un document fort utile, qui s'ajoutera avec le plus grand profit aux autres initiatives nationales et internationales visant à améliorer la qualification, par le biais de la formation initiale et surtout continue, des enseignants. Il faudra faire vite, car les sociétés sont fort demandeuses d'enseignement de qualité, de manière à ce que les efforts consentis par les familles ne restent pas sans effet et que les pays fassent fructifier au mieux leur irremplaçable ressource humaine, sur laquelle se base tout développement. 

 

À consulter : 

KARSENTI, T. ; GARRY, R.-P. ; BECHOUX, J. ; et TCHAMENI NGAMO, S.
(2007). La formation des enseignants dans la francophonie : diversités, défis et
stratégies d'action. Montréal : AUF

Projet éducateurs/trices de qualité pour toutes et tous : chaque enfant a besoin d'un enseignant(e) qualifié(e). Présentation du projet conjoint IE / Oxfam Novib sur le site de l'Internationale de l'Education. 

Une nouvelle étude révèle que la qualité des enseignants constitue un défi majeur au Mali. Site de l'Internationale de l'Education, 17 octobre 2011.

Profil de l'enseignant de qualité au Mali. Oxfam, IE, OPT, SNEC, MEALN, non daté. 

Principes directeurs pour un profil de compétences national des enseignants du primaire. Internationale de l'Education - Oxfam Novib, 2012.

photo : World Bank Photo Collection via photopin cc

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