Articles

Organismes de formation et nouvelles modalités d'apprentissages

Face aux nouvelles modalités de construction des savoirs, les organismes de formation doivent se concentrer sur les publics les moins qualifiés et réinvestir les lieux de travail

Par Christine Vaufrey , le 20 novembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 20 décembre 2012

Sur le blogue de la web TV de l'AFPA, Paul Santelmann, responsable de la prospective de cet organisme public de formation d'adultes, a publié le 4 novembre 2012 un article au titre provocateur : "La fin des organismes de formation ?"

Le lecteur de cet article est chanceux car pour le prix d'un article (qui est d'ailleurs en accès libre...), il en a deux. Nicole Pelvillain, qui ne se présente pas mais connaît remarquablement bien le sujet, a en effet déposé un commentaire long et fouillé sur la page, qui apporte un éclairage complémentaire remarquable au sujet traité dans l'article lui-même. 

Dans son article, P. Santelmann prend acte de la diversification des modes d'apprentissage et d'acquisition de nouvelles compétences, grâce aux opportunités offertes en ligne via la formation à distance et les réseaux sociaux, mais aussi à des dispositifs en présence tels que les réseaux d'échange de savoirs. Ce phénomène signe t-il la mort des organismes de formation ? 

On se doute de la réponse apportée par P. Santelmann, qui travalle au sein de l'Afpa. Non, répond-il. Mais les organismes de formation doivent néanmoins revoir leur rôle dans la société : "Ce regain des mécanismes d’auto-développement des connaissances et des compétences, accompagné ou non, ne relève pas d’une révolution pédagogique mais d’une relativisation du rôle social et économique des systèmes éducatifs et de formation". En d'autres termes, les organismes de formation ne constituent plus le point d'entrée unique vers la montée en compétence professionnelle. Ceci, surtout pour les plus qualifiés des travailleurs. On sait en effet que "la formation va aux formés" : à ceux qui savent apprendre et apprécient cette activité, qui ne résistent pas au dispositif d'apprentissage le plus classique, directement hérité de l'univers scolaire et universitaire, les installant pour des journées entières sur des chaises où ils se tiennent immobiles en absorbant le savoir qui leur est aimablement dispensé par un formateur compétent dans son domaine, à savoir le contenu de la formation.

C'est ce modèle, certes un peu carricaturé pour les besoins de la démonstration, qui risque fort d'être mis à mal par les nouveaux modes de construction des compétences. Les organismes de formation devraient donc explorer deux pistes s'ils veulent conserver leur rôle social : 

- Santelmann affirme que les organismes de formation doivent recentrer leur mission sur la formation des publics les moins qualifiés. Ce manque de qualification résultant notamment d'une faible formation initiale. Laquelle révèle aussi, souvent, une inadéquation entre les modes classiques d'apprentissage et certains publics, bien plus tournés vers l'action (apprendre en faisant) que vers l'étude théorique. Il revient donc aux organismes de formation professionnelle de sortir de leur zone de confort et de trouver des modalités de construction de compétences adaptées aux publics peu qualifiés, ceux-là même qui, précisément, ont également du mal à s'emparer des dispositifs d'autoapprentissage cités plus haut. Pour ce faire, les organismes de formation pourront se tourner vers ceux qui, parmi eux, prennent déjà en charge ces publics et ce faisant, ont déployé de remarquables savoir-faire en ingénierie pédagogique, alors même qu'ils sont moins bien considérés (et moins bien rémunérés) que leurs homologues formant des publics déjà très qualifiés.

- Nicole Pelvillain ajoute que s'ils veulent conserver leur rôle social, les organismes de formation devront revenir au terrain, c'est à dire à la pratique professionnelle, à la compétence en acte. Ce terrain est effectivement risqué, car c'est ici que peuvent se valoriser les compétences acquises au travers de démarches personnelles, hors de tout organisme de formation. Néanmoins, les organismes de formation conservent l'avantage de la certification, corrélée à la poursuite d'un parcours formel. Mais pour combien de temps ? "Les savoirs informels en action auront-ils toujours moins de valeur que les savoirs formels inactifs ?", demande fort judicieusement N. Pelvillain. Certes, les dispositifs de validation des acquis de l'expérience attestent de l'équivalence des savoirs acquis de manière informelle (ou, plus exactement, au travers de la pratique) avec ceux qui ont été acquis dans le cadre de dispositifs formels. Mais, remarque N. Pelvillain, les certificateurs VAE ont également tendance à privilégier les savoirs théoriques et l'expression des compétences sous une forme académique. Ce qui freine l'accès des moins qualifiés, peu à l'aise avec la formulation écrite, à ce dispositif de reconnaissance de leurs compétences.

N. Pelvillain invite donc les organismes de formation professionnelle à innover en re-travaillant les dispositifs de formation en alternance, en ré-individualisant la formation sur une base de construction des compétences en situation, sur poste de travail. 

Santelmann ajoute pour sa part que les organismes de formation, même après avoir recentré leurs actions sur les publics les moins qualifiés, ne doivent pas rester sourds et aveugles à ce qui se joue actuellement au niveau de la diversification des sources d'apprentissage et d'acquisition des savoirs. On pourrait même ajouter qu'ils ont un rôle essentiel à jouer auprès des publics les plus en difficulté face à ces modalités d'apprentissage qui réclament une grande autonomie. On est en effet frappé de la force des représentations, conditionnant les comportements, chez les publics qui ont l'école comme unique référence en matière d'apprentissage. La peur de se tromper, l'intériorisation des rôles de bosn et mauvais élèves, le refus de l'expression personnelle... font bien plus de ravages que la faiblesse prétendue d'un quelconque niveau de savoirs académiques lorsqu'il s'agit d'apprendre par soi-même, avec le soutien d'une communauté dont aucun membre n'a le statut permanent de maître.

La participation à un Mooc tel que le Mooc ITYPA a révélé ces fractures, cette difficulté à accepter son autonomie d'adulte apprenant. Une part importante des renoncements constatés vient de là. Raison de plus pour expérimenter des dispositifs améliorés de formation, hybridant la présence et la distance, la compétence en action et la méta-réflexion, l'apprentissage autonome et l'apprentissage guidé, pour que ceux qui se sentent exlcus du monde moderne caractérisé par l'omniprésence du numérique l'intègrent et s'y épanouissent, y compris pour apprendre tout au long de leur vie. 

Paul Santelmann : La fin des organismes de formation ? Et commentaire de Nicole Pelvillain. Le blogue de la web TV de l'AFPA, 4 novembre 2012. 

Mooc ITyPA, site du cours

Interview de trois des co-animateurs du Mooc ITyPA par C. Jouneau, en vidéo sur YouTube, le 19 novembre 2012. Il y est beaucoup question de l'autonomie des participants et de la posture que cela induit chez les animateurs. 

 

photo : clarkmaxwell via photopin cc

 

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné