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Un socle commun qui divise

Le socle commun de connaissances et compétences suscite davantage de débats que de cohésion. Et si ce malaise révélait la difficulté à cerner les compétences à évaluer?

Par Alexandre Roberge , le 25 novembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 09 janvier 2013

En 2005, la France crée le socle commun de connaissances et compétences pour ses élèves. Il s'agit d'un ensemble de connaissances, d'attitudes et de compétences qui doivent être acquises par tous les jeunes scolarisés en France d'ici la fin de leur scolarité obligatoire. La phase expérimentale se déroula entre 2007 et 2010 et c'est en 2011-2012 que le socle commun fut globalement mis en place dans l'ensemble des établissements scolaires. Le livret de compétences (ici en PDF) permet aux enseignants et aux parents de suivre le cheminement de l'enfant. Les professeurs doivent désormais obligatoirement y noter l'acquisition ou non de compétences spécifiques.

Mais d'une manière assez paradoxale, ce socle commun n'a pas unifié le corps professoral. Au contraire, de nombreuses voix s'élèvent et posent de sérieuses questions sur les compétences visées.

Un débat qui en cache un autre

 

Dernièrement, 4 professeurs se moquaient sans vergogne du contenu modifié de ce fameux livret dans le quotidien Libération. Toutes les railleries y sont passées : objectifs idiots, pas assez précis, système trop binaire, etc. Bref, d'après ces quatre enseignants frondeurs, le document est juste bon à jeter. Mais pour Jean-Michel Zakhartchouk, rédacteur aux Carnets pédagogiques, ce défouloir n'a rien apporté de constructif sur la question. Non pas qu'il soit le plus ardent défenseur de ce nouveau modèle, mais pour lui, le journal a perdu une chance d'aborder le réel débat qui se cache derrière le livret de compétences, à savoir l'évaluation des élèves à l'école. Une question sur laquelle le monde pédagogique se déchire depuis le début du vingtième siècle.

Monsieur Zakhartchouck soulève un point intéressant : si le livret des compétences possède des défauts, la pratique canonique de la moyenne scolaire est-elle vraiment plus efficace pour évaluer le niveau d'un élève? Et ce malaise par rapport au socle commun ne cache-t-il pas un enjeu essentiel du système scolaire, celui de l'identification des compétences que doit maîtriser un jeune à la sortie de l'école au 21e siècle?

Pour cet auteur, les compétences clés d'aujourd'hui sont les suivantes : savoir travailler en équipe, s'exprimer en public, argumenter et faire des recherches pertinentes, être persévérant, etc. Mais ces compétences sont-elles évaluées à l'école? Pas vraiment. Et c'est bien là le problème.

Des pistes de solution pour l'évaluation

 

Alors, si les méthodes d'évaluation ne sont pas satisfaisantes et que les compétences visées ne sont pas adéquates, que faire? Les changer. Mais pour y arriver, peut-être faudra-t-il, comme l'écrit Jean-Pierre Véran, sortir des interminables débats sur les méthodes pédagogiques d'une part, les contenus contre les compétences d'autre part. Selon lui, ces divisions ne mènent nulle part et n'ont rien apporté de constructif au système éducatif français.

Dans Les Cahiers pédagogiques, Denis Paget a proposé sa vision de l'évaluation des compétences. Celui-ci suggère qu'on diminue le nombre de contrôles afin de donner un sens accru à ceux qui sont mis en place, et qu'on remplace l'actuel livret de compétences par un dispositif unique d'évaluation.

Des partisans du socle commun, quant à eux, formulent sur leur blogue 10 propositions pour améliorer le socle commun. Parmi celles-ci, on retrouve :

  • Concrétiser dans le budget gouvernemental la priorité donnée à la scolarité obligatoire commune
  • Redéfinir le socle commun
  • Articuler les programmes scolaires autour du socle
  • Développer la formation des enseignants et du personnel d'encadrement
  • Favoriser l'autonomie pédagogique des enseignants

 

Ces partisans du socle commun seraient d'ailleurs fort intéressés par des échelles de compétences semblables à celles du système d'éducation québécois. Ces échelles à cinq niveaux, qui datent de 2010, ne sont plus prescrites par le Ministère de l'Éducation, mais comme le site l'indique, elles peuvent guider les enseignants québécois. Les cinq niveaux permettent de cibler assez précisément le niveau atteint par chaque élève dans les différentes matières. Un système plus sophistiqué que celui qui a cours en France, qui se cantonne seulement à noter si les compétences sont acquises ou non.

Il n'y a pas de miracles dans l'évaluation en éducation. Ce débat qui dure depuis près d'un siècle est loin d'être terminé. La seule chose sur laquelle tous les acteurs pédagogiques s'entendent à propos du socle commun et de l'évaluation qui y est attachée, c'est qu'il doit être reformulé. Mais que doit-il contenir? La question demeure entière. 

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