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Compétent mais déprimé : qu’est-ce qui se passe ?

Exercer pleinement ses compétences est l'achèvement de l'éducation: on commence à l'école.

Par Denys Lamontagne , le 27 novembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 11 janvier 2013

Lire le nombre de voeux, de souhaits, de plaintes et de suggestions que l'on retrouve dans différents blogues éducatifs peut laisser perplexe. Visiblement beaucoup de profs sont très compétents et pourtant tout ne semble pas si bien fonctionner...

Faire fonctionner les choses et les gens

De manière générique on observe que dans l’environnement de gens compétents les choses fonctionnent et que dans celui de gens incompétents les choses fonctionnent difficilement, mal ou pas du tout.

Des gens compétents savent non seulement effectuer des tâches précises mais sont aussi en mesure de choisir ou contrôler l’environnement qui leur permet de réaliser ces tâches.  Voilà une définition complète de la compétence, qui intègre toutes les nuances liées aux domaines de pratiques et aux standards.

En éducation, un professeur capable de contrôler la discipline de sa classe peut être considéré comme plus compétent qu’un autre qui, malgré toutes ses connaissances et ses diplômes, en serait incapable.

Mais ce même professeur compétent, plongé dans un environnement perturbé, devra déployer sa compétence bien au delà des murs de sa classe pour en arriver à enseigner efficacement. Il devra peut-être même s’impliquer au niveau administratif ou pédagogique ou dans l’animation d’un comité de parents ou de professeurs pour en arriver à contrôler l’environnement nécessaire à sa pratique professionnelle.

S’il peut le faire, malgré toutes les difficultés, il conserve sa flamme; si au contraire les embûches et les menaces (sanctions administratives, réactions sociales, tracas budgétaires) sont si nombreux qu’il se replie entre les quatre murs de sa classe, son moral diminuera d’autant que son cynisme augmentera. On obtient alors un être compétent mais déprimé et cet état est directement lié au contrôle de son environnement, contrôle qui lui est refusé.

Le contrôle de l'environnement de pratique, celui de la formation en ligne

On peut invoquer toutes sortes de justification ministérielles, administratives, financières ou idéologiques pour justifier cet état de fait mais le résultat en est qu’on refuse d'accorder aux professeurs, aux écoles et aux institutions leur compétence à exercer le contrôle de leur environnement, compétence qu’on leur a pourtant reconnue.

En formation en ligne on assiste aux mêmes phénomènes. Le dynamisme du Cned, de la Sofad, du Cnam, du Cé[email protected] et de la plupart des universités ou organismes qui tentent l’aventure en ligne est constamment entravé par des lois d’un autre siècle, des considérations politiques qui n’ont rien à voir avec la qualité de l’éducation, comme la préservation d’un mode administratif âprement négocié, et généralement par l’inertie générale d’un système où les compétences de chacun sont radicalement limitées aux tâches.

La solution coule de source : si les prérogatives d’une administration centrale sont d’orienter et de diriger l’ensemble vers l’atteinte de buts cohérents et au service de la mission, il est dans son intérêt de laisser le contrôle de l’environnement et de l’exécution à ceux dont on a reconnu la compétence.

Que diriez-vous si les étudiants de 12 ans pouvaient choisir de suivre certains de leurs cours à distance ? Quelle est la justification pratique pour les en empêcher, surtout quand il y a des économies à la clé ?

La compétence des étudiants

En poussant la logique un peu plus loin, à partir du moment où on reconnaît la compétence d’étude aux étudiants, on doit leur laisser le contrôle de leur environnement d'étude, ce qui inclut aussi bien leur organisation que leur façon de s’y prendre. Sinon on obtient les mêmes phénomènes : des étudiants obéissants certes, mais cyniques et peu engagés.

Qu’arrive t-il si on laisse plus de contrôle aux étudiants ? 

Un certain nombre d’étudiants ne vont nulle part ou ailleurs; ils ne fichent rien ou s’en vont à l’école de la vie régler leurs priorités. Il y a des pertes, mais de toutes façons ces pertes sont plus importantes en demeurant dans le statu quo; de plus on a maintenant des chances de les voir revenir de leur plein gré et on peut alors s’attaquer aux difficultés qu’ils reconnaissent et ce avec leur collaboration et non malgré eux.

Ensuite un certain nombre réclament le statu quo, un professeur qui dirige et eux qui écoutent et apprennent; c’est leur choix, on leur accorde. Et un certain nombre exercent et développent leurs compétences au fil de leurs intérêts dans un environnement qu’ils contribuent à créer et à entretenir. 

On obtient ainsi une école dirigée de l’intérieur, où l’administration, les professeurs et les étudiants travaillent dans le même sens et exercent pleinement leur compétence et un contrôle sur leur environnement, ce qui est bien loin d’une école décrétée. On retrouve ainsi le véritable esprit de la scholê et surtout, on obtient des étudiants réellement compétents et qui évoluent dans un environnement où la compétence de chacun s'excerce concrètement.

Blogues éducatifs francophones

PedagoTIC

Déséducation

Manifeste pour école compétente - Presses de l'Université du Québec

Photo :Someone Else Shavar Ross / Foter

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