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Le cours magistral enrichi, pour un enseignement traditionnel plus interactif

Jeter les cours magistraux ? Pas nécessairement. Mais les enrichir, assurément.

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 11 décembre 2012 | Dernière mise à jour de l'article le 30 janvier 2013

Faut-il supprimer les cours magistraux, ou au contraire les considérer comme la plus parfaite des méthodes de transmission des savoirs ? Vieux débat jamais épuisé qui agite le monde de l'enseignement, surtout en cette ère des technologies de l'information et de la communication. Ces technologies impactant le rapport au savoir, modifient par voie de conséquence les perceptions que les acteurs de la relation éducative ont les uns sur les autres.

En clair, et pour simplifier, le professeur n'est plus perçu comme l'unique détenteur du savoir quand l'on sait que ce savoir peut être aussi accessible sur le web, à travers les réseaux sociaux ou dans les forums de discussions. Les séances de monologue devant les auditoires d'étudiants apparaissent donc anachroniques. D'ailleurs, il leur a toujours été reproché de maintenir le public dans un état de passivité, tout à l'opposé des valeurs d'autonomie et d'esprit critique qui sont promues chez les apprenants.

Quinze minutes d'attention

Ceci dit, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Du moins, telle est la position adoptée par des éducateurs qui estiment que pour certains enseignements et pour certains apprenants, les cours directifs ont toujours leur valeur d'être. Aussi proposent-ils d'innover dans la manière de délivrer les fameux cours magistraux.

La Khan Academy, par exemple, propose des cours en forme de petits films de quinze minutes. Quinze minutes étant donc la durée maximale de concentration intense d'un élève, selon Salman Khan, le fondateur de cette institution. La méthode Khan Academy déporte le cours de la classe vers le web à travers la vidéo ce qui est loin d'avoir fait ses preuves.

Dans l'esprit de la réduction du temps du cours directif, il existe aussi des méthodes éprouvées qui se présentent plus comme des variantes que des alternatives. Dans son numéro de novembre 2012 du bulletin en ligne du Service de Soutien à la Formation de l'Université de Sherbrooke expose trois de ces méthodes.

La peer-instruction qu'on pourrait traduire par l'enseignement par les pairs. "La méthode débute avant le cours, par des lectures préalables. Le cours lui-même est ensuite divisé en plusieurs blocs d’explications courts qui couvrent chacun un concept clé". Des questions conceptuelles sont présentées entre chaque bloc d'explication suivies de discussions entre pairs permettant un apprentissage en profondeur.

L'interteaching ou enseignement mutuel s'apparente dans la forme à la peer-instruction. Sa spécificité est que ce cours est précédé d'un exposé de départ et suivi d'un exposé de clarification à la fin. Ce dernier exposé intervient après que les étudiants organisés en binôme discutent en profondeur sur le cours, en utilisant un guide préparatoire fourni à l'avance. Les zones d'ombre du cours sont repérées par l'enseignant ou ses assistants qui circulent entre les équipes. L'exposé de clarification, comme son nom l'indique, vise à apporter des réponses aux questions que se sont posé les étudiants en équipes.

Enfin, troisième méthode, "l'étude préalable des cas constratants". En soi, elle n'est pas une innovation puisqu'on la retrouve aussi dans la démarche de l'approche par compétences. Elle vise à relier la connaissance nouvelle à un existant. Le présupposé étant que l'enseignement vient combler un vide.

Ces trois méthodes ont pour point commun de favoriser un apprentissage en profondeur et une plus grande implication des étudiants, ce que n'offre pas l'exposé magistral "infiniment reposant".

Quoi qu'il en soit, on est loin d'envisager la disparition du cours magistral même si certains contextes d'enseignement ne s'y prêtent pas. Pour preuve, dans certains pays, on a même envisagé de tenir ce type de cours dans des gymnases, pour pallier au manque de place dans les amphithéâtres. Le cours magistral a encore de beaux jours devant lui. Pourvu qu'il s'adapte !

Eric Chamberland : Données probantes en éducation : l'exposé magistral, version 2.0. Bulletin Perspectives SSF, Université de Sherbrooke, novembre 2012. 

Voir également :

Le cours magistral pourrait disparaître. Quentin Blanc, Le Figaro.fr 28 novembre 2012.

Un cours magistral, à quoi ça sert ? Blog de l'amie scolaire : question de profs.

 

photo : thowi via photopin cc

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