Articles

Inviter l'imagination au Sommet sur l'enseignement supérieur

Quelques suggestions déviantes vers des solutions ouvertes

Par Denys Lamontagne , le 18 janvier 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 06 février 2013

Le suivi (Facebook) du Sommet sur l'enseignement supérieur permet de constater à quel point les acteurs en place n'envisagent que la continuité de leurs activités ou au mieux, un réaménagement de celles-ci dans le même cadre. Ne remettons pas en question nos pratiques même si nos résultats sont mitigés et que nos coûts ne font qu'augmenter. Discutons plutôt de finance, d'investissement et d'administration.

L'enseignement supérieur est au faîte du système éducatif, c'est la canopée de l'écosystème. En dessous se prépare la relève et se construisent les relations qui en maintiennent le fonctionnement.

À la base

Au Québec et dans plusieurs états du monde, il est toujours impossible à un étudiant du secondaire de suivre un cours à distance alors qu'il fréquente l'école. La réglementation l'interdit, sauf exception (handicap, déplacement, choix religieux). Ainsi on s'assure que cette modalité demeure presque étrangère au fonctionnement en enseignement supérieur.

Il n'y a toujours aucune école virtuelle au secondaire au Québec alors que la majorité des états aux États-Unis (47) et plusieurs provinces au Canada offrent tout leur programme de cette façon et qu'il y est possible de suivre n'importe quel cours en ligne, à n'importe quelle étape, tout en continuant de fréquenter l'école (Liste des écoles virtuelles).

Non seulement l'accès à une école virtuelle permet de combler nombre de besoins et assouplit le système, mais de plus il augmente sa performance globale. Plus d'étudiants développent leur autonomie et réussissent leurs cours, même ceux qui vont aussi en classe.

Et on ne considère ici qu'une légère modification des pratiques : suivre un cours classique en ligne tout en continuant de fréquenter l'établissement n'est pas une révolution.  On est loin du Flipped learning ou encore des Moocs.

Au supérieur

Au niveau universitaire, comment se fait-il que des cours impersonnels en amphithéâtre sont toujours offerts alors que de bien meilleures alternatives personnalisables, riches et dynamiques sont offertes en ligne ? Il ne s'agit pas de protéger la tâche des professeurs de la perte d'emploi mais plutôt de favoriser leur diffusion et l'apprentissage des étudiants.

Comment se fait-il que les Cégeps en région ferment des options faute d'un nombre suffisant d'étudiants alors qu'il est possible de créer des groupes en ligne et que même plusieurs le font déjà ?  Même des commissions scolaires le font !

Les universités investissent des millions dans des campus satellites alors qu'elles ne touchent que si peu aux possibilités offertes en ligne et en réseau. À investissement comparable, par exemple 125 millions pour le campus déficitaire de l'Université de Sherbrooke à Longueil, l'impact aurait été tout autre : on aurait maintenant en place des architectes pédagogiques aguerris, des ingénieurs techniques de premier plan et des cours de classe mondiale alors que pour le même montant on a essentiellement financé des architectes en bâtiment, des ingénieurs en construction et du béton. Pour le bénéfice d'un système éducatif mature, l'impact du béton est quasi nul, surtout que l'architecture déployée ne correspondra même plus aux pratiques dans 10 ans.

On aurait pu aussi prendre le projet de l'ïlot voyageur (300 millions) de l'UQAM qui s'est terminé en fiasco. À titre de comparaison, des initiatives comme Coursera, Edx ou Udacity tournent toutes autour de 20 millions de dollars et sont en train de draîner l'attention de centaines de milliers d'étudiants chacune, au proft de leurs institutions.

Investir en éducation signifie investir dans les activités et les produits de ceux qui font de l'éducation et l'éducation, aujourd'hui, se fait en réseau. On a assez de béton tout comme on a assez de voitures, n'en rajoutons plus et utilisons mieux ce que l'on possède déjà.

Bref, des artisans et leurs guildes font face aux possibilités offertes par les réseaux. Ces possibilités permettent une augmentation de la qualité et de l'intensité éducative comme ils n'osent même pas en rêver et surtout remettent plus de contrôle entre les mains des principaux acteurs : les étudiants et les professeurs. (How the Worlds Most Improved School Systems Keep Getting Better .pdf)

«La clé de l’amélioration réside principalement dans les pratiques pédagogiques et la transmission des savoir-faire entre les enseignants sur le terrain, ainsi que dans l’accroissement des marges de manoeuvre laissées aux structures régionales et aux établissements

Plusieurs administrations universitaires, syndicats et fonctionnaires pensent dans les termes d'un néo-ludisme et s'entendent pour ignorer l'utilisation des réseaux dans l'activité éducative.

Liés par des règlements et des contraintes administratives strictes, même les meilleurs directeurs d'école ou chef de départements ne peuvent bouger. Des institutions comme la Sofad, le CCDMD, le Cémeq, ou des associations comme l'AQUOPS, le CRIFPE ou l'AQPC et plusieurs autres sont prêtes à agir mais ne peuvent le faire en dehors de leur étroit mandat.

Introduire efficacement la formation en réseau dans une organisation se fera avec l’appui et la volonté politique de tous les intervenants, à tous les échelons, avec les gains d'efficacité à la clé.

«Sans remise en question des rapports pédagogiques, l'utilisation des technologies en éducation demeure superficielle»,  tout comme les avantages que l'on peut en obtenir.

Bref, il est temps de faire dévier la trajectoire de cette commission vers un peu plus d'imagination et d'audace.
        

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné