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La tyrannie du temps réel

L'impact des technologies nomades sur notre quotidien

Par , le 18 février 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 14 mars 2014

L'augmentation de l’utilisation des smartphones et des tablettes numériques ont contribué à accentuer deux grandes tendances sur le marché des TIC condensées en deux acronymes, l'ATAWAD (« AnyTime, AnyWhere, AnyDevice ») ainsi que le BYOD (« Bring Your Own Device » parfois francisé sous le néologisme AVAN, « Apportez Vos Appareils Numériques »).

Le premier acronyme ATAWAD (marque déposée par Xavier Dalloz en 2002) augmenté par certains auteurs en ATAWADAC (ATAWAD + Any Content)  fait référence à la possibilité pour tout un chacun d'accéder à des contenus en ligne, en tout temps, en tout lieu et avec n’importe quel outil nomade ou fixe tandis que le second décrit le recours de plus en plus courant par chaque employé à son propre outil numérique au travail.

Ces deux phénomènes concourent indubitablement à accroître la porosité entre les frontières personnelle et professionnelle.

Les risques du temps réel

Dans ce contexte, on perçoit assez bien les avantages que peuvent retirer les entreprises de ces deux tendances en termes de joignabilité et de performance de leurs salariés. Cela dit, comme le soulignent les auteurs du Livre Blanc intitulé Quels outils de veille pour demain ?, le fait de « recevoir des informations tout le temps ne permet pas de les analyser en profondeur. La tendance est plus à l’hyperéactivité qu’à la réflexion ».

En outre, les traces navigationnelles et documentaires laissées par les personnes sur les réseaux numériques, notamment les plateformes infonuagiques (cloud computing), via les outils ATAWAD et BYOD, ne sont pas non plus sans poser de sérieux problèmes de sécurisation des données pour ces mêmes entreprises, comme le soulignent également les auteurs du Livre Blanc : « les services que proposent Google ou Dropbox, permettant de stocker des informations et d’y avoir accès où que l’on se trouve, nuisent à la protection des données. Les entreprises n’ont plus le contrôle de leurs propres informations et dépendent entièrement d’entreprises tierces, qui disposent d’un droit de regard sur les données stockées ».

Le phénomène ATAWAD se retrouve dans les pratiques d'achats des consommateurs. Jean-François Lemoine et Olivier Badot parlent à ce sujet de « shazamisation » de l’offre permettant « aux consommateurs d’assouvir, au gré de leurs pérégrinations physiques et émotionnelles, leurs envies et leurs besoins en les transformant en achat immédiat, plus ou moins local » dans un contexte socio-économique difficile. Selon les auteurs, les dits consommateurs « seraient donc à la recherche de "doudous pour adultes" afin de réenchanter en permanence leur vie quotidienne par un foisonnement de petits plaisirs abordables », doudous qui figurent parmi les fonctionnalités les plus troublantes des réseaux sociaux.

Ces réseaux sont soumis aux risques du temps réel, de l'immédiateté, de l'ubiquité ou de l'instantanéité, pour reprendre les termes de Paul Virilio, et cela se perçoit par exemple chez Twitter : Alexandre Serres relève chez l'outil de microblogging différentes formes d'infopollutions (redondance informationnelle, infobésité, vecteur de fausses informations) et une certaine vacuité des échanges dominés par la seule dimension phatique.

Le BYOD à l'école ?

Jean-Marie Gilliot avance sur son blog quelques pistes d'adoption du BYOD au sein des établissements scolaires, pour une utilisation plus positive des technologies ubiquitaires. Dans un article consacré à la démarche, l'auteur signale une vidéo en anglais qui synthétise les arguments militant en faveur de l'AVAN :

 

Il convient donc de faire preuve de réalisme : certes, l'accès partout et tout le temps à des informations et outils de production libérés des contraintes de la localisation physique constitue potentiellement un facteur de progression indiscutable dans l'intégration intelligente des TIC en éducation. Ce potentiel s'opérationnalisera au travers de comportements raisonnés, qui témoigneront de la volonté de séparer ce qui peut encore l'être, à savoir l'utilisation "affective" et personnelle des outils numériques, des utilisations à des fins d'apprentissage formel. 

Sources

Quels outils de veille pour demain? Icomtec [en ligne]. 2012. [Consulté le 14 mars 2014]. Disponible à l’adresse : http://icomtec.univ-poitiers.fr/institut/content/livres-blancs

LALANDE Marc-André. BYOD in the 21st Century. YouTube [en ligne]. 4 juin 2012. [Consulté le 14 mars 2014]. Disponible à l’adresse : http://youtu.be/SSXyfX8ABhA
 
LEMOINE, Jean-François, BADOT, Olivier. La « shazamisation » de l’offre : modalités, devenir et implications managériales. Management & Avenir [en ligne]. 21 septembre 2011. Vol. n° 44, n° 4, pp. 187‑196. [Consulté le 14 mars 2014]. Disponible via Cairn
 
URFIST DE RENNES. Utiliser et maîtriser Twitter pour la veille et la communication. SlideShare [en ligne].[Consulté le 14 mars 2014]. Disponible à l’adresse : http://fr.slideshare.net/UrfistRennes/utiliser-et-matriser-le-microblogging-twitter

Mise à jour du support de stage de l’URFIST de Rennes. Stage du 18 février 2014, animé par Alexandre Serres.

Illustration : Shutterstock - Rafal Olechowski

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