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L'eldorado des données personnelles

Comment se réapproprier nos données personnelles à l'ère de la marchandisation des traces numériques

Par , le 18 mars 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 28 avril 2013

Ce n’est plus un scoop : en 2013, il est devenu quasiment impossible de ne pas laisser de traces sur le net. Les média sociaux, les moteurs de recherche, les sites d’e-commerce, les mastodontes du web regroupés sous l'acronyme Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple) récoltent en masse nos données numériques.

Cette collecte généralisée et renforcée par la portabilité croissante des outils informatiques donne lieu à une exploitation marchande à grande échelle, nos données personnelles (DP) étant désormais considérées comme le moteur principal de l'économie numérique. 

Le Web en témoigne d'ailleurs ici et là en filant généreusement, voire abusivement les métaphores aurifère et pétrolifère.

7.000.000.000.000.000.000.000 bytes de données en 2015

Le journal Les Échos publie au mois de mars 2013 sa propre contribution sous la forme d'un dossier de 14 pages intitulé « Data, la nouvelle ruée vers l'or » via le portail Offremedia.com. Le contenu de ce document est également relayé dans un article mis en ligne sur le site du périodique économique. Selon une étude du Boston Consulting Group sur laquelle s'appuient les auteurs du dossier, le volume croissant des données pourrait atteindre 7 zettabytes en 2015 et la valeur totale combinée de l'identité numérique pourrait quant à elle s'élever en 2020 à environ 8% du PIB des 27 pays de l'Union européenne. Pour mieux se représenter cette mesure, voici une courte animation relayée par Henri Verdier sur son blog en avril 2011 :

 

Les quatre acteurs incontournables de l'économie numérique que sont Google, Amazon, Apple et Facebook jouent un rôle essentiel dans la monétisation des données personnelles, précisent les auteurs, même s'ils adoptent des modèles économiques différents : « Apple et Amazon, eux, sont des commerçants. Le premier [...] bonifie les données en vendant des biens matériels et numériques en magasin [...] et en ligne au sein d'un écosystème fermé. Le second bataille depuis 1994 pour s'imposer comme le e-marchand de référence, livrant ses produits à partir de gigantesques entrepôts physiques (89) ou en ligne pour les biens numériques. Ces modèles sont radicalement différents. « Ceux d'Apple et d'Amazon sont structurés autour de la vente de produits et de services, ceux de Google et Facebook autour de la publicité », résume Olivier Vialle, du cabinet PwC. Apple et Amazon restent ainsi dans une quête plutôt basique d'informations avec pour but la recommandation de produits et l'incitation à l'achat ». Cette exploitation des données donne bien évidemment lieu depuis quelques temps déjà à de multiples discussions empreintes de peurs et de craintes, opposant les partisans des bienfaits du libre traitement des données aux défenseurs de la vie privée.

Protéger ou partager ?

Face à ce marché des DP se développe justement un autre marché, celui de la vie privée, à travers des solutions logicielles de protection et de sécurisation et le recours à des agences d'e-reputation. Une sélection d'outils (cryptage, navigation anonyme, blocage et filtrage de cookies, pop-ups et autres publicités) est d'ailleurs proposée sur le site de l'organisation EPIC. Sur Thot Cursus, nous avons d'ailleurs présenté un certain nombre de solutions techniques comme l'extension Collusion ou PrivacyFix. Le géant Google lui-même offre aux utilisateurs un gestionnaire de préférences pour les annonces permettant « de contrôler les annonces que vous voyez sur les sites des services Google et sur les sites qui se sont associés à Google en tant que partenaires, par exemple via le Réseau Display de Google ».

Ces solutions ne doivent pas masquer pour autant le fait que les « asymétries informationnelles » entre individus et exploitants penchent nettement du côté des seconds, les usagers ne sachant pas le plus souvent quelles données sont collectées et comment elles sont exploitées. D'où l'intérêt d'un site comme tosdr.org, projet à but non lucratif créé pour améliorer la transparence des informations destinées au consommateur grâce à une meilleure compréhension des conditions générales d'utilisation (CGU). En outre, la plupart des "solutions" techniques proposées ci-dessus offrent en réalité une protection en trompe-l'oeil; elles demeurent néanmoins utiles dans le cadre d'une démarche éducative, contribuant ainsi à développer une pédagogie des traces.

D'autres pistes visent à changer la relation entre le marchand et le client en donnant à ce dernier la possibilité de ré-utiliser et de se réapproprier ses traces. Ces idées se retrouvent par exemple dans les projets MesInfos ou Midata. Sur InternetACTU.net, Marine Albarede et Hubert Guillaud consacrent un dossier complet à cette problématique de réutilisation des données personnelles. Sur le même site, Thomas Saint-Aubin, professeur de droit à l’Ecole européenne des métiers de l’internet et responsable du site Patrimoine Immatériel, lance l'idée d'une licence Design your privacy, outil contractuel commun à tous les acteurs visant à définir le cadre juridique de l’écosystème de la divulgation des données personnelles...

Sources

Les Échos : Data, La nouvelle ruée vers l’or

The Boston Consulting Group : The value of our digital identity

Cisco Blogs : The dawn of the zettabyte era

Dossier d'Inriality : Data, le nouvel or noir ?

Illustration : Shutterstock, Antun Hirsman Vector infographic. Eps 10

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