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La formation à distance pour tous ? Bien sûr que non !

Une étude américaine montre que certains types d'étudiants ont plus de difficultés avec la FAD. La question est de savoir comment les aider.

Par Alexandre Roberge , le 17 mars 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 16 avril 2013

Il y a péril en la demeure! Voilà ce que crient autant les plus grands partisans de la FAD que les plus féroces de ses détracteurs aux États-Unis depuis la fin du mois de février 2013. Quelle est la cause de leur émoi? Une récente étude du CCRC (Community College Research Center, université de Columbia, NYC) qui révèle que, non, la formation à distance n'est pas faite pour tout le monde. Et les étudiants en FAD auraient des taux d'abandon plus élevés que les étudiants en présentiel!

Mais en quoi cette recherche est-elle plus significative que toutes celles publiées auparavant sur le sujet ? Par la taille de l'échantillon (plus de 40 000 étudiants d'origines différentes ayant suivi des milliers de cours en ligne dans l'État de Washington) et la durée de l'étude qui s'est déroulée de 2004 à 2009. Cinq ans pendant lesquels les chercheuses ont mesuré l'assiduité et les résultats académiques de ces étudiants dans les différents cours suivis, en les comparant à ceux de leurs homologues suivant les mêmes cours en présence. Précisons que tous ces cours sont proposés par des colleges communautaires ou techniques, autrement dit des organismes proposant des cycles d'études courts (2 ans), majoritairement suivis par des étudiants "atypiques" comme disent les chercheures, soit des adultes en reprise d'études pour compéter leur formation interrompue trop tôt, à la fin des études secondaires.

L'étudiante en ligne idéale

 

Les principaux résultats de cette étude de grande ampleur montrent que :

- 91 % des étudiants en ligne vont jusqu'au bout de leur cours, contre 94,5% des étudiants en présence;

- Les garçons ont plus de difficultés que les filles;

- Les étudiants qui ont déjà connu des difficultés académiques ne s'améliorent pas avec la formation en ligne. Bien au contraire, leurs difficultés se trouvent accentuées;

- Les étudiants les plus âgés obtiennent des résultats légèrement meilleurs que les étudiants les plus jeunes.

À la lumière de ces chiffres, il serait facile de croire que la recherche proscrit la formation à distance pour ces différents groupes. Ce n'est pas le cas. A l'inverse, les auteures proposent quatre pistes pour améliorer la situation des étudiants en ligne.

Préparer les étudiants ou améliorer les formations

 

La première suggestion est de sélectionner les étudiants qui ont accès aux cours en ligne. Ainsi, ceux qui ne réussiraient pas à prouver qu'ils peuvent assurer un parcours de formation à distance (soit à partir d'ateliers ou de leurs résultats antérieurs) n'y auraient pas accès. Mais les chercheures admettent elles-mêmes que cela risquerait de barrer la route de la FAD aux étudiants ayant vraiment besoin de la flexibilité des cours en ligne pour poursuivre leurs études.

La deuxième idée est d'intégrer de la formation à la FAD dans les modules les plus difficiles à suivre, tels que l'anglais par exemple. Mais le problème de cette méthode est qu'elle risque d'ennuyer passablement tous ceux qui s'adaptent bien à ce type d'enseignement ou qui ont déjà vécu une expérience de FAD auparavant.

La troisième suggestion est de développer un système qui alerte les tuteurs ou le département d'enseignement lorsque, par exemple, un étudiant n'est pas capable de se connecter au cours ou qu'il n'est pas arrivé à remettre à temps un des premiers travaux de la session. Il serait alors contacté et accompagné plus étroitement. Curieusement, les auteures disent elles-mêmes que l'idée n'est pas excellente, car cela demanderait du développement informatique sur les plateformes (alors que ces fonctions d'alerte automatique existent déjà sur de nombreuses plateformes) et que les tuteurs devraient travailler davantage (alors qu'une de leurs fonctions principales est justement de repérer les apprenants en risque de décrochage). 

Ces trois suggestions agissent sur l'apprenant lui-même, qui est sommé de s'adapter à la réalité des cours en ligne. La quatrième touche à la formation elle-même : les chercheures suggèrent tou bonnement d'améliorer les cours... alors quelles admettent ne pas avoir étudié la qualité du contenu pédagogique des milliers de cours dans lesquels les étudiants étaient inscrits. On sait seulement qu'il s'agit de cours qui prévoient très peu d'interactions entre les étudiants et les tuteurs et/ou enseignants. 

Tous les cours en ligne se valent-ils ?

 

La qualité des cours, c'est bien la dimension qui fait problème pour l'éditorialiste du New York Times qui a lui aussi chroniqué les résultats de cette étude. Mais malgré ce manque flagrant, l'étude montre qu'en formation à distance comme en formation en présence, certains ont besoin de plus d'attention que d'autres pour réussir, et que nous ne sommes pas tous égaux devant un dispositif donné de formation. Est-ce vraiment une révélation ? 

Car il faut relativiser les conclusions de l'étude et surtout les commentaires qui ont été faits à son sujet. Comme l'exprime Tony Bates, peut-on réellement écrire que la majorité des étudiants ont de la difficulté avec les cours en ligne quand 91 % d'entre eux ont tout de même complété leur cours ? Certes, c'est 3,5 % de moins que dans les classes en présence (94,5 %), mais celane mérite absolument pas de brûler les cours en ligne sur le bûcher.

Sur le site Insider Higher Ed, Doug Lederman cite Russell Poulin, directeur de la recherche et l'analyse pour la WICHE Cooperative for Educational Technologies. Celui-ci apprécie le fait que l'étude insiste sur l'importance pour les étudiants de s'adapter aux cours en ligne et que les établissements doivent s'assurer qu'ils soient prêts pour la FAD. D'ailleurs, il regrette que les chercheures n'aient pas pensé, dans leurs analyses et recommandations, aux services déjà en place dans les institutions (assistance technique, tuteurs, orienteurs, conseillers pédagogiques, bibliothécaires, etc.) qui peuvent aider les étudiants. Il aurait été intéressant de savoir si, dans les établissements offrant plus de services d'accompagnement à la FAD, les apprenants s'en sortaient mieux.

La qualité des cours en ligne demande bien sûr à être examinée de très près. Le caractère massif et global de l'étude réalisée gomme certainement des différences notables entre les scores associés aux différents cours. Un cours en ligne très interactif et encourageant le travail en petits groupes a t-il les mêmes taux de persistance et de succès qu'un cours sans aucune interaction, dans lequel tout l'acte d'enseigner se résume à mettre en ligne quelques fichiers pdf ? Voilà ce qu'il serait réellement utile de savoir pour agir.

Il ne faudrait pas conclure de cette étude du CCRC que seules les femmes blanches ayant de fortes compétences académiques peuvent apprendre à distance. Ni que la FAD est en déroute. L'accompagnement des étudiants dans les cours en ligne en revanche semble primordial, soit en les formant avant le cours, soit en assurant un soutien pendant la formation si ceux-ci se sentent perdus ou démotivés.

« Adaptability to Online Learning: Differences Across Types of Students and Academic Subject Areas », Di Xu & Shanna Smith Jaggars, CCRC, PDF, 36 p.

Image : NAS CRETIVES, shutterstock

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