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L'agriculture en ligne

Peu disponibles et souvent isolés, les agriculteurs constituent un public de choix pour la formation en ligne. Mais la demande ne rencontre pas vraiment l'offre.

Par Philippe Menkoué , le 19 mars 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 16 avril 2013

La formation en ligne se développe dans de nombreuses disciplines. Beaucoup de métiers dits techniques ou manuels, qu'on n'imaginait pas devoir être concernés un jour par la formation à distance, le sont pourtant, au moins dans le cadre de formations hybrides ou de formations continues. Voyons ce qu'il en est dans le domaine de l'agriculture. 

 

Des formations techniques sophistiquées au Nord…

Les formations agricoles / horticoles en Europe et en Amérique du Nord sont essentiellement des formations académiques de niveau supérieur. Bien peu de choses sont offertes en formation continue, alors que les agriculteurs font face à des contraintes matérielles fortes (emploi du temps très chargé, éloignement des villes universitaires...) qui limitent leurs opportunités de formation en présence. En Belgique Wallonie, le Forem (organisme chargé de la formation des demandeurs d'emploi) s'est mis à la formaiton en ligne et propose des formations adpatées au marché de l'emploi dans le domaine de l'agriculture et/ou des espaces verts

En France, les formations proposées sont essentiellement académiques et longues, comme on peut le voir dans cette liste. Exception notable, on trouvera sur le site de l'UVED des formations en libre accès, récentes et très ciblées. 

Au Québec, l'intérêt de la FAD pour la formation continue des agriculteurs a bien été noté par Agricarrières. Mais on ne dispose actuellement pas d'une bonne visibilité sur l'offre globale de formation en ligne, hors de celle qui est dispensée par les universités. 

 

… à l’explosion observée dans les pays du Sud

Conscients de l’importance de l’agriculture pour le développement de leurs pays, les pays du Sud proposent de plus en plus d’initiatives visant à former à distance les populations aux métiers agricoles. Car, comme le rappelle régulièrement la FAO : « un développement accéléré et soutenu de l'agriculture est la clé du développement économique et de la réduction de la pauvreté dans les PMA ».

Ainsi, aux Philippines par exemple, le Ministère de l’agriculture en partenariat avec l’Agricultural Training Institute, d’autres ministères, des universités du pays et des ONG,  a mis sur pied le projet E-learning for agriculture and fisheries qui propose une large gamme de formations en ligne dans les métiers de l’agriculture, à travers une plateforme conçue à cet effet. Des formations payantes certes, mais très riches et complètes dans plusieurs domaines. De la culture d’arbres fruitiers et autres plantes comestibles, jusqu’à la rédaction d’une proposition de subvention pour un projet agricole, en passant évidement par les techniques et méthodes pour une agriculture durable et l’usage des TIC pour une plus grande efficacité dans la gestion des produits agricoles, tout y est. La plateforme offre en outre une grande quantité de ressources en accès libre, telles que des vidéos ou des dossiers téléchargeables (accessibles après inscription).

Les pays africains ne sont pas non plus en reste. C’est le cas notamment du Cameroun où, la plateforme The Beehive propose des cours en ligne, certains étant gratuits et d'autre payants. Ainsi, l’on peut apprendre gratuitement tout sur les pratiques culturales de produits locaux tels que le Macabo par exemple.

A cela s’ajoutent des initiatives internaitonales telles que l’International Rice Research Institute, spécialisé dans les formations à distance sur la seule culture du riz. Plus attrayant pour les pays d’Asie du Sud-Est, certainement. L'IFAD (International Fund for Agricultural Development) propose pour sa part un module de deux heures librement accessible, consacré aux petites exploitations agricoles, à l'environnement et au changement climatique. Ce module, a été développé avec le soutien de la France mais n'est actuellement disponible qu'en anglais. Esparons que cela change vite. 

 

Quelques limites et un début de solutions cependant

Bien que de telles initiatives soient louables, elles se heurtent toutefois à certaines difficultés (et ceci à plusieurs niveaux). L’une des principales peut être est la non-conformité de certains de ces programmes de formations aux besoins réels et attentes des agriculteurs. Mais, pour pallier à ce problème de l’inadéquation entre les contenus de formation et les besoins des apprenants, des pays comme la Nouvelle-Zélande par exemple, ont opté pour une approche participative dans la conception des modules de formation comme le souligne le Dr Neels Botha, dans son article intitulé : eLearning for farmers dans lequel il présente les résultats du projet FeedSmart mis sur pied par l’AgResearch.

Au Sud, la formation continue en agriculture se heurte à l’inaccessibilité de certaines de ces formations pour bon nombre d’agriculteurs. Une inaccessibilité justifiée par leurs coûts (trop élevés pour certains agriculteurs), les problèmes d’accès à Internet et l'importante proportion d'agriculteurs non alphabétisés dans les pays en développement. Ce qui, compte-tenu de l'importance cruciale de ce secteur économique dans ces pays, justifie la recherche de solutions alternatives de formation, conjugant par exemple des modules de formation en ligne pour les vulgarisateurs et formateurs agricoles, ceux-ci étant ensuite chargés de l'adapter à leur public cible, et l'utilisation des téléphones mobiles pour de la formation ciblée. 

Illustration : violetkaipa, Shutterstock.com

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