Articles

Mots nouveaux : trois petits tours et puis s'en vont

Les mots à la mode menacent-ils les langues ? Non, compte-tenu de leur faible durée de vie

Par Alexandre Roberge , le 31 mars 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 01 mai 2013

La langue française est en péril! Voilà ce que crient ses plus ardents défenseurs. Elle emprunte tant de nouveaux mots tendance qu'elle finira par être défigurée! Il faut admettre que si une langue survit grâce à sa capacité à se mettre au diapason de son époque, certains grammairiens grimacent lorsqu'ils entendent des termes comme "psychoter", "oscariser", l'horrible "brander" ou le "LOL" signifiant le rire sur Internet... Même son de cloche chez les défenseurs de l'anglais qui frissonnent quand ils voient l'apparition de néologismes comme « frenemy » (à la fois ami et ennemi) ou « bromance » (amour entre deux hommes hétérosexuels) qui foisonnent sur la Toile et sont adoptés par les dictionnaires officiels.

Et pourtant, les amoureux des belles langues ne doivent pas s'inquiéter. Une récente étude de Matjaz Perc, professeur de physique à l'université Maribor de Slovénie, montre que les mots nouveaux et autres néologismes ne sont pas aussi résistants qu'ils en ont l'air.

Un noyau dur du vocabulaire

Pour arriver à cette conclusion, Matjaz Perc a mené une recherche exhaustive utilisant la banque de données de Google Books qui a scanné plus de 20 millions de livres dans 9 langues, soit environ 4 % de tout ce qui a été publié depuis l'invention de l'imprimerie. Les chercheurs ont analysé, à l'aide de l'outil Ngram Viewer, la fréquence d'occurrence des termes dans les ouvrages des deux derniers siècles. Ils ont cependant éliminé tous les mots liés à l'informatique puisque ceux-ci ne pouvaient s'appliquer dans des livres écrits au 19e siècle...

Leurs découvertes ont de quoi rassurer tous ceux qui s'inquiètent pour l'avenir de leur langue. Ils ont noté qu'une langue comme l'anglais comporte un noyau dur de 30 000 mots fréquemment employés à toutes les époques. Se greffent à ceux-ci près de 3 000 000 de termes qui sont utilisés périodiquement. En fait, les chercheurs ont remarqué que la plupart des mots à la mode finissent par « refroidir » et leur usage se raréfie avec le temps. Même l'utilisation des termes banals varient dans le temps. Par exemple, « paper » (papier) apparaît très souvent certaines années au 19e siècle, pour disparaître pendant des énnées également, avant de revenir en force. Une tendance similaire a été remarquée dans les 9 autres langues que compte le projet de Google, dont le français.

La méthode employée par ces scientifiques n'est pas sans failles. Comme le rappelle Bill Kretzschmar, linguiste à l'Université de Géorgie, la banque de données de Google n'est pas toujours précise et elle contient parfois des fautes sur l'auteur, la date de publication de l'oeuvre, etc. De plus, Google Books ne numérise pas toujours bien tous les mots et il arrive donc qu'une lettre soit mal interprétée par les programmes informatiques. Enfin, cette base de données met sur le même pied d'égalité des textes de fiction, de la non-fiction, des textes scientifiques ou des articles de journaux. Or, il est évident que le niveau de langue change radicalement selon le types de publication. Des défauts admis par les chercheurs qui cherchent à améliorer leur méthode.

Néanmoins, les conclusions de l'étude restent légitimes. D'ailleurs, Kretzschmar se réjouit de voir des mathématiciens et des physiciens analyser la linguistique. Pour lui, leur travail confirme ce que bien des linguistes savent depuis des années : les langues sont composées d'une base de vocabulaire stable auxquels se greffent des mots qui sont plus ou moins utilisés selon les époques.

Alors, pas de panique avec les nouveaux mots : ils représentent une menace minime pour les langues. Il n'y a donc pas de mal à dire que l'on va « comater ». De toute façon, il est bien possible qu'au réveil, ce terme soit devenu ringard et plus utilisé du tout.

« Les mots à la mode ne restent pas dans le vocabulaire », Slate.fr, 28 décembre 2012

Source image: pupunkkop, Shutterstock

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné